Trois questions à Marcel LOUREL

2 mars 2020

Marcel Lourel vit dans le Nord. Professeur des universités, commandant de réserve citoyenne à Lille, chevalier des Palmes académiques, médaillé de bronze des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure, et de la médaille de l’Assemblée nationale, il enseigne actuellement à l’INSPÉ de l’Académie de Lille (ex-IUFM), se partageant entre recherche, enseignement, l’écriture et l’engagement citoyen. À ce titre, ses actions entrent de plain-pied dans la vie réelle. 

1. Au lendemain du discours du Président de la République du 15 août 2019, vous avez lancé une pétition afin que le nom de combattants d’Afrique qui ont participé à la libération de la France soient inscrits sur les plaques de rues – Pourquoi ?
Lorsque j’ai entendu l’allocution du chef de l’Etat, il m’a semblé qu’une réelle opportunité de redonner vie à l’Histoire commune se présentait. Autrement dit, j’ai fait ce qui me parut juste, quitte à se lancer seul dans cette aventure, souhaitant que les milliers de soldats africains, ultramarins et du Pacifique puissent enfin trouver le mérite qui est le leur. La lettre ouverte que j’ai lancée en août 2019 a été signée par 193 personnalités de tous horizons.  
« Passant, ils sont tombés fraternellement unis pour que tu restes français. ». L’épitaphe du Monument aux morts de Fréjus à la mémoire des combattants d’Afrique noire de Léopold Sédar SENGHOR résonne.
Les mots du poète sénégalais matérialisent le rôle crucial des troupes d’Afrique et de l’ensemble des Outre-mer (Tirailleurs Sénégalais, Algériens, Indochinois, Goumiers et Tabors Marocains, Pieds-noirs, Marsouins du Pacifique et dissidents des Antilles…) lors du débarquement de Provence, en Afrique du Nord, en Italie et en Corse.
Ces quelques mots, en introduction de notre lettre ouverte, illustrent parfaitement ma pensée ainsi que l’action qui en découle.
Ce que j’ai fait en lançant une lettre ouverte aux maires de France et des Outre-mer, tout le monde peut le faire. Mon action a été réalisée au profit de la Jeunesse afin qu’elle puisse se construire un avenir sur des bases historiques apaisées et un dessein commun. Notre Histoire. Celle de la France. Il appartient à chaque citoyen de s’emparer du récit national sans rien attendre en retour. Or, j’en connais qui, par lâcheté ou par commodité, n’en ont rien fait. Eh bien, je ne suis pas de ce bois-là ! L’abbé Pierre disait : « Même si vous êtes seul et que personne ne vous suit, défendez toujours ce qui vous paraît juste. »


2. Comment expliquez-vous cette nécessité de redonner une identité à ces combattants africains oubliés ?
Comme cela est indiqué dans notre lettre ouverte, ils débarquent en Provence sous le commandement du général de Lattre de Tassigny. C’est sans compter l’aide de la résistance locale. L’Armée « B » libère Toulon, Marseille et Fréjus fin août 1944, devançant le calendrier tactique de plusieurs semaines. L’Histoire montre, hélas, que la mémoire collective a trop longtemps oublié ces faits d’armes. Malheureusement, ce fut également le cas lors du premier conflit mondial. En 1914-1918, pas moins de 200 000 « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française (A.O.F. : Mauritanie, Sénégal, Soudan français, Guinée, Côte d’Ivoire, Niger, Haute-Volta [devenue le Burkina Faso], le Dahomey [devenu le Bénin]) se battent sous l’étendard français, dont plus de 135 000 rien qu’en Europe. Environ 15 % d’entre eux, soit 30 000 soldats, y trouveront la mort sur un total de 1 397 800 soldats français morts durant ce seul conflit soit plus de 2 % des pertes totales de l’armée française. Il faut y ajouter tous les soldats venus d’Afrique du Nord, de l’Indochine et du reste de l’Outre-mer (Antilles, Guyane, Réunion, Madagascar, Indochine, établissements français de l’Inde, de Saint-Pierre et Miquelon…) qui combattirent dans les tranchées, aux Dardanelles et en Afrique. Beaucoup sont revenus blessés ou invalides.
En quelques mots, nous retraçons une part de l’Histoire nationale pourvu qu’elle ne soit pas oubliée.

3. Où en est concrètement votre action ? Quels résultats ?
Le Ministère des Armées et les maires ont signé une convention le mercredi 20 novembre 2019 afin que des rues, des places ou des écoles soient nommées en hommage aux soldats africains et des Outre-mer de l’Armée française qui ont participé à la Libération. Cent noms de combattants identifiés sont transmis aux élus afin de matérialiser le travail de mémoire. Aujourd’hui, nous constatons que plusieurs communes s’engagent activement dans le processus. Un exemple parmi d’autres, la commune d’Arleux (environ 3000 habitants), dans l’arrondissement de Douai dans le département du Nord, a nommé un square du nom d’un tirailleur vivant sur son territoire. Monsieur Abdel Abdelbaki. A contrario, je me suis entendu dire que ce récit national concernait, je cite : « le bas de la France… »
En conclusion, une question me taraude : « Pourquoi les Tirailleurs Africains et des Outre-mer sont-ils les grands oubliés de l’Histoire ? ». Il est difficile de répondre à cette question sans la mettre en perspective avec l’insondable volonté de certains qui consiste à passer sous-couvert le blanchiment des troupes. S’agissant d’une forme de racisme ordinaire qui, à mes yeux, n’a pas sa place en République. On ne peut s’y résoudre. Gageant que la Jeunesse française étoffera ce que nous avons démarré, avec d’autres, et fera de cette histoire, SON Histoire.

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Ce que j’ai fait en lançant une lettre ouverte aux maires de France et des Outre-mer, tout le monde peut le faire. Mon action a été réalisée au profit de la Jeunesse afin qu’elle puisse se construire un avenir sur des bases historiques apaisées et un dessein commun. Notre Histoire. Celle de la France. Il appartient à chaque citoyen de s’emparer du récit national sans rien attendre en retour. Or, j’en connais qui, par lâcheté ou par commodité, n’en ont rien fait. Eh bien, je ne suis pas de ce bois-là ! L’abbé Pierre disait : « Même si vous êtes seul et que personne ne vous suit, défendez toujours ce qui vous paraît juste. »


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