L’œil de l’historien

3 octobre 2022

Xavier Boniface, Les religions dans la Grande Guerre

Xavier Boniface est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Picardie Jules Verne. Il dirige la Revue d’histoire de l’Église de France et il est membre du Conseil scientifique de la recherche en histoire de la Défense. Il a notamment publié L’aumônerie militaire française (1914-1962) (éd. du Cerf, 2001), L’Armée, l’Église et la République (1879-1914) (Nouveau Monde Éditions / DMPA, 2012) et une Histoire religieuse de la Grande Guerre (Fayard, 2014).

Dans son livre Les diverses familles spirituelles de la France (1917), l’écrivain nationaliste Maurice Barrès montre comment les religions, parmi d’autres « forces morales », soutiennent l’effort de guerre du pays. C’est que le fait religieux conserve une place importante en France, malgré la sécularisation de la société.

                L’implication des religions dans la guerre revêt plusieurs formes. Elle est d’abord géopolitique puisque les Églises défendent des intérêts temporels dans le monde. Elle est aussi institutionnelle car ce sont des organisations religieuses qui collaborent avec les États en guerre. Elle relève encore d’approches culturelles : les confessions diffusent des représentations religieuses du conflit, assimilé à une guerre sainte ou à une croisade, et développent ou actualisent des théologies légitimant la guerre. Elle a également des effets sociaux avec la mobilisation de fidèles et de ministres des cultes. Elle a enfin une dimension rituelle et liturgique, les cérémonies religieuses étant adaptées aux circonstances du conflit et de la mort de masse.

                Mais si les religions apportent à la guerre une tonalité de sacré et de transcendance, elles appellent aussi à la paix et au respect de l’adversaire en se référant à la dimension pacifique de leurs doctrines, comme le commandement biblique « Tu ne tueras point ». Leur engagement dans le conflit est donc porteur de contradictions.

La mobilisation des religions

                Dès août 1914, les Églises se mobilisent. En France, où ils sont soumis à la conscription depuis 1889, les ministres des différents cultes rejoignent l’armée. Plus de 30 000 prêtres, religieux et séminaristes, 500 pasteurs et élèves de théologie protestante, ainsi qu’une centaine de rabbins sont concernés. La presse catholique exalte l’exemple des religieux exilés après les lois contre les congrégations de 1901 et de 1904 et qui, répondant à l’appel des armes, reviennent en France.

                La mobilisation s’accompagne d’un regain de ferveur : la perspective des séparations familiales, les périls pressentis des combats à venir, les bouleversements de la vie quotidienne conduisent les croyants, parfois éloignés de toute pratique religieuse, vers les églises, les temples et les synagogues. Les lieux de culte connaissent une forte fréquentation dans les jours qui suivent l’annonce de la mobilisation. Le lendemain de celle-ci tombant un dimanche (2 août), il y a affluence lors des messes, même dans les paroisses habituellement peu ferventes.

                Les autorités religieuses et les Églises adhèrent à l’Union Sacrée que le président de la République Raymond Poincaré appelle de ses vœux le 4 août. Mgr Turinaz, évêque de Nancy, veut ainsi promouvoir une « union parfaite ». Les tensions politico-religieuses s’apaisent : le ministre de l’Intérieur suspend dès le 2 août l’application des mesures contre les congrégations. Puis en 1915 un catholique, Denys Cochin, entre au gouvernement. Le phénomène se retrouve dans la plupart des pays.

                Cependant, pour le pasteur français Lauga, « il y a quelque chose de précaire, il s’agit plutôt d’un armistice et d’une trêve que d’une réelle communion des cœurs ». À terme, les unions sacrées se fragilisent parfois. Croisant des enjeux nationalistes, les anciennes contestations, comme l’anticléricalisme, l’anti-protestantisme et l’antisémitisme, ne disparaissent pas. Ainsi se propage en 1915 la « rumeur infâme », selon laquelle le clergé aurait voulu la guerre, voire la défaite de la France.

