Le monument du mois

3 mai 2021

Le carré des fusillés à Neuilly-sur-Seine

Le Mont-Valérien s’est imposé comme un lieu essentiel de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Dès la Libération, il est le lieu central où deux mémoires s’opposent, la mémoire communiste – celle du parti des 75000 fusillés qui réclame sa juste place dans la clairière des fusillés – et celle du général de Gaulle qui souhaite transformer le site en référence symbolique de la participation française à la victoire de 1945.

Bien que fortement atténuée aujourd’hui, cette concurrence mémorielle originelle se traduit sur le site en deux espaces : la clairière, lieu du souvenir des fusillades, et le Mémorial, lieu de la mémoire nationale.

Cette dualité mémorielle a laissé dans l’ombre les lieux d’inhumation des fusillés. Que sont devenus le corps des fusillés ? De 1941 à 1944, ils ont été essentiellement inhumés au cimetière d’Ivry-sur-Seine. Au lendemain de la Libération, l’Etat a ouvert le droit à la restitution. De nombreux fusillés sont aujourd’hui inhumés dans des tombes familiales dont aucun recensement n’a été réalisé. A Ivry, l’Etat a restructuré le cimetière. Une association particulièrement active, l’association pour le souvenir des fusillés du mont-Valérien et d’île de France, y organise régulièrement depuis 1945 des cérémonies.

Des fusillés ont également été inhumés dans d’autres cimetières communaux. Tel est le cas à Neuilly-sur-Seine. C’est ce « carré national » que nous avons souhaité mettre en lumière. Il regroupe les corps de 12 fusillés du 15 décembre 1941.

Ce jour-là, 95 otages furent passés par les armes, dont 69 au Mont-Valérien, en représailles à l’assassinat de quatre soldats allemands à Paris. Parmi eux, une majorité de militants communistes et d’otages d’origine juive, communistes ou non.

Carré des fusillés de Neuilly-sur-Seine

A Neuilly, 9 tombes sont anonymes. Sur 3 des noms sont inscrits.

Celui de Gabriel Bigot. Militant communiste, il poursuit ses activités militantes après l’armistice. C’est ainsi que se déroule, à son domicile, la première réunion illégale des militants du XIIIème arrondissement de Paris. Responsable actif du parti clandestin, il est arrêté le 12 juin 1941 à son domicile. Incarcéré à Fresnes, il