La foi au front

                La mobilisation de croyants de toutes religions aurait pu les interroger sur leur fidélité première, à leur foi ou à leur patrie, mais le patriotisme l’emporte.

                Au front, la religion apparaît sous deux formes, l’une institutionnelle, l’autre anthropologique. La première est représentée par les aumôniers militaires, intégrés dans toutes les armées, avec des tenues, des organisations et des statuts variés, et assimilés au personnel sanitaire, d’où leur port du brassard à la croix rouge. Toutefois, malgré son caractère officiel, l’aumônerie française n’est ni structurée, ni hiérarchisée : il n’y a que des aumôniers, catholiques, protestants et israélites, affectés à des groupes de brancardiers. En outre, sans avoir ce statut, une demi-douzaine d’imams visitent les camps de soldats musulmans. Le rôle des aumôniers est d’abord d’ordre cultuel : ils doivent célébrer les offices de leur culte pour les mobilisés, qui conservent la liberté de pratiquer leur foi selon l’esprit de la loi de séparation. Ils apportent aussi aux blessés et aux mourants « les secours de la religion », l’extrême-onction pour les catholiques. S’ils assurent plus rarement les funérailles du fait des conditions du champ de bataille, ils président à l’arrière des cérémonies à la mémoire des tués, qui peuvent toucher au-delà des cadres confessionnels traditionnels. D’origine juive, l’historien Marc Bloch a, « plus d’une fois, au retour des tranchées, assisté aux services que l’on célébrait [dans l’église de La Neuville-au-Pont (Marne)] pour les hommes du 272e RI qui venaient de tomber à l’ennemi […]. J’ai toujours cru accomplir un devoir pieux, en commémorant nos morts. Que m’importaient les rites ? ». Les aumôniers vont rencontrer également les soldats dans les tranchées ou les accueillent dans les cantonnements. S’il est exceptionnel qu’ils haranguent les troupes en vue du combat, ils contribuent, par leur proximité avec les soldats, à entretenir leur moral, sinon à soutenir leur foi, et ils les aident à tenir. Comptant parmi eux des personnalités comme le pasteur Nick, les P. Doncoeur, Lenoir ou Brottier, ils sont à la croisée du spirituel, du culturel et du militaire. L’aumônerie est enfin un signe, voire un creuset de l’union sacrée. Ainsi est exaltée la figure d’Abraham Bloch, grand rabbin de Lyon et aumônier israélite du 14e corps d’armée, tué au col d’Anozel (Vosges) le 29 août 1914, après avoir tendu à un soldat catholique mourant le crucifix d’un prêtre qui venait d’être blessé, selon ce que rapporte la tradition.

                La religion au front, c’est par ailleurs l’expression d’un large éventail de croyances, qui vont de celles s’inscrivant dans des doctrines théologiques jusqu’aux superstitions les plus variées dont les pratiques s’inspirent d’un vieux fonds rural de croyances païennes, en passant par les rites de religion populaire. Le port de chapelets, de médailles ou de scapulaires, l’insertion de textes de prières dans la doublure de l’uniforme s’apparentent à l’usage de porte bonheur. Des soldats recourent à des gestes supposés magiques ou à des fétiches. Leur irrationnel oscille entre la superstition, qui veut conjurer le destin, et le fatalisme, qui implique de subir son sort : des soldats croient ainsi que l’obus qui doit les tuer a été fabriqué à leur intention. Devant les horreurs de la guerre, la peur, la souffrance et le doute, de nombreux combattants se rattachent à une transcendance, recherchent aide, protection ou assurance dans l’au-delà. De ce point de vue, la part d’irrationnel est à la hauteur du bouleversement provoqué par la violence du conflit : il y a une recherche d’extraordinaire pour répondre à l’extra-ordinaire de la guerre.

                De tradition catholique, de nombreux Français se tournent vers des intercesseurs, dont la Vierge Marie, Jeanne d’Arc et Thérèse de Lisieux, qui leur évoquent la victoire, la protection et la consolation. Relancée au XIXe siècle, la dévotion mariale s’exprime à travers des prières, comme le Rosaire vivant, des oratoires dédiés, tel à Notre-Dame des Tranchées, le port de médailles, des ex-voto, voire des consécrations individuelles ou collectives. Pas encore proclamées saintes en 1914, Jeanne et Thérèse connaissent néanmoins unegrande popularité. Les soldats s’identifient à celles qui avaient leur âge et qui ont souffert comme eux. Il existe encore d’autres formes de piété : l’Église soutient la dévotion au Sacré-Cœur, associée à celle de la France. Les militaires juifs et musulmans se préoccupent du respect des obligations rituelles propres à leurs traditions religieuses. Selon un rabbin, les mobilisés d’Algérie « tiennent beaucoup à observer les prescriptions de Pâque, portant en grande partie sur la nourriture ».

Les religions tiennent à l’arrière

                À l’arrière, les religions prennent leur part dans la mobilisation des populations. Renouant avec leur rôle ancien de consolatrices des affligés, elles tentent de répondre aux attentes inquiètes des familles dont des proches sont mobilisés, ou des civils exposés aux bombardements. Les fidèles, notamment les femmes, se consacrent à l’aide caritative et humanitaire, un domaine d’expérience traditionnel désormais réorienté vers les besoins des soldats, des prisonniers, des blessés et des réfugiés. Des communautés se mobilisent en faveur des soldats. Des religieuses servent dans des hôpitaux militaires. Sœur Julie, des sœurs de Saint-Charles de Nancy, supérieure de l’hospice de Gerbéviller, protège ses blessés lors de l’occupation allemande en août 1914, puis soigne tous ceux des deux camps tombés lors de la reconquête du bourg, ce qui lui vaudra la Légion d’honneur.

                Des intellectuels s’impliquent aussi. Raoul Allier, professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de Paris, fait des conférences hebdomadaires contre le défaitisme. Mgr Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris, crée en février 1915, à la demande du ministère des Affaires étrangères, un « comité catholique de propagande française à l’étranger » : il doit convaincre les catholiques des pays neutres et alliés que la France n’est pas un pays athée. Institué en juin 1915, un comité protestant analogue mène des campagnes d’information en Suisse, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Des discours confessionnels fustigent l’adversaire. Mgr Mignot, archevêque d’Albi, déclare qu’ « à voir ce qui se passe sous nos yeux, on se croirait au temps des Sargon, des Sennachérib, des Nabuchodonosor et autres épouvantables tyrans de l’Assyrie et de la Chaldée ». 

                En même temps, la religion offre un soutien et un motif d’espérance pour les populations. Elle inspire en outre des actes ou des paroles de résistance. Le cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, appelle les fidèles de Belgique occupée à ne pas baisser les bras dans sa lettre pastorale de Noël 1914, Patriotisme et endurance.

                La guerre mondiale s’étend à « l’outre-mer » colonisé, où les religions constituent parfois un enjeu dans le conflit. Celui-ci provoque des tensions entre les missions françaises et allemandes, et accentue la concurrence entre celles des catholiques et celles des protestants. Au Cameroun conquis par l’Entente en 1916, les pallotins allemands sont remplacés par des missionnaires français – souvent alsaciens pour permettre la transition linguistique. Les pasteurs de la Mission évangélique de Paris succèdent aussi à leurs confrères allemands. Par ailleurs, la mobilisation de l’islam revêt un caractère stratégique. À Istanbul, le sultan-calife Mehmed V appelle au djihad lors de l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés des Empires centraux en novembre 1914. Cependant, les musulmans vivant sous tutelle française, comme en Afrique du Nord, ne se dressent pas contre leurs colonisateurs. Paris veut aussi prouver que la France est amie de l’islam : des pèlerinages sont organisés à La Mecque pour des Algériens en 1916 ; la même année est annoncée la construction de la Grande Mosquée de Paris.

Des discours religieux contradictoires sur la guerre

                Un peu partout, les Églises nationales légitiment la guerre. Des convergences s’opèrent alors, chez les croyants, entre la foi en Dieu et la foi en la patrie. L’archevêque de Besançon, Mgr Gauthey, affirme ainsi : « notre cause est juste et nous pouvons espérer que Dieu sera avec nous ». Cela justifie tous les sacrifices. Selon certains chrétiens d’ailleurs, le soldat mourant sur le champ de bataille pour sa patrie imite le Christ mourant sur la croix pour l’humanité. Des interprétations religieuses de la guerre circulent : par son déchaînement et son caractère apocalyptique, elle paraît avoir quelque chose à la fois d’inhumain et de surhumain, voire de surnaturel. Des catholiques français voient dans le conflit un châtiment envoyé par Dieu à leur pays, pour le punir de ses péchés, dont implicitement les lois laïques, mais aussi en vue de sa rédemption et de sa régénération morale et spirituelle – un discours critiqué par les anticléricaux. Les protestants français voient aussi dans le combat de leur pays une réitération de la Gesta Dei per Francos, mais ils ne partagent pas l’idée du châtiment divin.

                La guerre est d’abord juste, parce que chaque pays se sent agressé, avant d’être présentée comme sainte. Certains en font même une croisade, avec les images, réminiscences et références historiques qui y sont associées. En revêtant une telle connotation religieuse, le conflit ne peut être qu’inexpiable et mener à la guerre totale. Le soldat qui se sacrifie pour sa patrie devient alors parfois un martyr. Cependant, cette notion suscite des débats théologiques chez les catholiques, car le combattant meurt les armes à la main, à la différence du martyr. Guerre sainte, guerre de religion, croisade : chacun est convaincu que Dieu est dans son camp. Des signes, des légendes et des prodiges, dont des témoins assurent avoir eu la vision et dont la rumeur se propage, prouveraient le soutien céleste aux belligérants. Il est ainsi prêté à la Vierge une intervention miraculeuse dans la victoire française de la Marne.

                Dans ce contexte, les paroles de paix portées par des hommes d’Églises sont peu audibles. Le pape Benoît XV, élu le 3 septembre 1914, s’efforce de tenir une ligne de neutralité et d’impartialité, dans la mesure où des catholiques sont présents dans les deux camps. Mais chacun cherche à obtenir son soutien et sa caution. Aussi, ses multiples appels à la paix sont rejetés. Il n’est pas entendu lorsqu’il dénonce les « massacres » inutiles », « l’horrible boucherie » ou « le suicide de l’Europe civilisée ». Son intervention la plus critiquée, même chez les catholiques, est sa note du 1er août 1917, qui interpelle les chefs d’États : le pape les invite à l’arbitrage, au désarmement et à une paix de compromis, fondée sur le droit, sans vainqueur ni vaincu. La même année, l’archevêque luthérien d’Uppsala (Suède), Nathan Söderblom, tente vainement de promouvoir la paix en s’adressant aux responsables d’Églises protestantes des deux camps. Ces appels s’accompagnent d’engagements humanitaires au profit de tous les belligérants, alors que les pays en guerre ne soutiennent que leurs ressortissants et leurs alliés. Ce sont des neutres qui s’expriment en ce sens, car les croyants pacifistes sont très rares dans les pays belligérants. Par ailleurs, devant des horreurs qu’elle entraîne, la guerre favorise le début d’un rapprochement entre chrétiens : l’œcuménisme, en germe depuis le xixe siècle, prend un nouvel élan, même s’il reste encore timide et si les cérémonies interconfessionnelles restent exceptionnelles.

Conclusion

              Il est possible de relire l’histoire de la Grande Guerre sous l’angle spécifique des religions. Par leurs discours de guerre sainte, par leur présence institutionnelle auprès des combattants, par leurs engagements patriotiques, elles concourent au processus de totalisation du conflit en le sacralisant. Chez nombre de croyants, le patriotisme prend le pas sur l’esprit pacifique, à l’encontre de la paix que le pape et des hommes d’Églises de pays neutres cherchent à promouvoir. Mais après-guerre, les religions s’associent au souvenir des morts dans les sociétés endeuillées, avec la célébration de cérémonies et l’édification de lieu de culte mémoriels, à l’exemple de la chapelle de Rancourt.

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Xavier Boniface est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Picardie Jules Verne. Il dirige la Revue d’histoire de l’Église de France et il est membre du Conseil scientifique de la recherche en histoire de la Défense. Il a notamment publié L’aumônerie militaire française (1914-1962) (éd. du Cerf, 2001), L’Armée, l’Église et la République (1879-1914) (Nouveau Monde Éditions / DMPA, 2012) et une Histoire religieuse de la Grande Guerre (Fayard, 2014).

Dans son livre Les diverses familles spirituelles de la France (1917), l’écrivain nationaliste Maurice Barrès montre comment les religions, parmi d’autres « forces morales », soutiennent l’effort de guerre du pays. C’est que le fait religieux conserve une place importante en France, malgré la sécularisation de la société.

                L’implication des religions dans la guerre revêt plusieurs formes. Elle est d’abord géopolitique puisque les Églises défendent des intérêts temporels dans le monde. Elle est aussi institutionnelle car ce sont des organisations religieuses qui collaborent avec les États en guerre. Elle relève encore d’approches culturelles : les confessions diffusent des représentations religieuses du conflit, assimilé à une guerre sainte ou à une croisade, et développent ou actualisent des théologies légitimant la guerre. Elle a également des effets sociaux avec la mobilisation de fidèles et de ministres des cultes. Elle a enfin une dimension rituelle et liturgique, les cérémonies religieuses étant adaptées aux circonstances du conflit et de la mort de masse.

                Mais si les religions apportent à la guerre une tonalité de sacré et de transcendance, elles appellent aussi à la paix et au respect de l’adversaire en se référant à la dimension pacifique de leurs doctrines, comme le commandement biblique « Tu ne tueras point ». Leur engagement dans le conflit est donc porteur de contradictions.

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                La mobilisation s’accompagne d’un regain de ferveur : la perspective des séparations familiales, les périls pressentis des combats à venir, les bouleversements de la vie quotidienne conduisent les croyants, parfois éloignés de toute pratique religieuse, vers les églises, les temples et les synagogues. Les lieux de culte connaissent une forte fréquentation dans les jours qui suivent l’annonce de la mobilisation. Le lendemain de celle-ci tombant un dimanche (2 août), il y a affluence lors des messes, même dans les paroisses habituellement peu ferventes.

                Les autorités religieuses et les Églises adhèrent à l’Union Sacrée que le président de la République Raymond Poincaré appelle de ses vœux le 4 août. Mgr Turinaz, évêque de Nancy, veut ainsi promouvoir une « union parfaite ». Les tensions politico-religieuses s’apaisent : le ministre de l’Intérieur suspend dès le 2 août l’application des mesures contre les congrégations. Puis en 1915 un catholique, Denys Cochin, entre au gouvernement. Le phénomène se retrouve dans la plupart des pays.

                Cependant, pour le pasteur français Lauga, « il y a quelque chose de précaire, il s’agit plutôt d’un armistice et d’une trêve que d’une réelle communion des cœurs ». À terme, les unions sacrées se fragilisent parfois. Croisant des enjeux nationalistes, les anciennes contestations, comme l’anticléricalisme, l’anti-protestantisme et l’antisémitisme, ne disparaissent pas. Ainsi se propage en 1915 la « rumeur infâme », selon laquelle le clergé aurait voulu la guerre, voire la défaite de la France.

La foi au front

                La mobilisation de croyants de toutes religions aurait pu les interroger sur leur fidélité première, à leur foi ou à leur patrie, mais le patriotisme l’emporte.

                Au front, la religion apparaît sous deux formes, l’une institutionnelle, l’autre anthropologique. La première est représentée par les aumôniers militaires, intégrés dans toutes les armées, avec des tenues, des organisations et des statuts variés, et assimilés au personnel sanitaire, d’où leur port du brassard à la croix rouge. Toutefois, malgré son caractère officiel, l’aumônerie française n’est ni structurée, ni hiérarchisée : il n’y a que des aumôniers, catholiques, protestants et israélites, affectés à des groupes de brancardiers. En outre, sans avoir ce statut, une demi-douzaine d’imams visitent les camps de soldats musulmans. Le rôle des aumôniers est d’abord d’ordre cultuel : ils doivent célébrer les offices de leur culte pour les mobilisés, qui conservent la liberté de pratiquer leur foi selon l’esprit de la loi de séparation. Ils apportent aussi aux blessés et aux mourants « les secours de la religion », l’extrême-onction pour les catholiques. S’ils assurent plus rarement les funérailles du fait des conditions du champ de bataille, ils président à l’arrière des cérémonies à la mémoire des tués, qui peuvent toucher au-delà des cadres confessionnels traditionnels. D’origine juive, l’historien Marc Bloch a, « plus d’une fois, au retour des tranchées, assisté aux services que l’on célébrait [dans l’église de La Neuville-au-Pont (Marne)] pour les hommes du 272e RI qui venaient de tomber à l’ennemi […]. J’ai toujours cru accomplir un devoir pieux, en commémorant nos morts. Que m’importaient les rites ? ». Les aumôniers vont rencontrer également les soldats dans les tranchées ou les accueillent dans les cantonnements. S’il est exceptionnel qu’ils haranguent les troupes en vue du combat, ils contribuent, par leur proximité avec les soldats, à entretenir leur moral, sinon à soutenir leur foi, et ils les aident à tenir. Comptant parmi eux des personnalités comme le pasteur Nick, les P. Doncoeur, Lenoir ou Brottier, ils sont à la croisée du spirituel, du culturel et du militaire. L’aumônerie est enfin un signe, voire un creuset de l’union sacrée. Ainsi est exaltée la figure d’Abraham Bloch, grand rabbin de Lyon et aumônier israélite du 14e corps d’armée, tué au col d’Anozel (Vosges) le 29 août 1914, après avoir tendu à un soldat catholique mourant le crucifix d’un prêtre qui venait d’être blessé, selon ce que rapporte la tradition.

                La religion au front, c’est par ailleurs l’expression d’un large éventail de croyances, qui vont de celles s’inscrivant dans des doctrines théologiques jusqu’aux superstitions les plus variées dont les pratiques s’inspirent d’un vieux fonds rural de croyances païennes, en passant par les rites de religion populaire. Le port de chapelets, de médailles ou de scapulaires, l’insertion de textes de prières dans la doublure de l’uniforme s’apparentent à l’usage de porte bonheur. Des soldats recourent à des gestes supposés magiques ou à des fétiches. Leur irrationnel oscille entre la superstition, qui veut conjurer le destin, et le fatalisme, qui implique de subir son sort : des soldats croient ainsi que l’obus qui doit les tuer a été fabriqué à leur intention. Devant les horreurs de la guerre, la peur, la souffrance et le doute, de nombreux combattants se rattachent à une transcendance, recherchent aide, protection ou assurance dans l’au-delà. De ce point de vue, la part d’irrationnel est à la hauteur du bouleversement provoqué par la violence du conflit : il y a une recherche d’extraordinaire pour répondre à l’extra-ordinaire de la guerre.

                De tradition catholique, de nombreux Français se tournent vers des intercesseurs, dont la Vierge Marie, Jeanne d’Arc et Thérèse de Lisieux, qui leur évoquent la victoire, la protection et la consolation. Relancée au XIXe siècle, la dévotion mariale s’exprime à travers des prières, comme le Rosaire vivant, des oratoires dédiés, tel à Notre-Dame des Tranchées, le port de médailles, des ex-voto, voire des consécrations individuelles ou collectives. Pas encore proclamées saintes en 1914, Jeanne et Thérèse connaissent néanmoins unegrande popularité. Les soldats s’identifient à celles qui avaient leur âge et qui ont souffert comme eux. Il existe encore d’autres formes de piété : l’Église soutient la dévotion au Sacré-Cœur, associée à celle de la France. Les militaires juifs et musulmans se préoccupent du respect des obligations rituelles propres à leurs traditions religieuses. Selon un rabbin, les mobilisés d’Algérie « tiennent beaucoup à observer les prescriptions de Pâque, portant en grande partie sur la nourriture ».

Les religions tiennent à l’arrière

                À l’arrière, les religions prennent leur part dans la mobilisation des populations. Renouant avec leur rôle ancien de consolatrices des affligés, elles tentent de répondre aux attentes inquiètes des familles dont des proches sont mobilisés, ou des civils exposés aux bombardements. Les fidèles, notamment les femmes, se consacrent à l’aide caritative et humanitaire, un domaine d’expérience traditionnel désormais réorienté vers les besoins des soldats, des prisonniers, des blessés et des réfugiés. Des communautés se mobilisent en faveur des soldats. Des religieuses servent dans des hôpitaux militaires. Sœur Julie, des sœurs de Saint-Charles de Nancy, supérieure de l’hospice de Gerbéviller, protège ses blessés lors de l’occupation allemande en août 1914, puis soigne tous ceux des deux camps tombés lors de la reconquête du bourg, ce qui lui vaudra la Légion d’honneur.

                Des intellectuels s’impliquent aussi. Raoul Allier, professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de Paris, fait des conférences hebdomadaires contre le défaitisme. Mgr Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris, crée en février 1915, à la demande du ministère des Affaires étrangères, un « comité catholique de propagande française à l’étranger » : il doit convaincre les catholiques des pays neutres et alliés que la France n’est pas un pays athée. Institué en juin 1915, un comité protestant analogue mène des campagnes d’information en Suisse, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Des discours confessionnels fustigent l’adversaire. Mgr Mignot, archevêque d’Albi, déclare qu’ « à voir ce qui se passe sous nos yeux, on se croirait au temps des Sargon, des Sennachérib, des Nabuchodonosor et autres épouvantables tyrans de l’Assyrie et de la Chaldée ». 

                En même temps, la religion offre un soutien et un motif d’espérance pour les populations. Elle inspire en outre des actes ou des paroles de résistance. Le cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, appelle les fidèles de Belgique occupée à ne pas baisser les bras dans sa lettre pastorale de Noël 1914, Patriotisme et endurance.

                La guerre mondiale s’étend à « l’outre-mer » colonisé, où les religions constituent parfois un enjeu dans le conflit. Celui-ci provoque des tensions entre les missions françaises et allemandes, et accentue la concurrence entre celles des catholiques et celles des protestants. Au Cameroun conquis par l’Entente en 1916, les pallotins allemands sont remplacés par des missionnaires français – souvent alsaciens pour permettre la transition linguistique. Les pasteurs de la Mission évangélique de Paris succèdent aussi à leurs confrères allemands. Par ailleurs, la mobilisation de l’islam revêt un caractère stratégique. À Istanbul, le sultan-calife Mehmed V appelle au djihad lors de l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés des Empires centraux en novembre 1914. Cependant, les musulmans vivant sous tutelle française, comme en Afrique du Nord, ne se dressent pas contre leurs colonisateurs. Paris veut aussi prouver que la France est amie de l’islam : des pèlerinages sont organisés à La Mecque pour des Algériens en 1916 ; la même année est annoncée la construction de la Grande Mosquée de Paris.

Des discours religieux contradictoires sur la guerre

                Un peu partout, les Églises nationales légitiment la guerre. Des convergences s’opèrent alors, chez les croyants, entre la foi en Dieu et la foi en la patrie. L’archevêque de Besançon, Mgr Gauthey, affirme ainsi : « notre cause est juste et nous pouvons espérer que Dieu sera avec nous ». Cela justifie tous les sacrifices. Selon certains chrétiens d’ailleurs, le soldat mourant sur le champ de bataille pour sa patrie imite le Christ mourant sur la croix pour l’humanité. Des interprétations religieuses de la guerre circulent : par son déchaînement et son caractère apocalyptique, elle paraît avoir quelque chose à la fois d’inhumain et de surhumain, voire de surnaturel. Des catholiques français voient dans le conflit un châtiment envoyé par Dieu à leur pays, pour le punir de ses péchés, dont implicitement les lois laïques, mais aussi en vue de sa rédemption et de sa régénération morale et spirituelle – un discours critiqué par les anticléricaux. Les protestants français voient aussi dans le combat de leur pays une réitération de la Gesta Dei per Francos, mais ils ne partagent pas l’idée du châtiment divin.

                La guerre est d’abord juste, parce que chaque pays se sent agressé, avant d’être présentée comme sainte. Certains en font même une croisade, avec les images, réminiscences et références historiques qui y sont associées. En revêtant une telle connotation religieuse, le conflit ne peut être qu’inexpiable et mener à la guerre totale. Le soldat qui se sacrifie pour sa patrie devient alors parfois un martyr. Cependant, cette notion suscite des débats théologiques chez les catholiques, car le combattant meurt les armes à la main, à la différence du martyr. Guerre sainte, guerre de religion, croisade : chacun est convaincu que Dieu est dans son camp. Des signes, des légendes et des prodiges, dont des témoins assurent avoir eu la vision et dont la rumeur se propage, prouveraient le soutien céleste aux belligérants. Il est ainsi prêté à la Vierge une intervention miraculeuse dans la victoire française de la Marne.

                Dans ce contexte, les paroles de paix portées par des hommes d’Églises sont peu audibles. Le pape Benoît XV, élu le 3 septembre 1914, s’efforce de tenir une ligne de neutralité et d’impartialité, dans la mesure où des catholiques sont présents dans les deux camps. Mais chacun cherche à obtenir son soutien et sa caution. Aussi, ses multiples appels à la paix sont rejetés. Il n’est pas entendu lorsqu’il dénonce les « massacres » inutiles », « l’horrible boucherie » ou « le suicide de l’Europe civilisée ». Son intervention la plus critiquée, même chez les catholiques, est sa note du 1er août 1917, qui interpelle les chefs d’États : le pape les invite à l’arbitrage, au désarmement et à une paix de compromis, fondée sur le droit, sans vainqueur ni vaincu. La même année, l’archevêque luthérien d’Uppsala (Suède), Nathan Söderblom, tente vainement de promouvoir la paix en s’adressant aux responsables d’Églises protestantes des deux camps. Ces appels s’accompagnent d’engagements humanitaires au profit de tous les belligérants, alors que les pays en guerre ne soutiennent que leurs ressortissants et leurs alliés. Ce sont des neutres qui s’expriment en ce sens, car les croyants pacifistes sont très rares dans les pays belligérants. Par ailleurs, devant des horreurs qu’elle entraîne, la guerre favorise le début d’un rapprochement entre chrétiens : l’œcuménisme, en germe depuis le xixe siècle, prend un nouvel élan, même s’il reste encore timide et si les cérémonies interconfessionnelles restent exceptionnelles.

Conclusion

              Il est possible de relire l’histoire de la Grande Guerre sous l’angle spécifique des religions. Par leurs discours de guerre sainte, par leur présence institutionnelle auprès des combattants, par leurs engagements patriotiques, elles concourent au processus de totalisation du conflit en le sacralisant. Chez nombre de croyants, le patriotisme prend le pas sur l’esprit pacifique, à l’encontre de la paix que le pape et des hommes d’Églises de pays neutres cherchent à promouvoir. Mais après-guerre, les religions s’associent au souvenir des morts dans les sociétés endeuillées, avec la célébration de cérémonies et l’édification de lieu de culte mémoriels, à l’exemple de la chapelle de Rancourt.

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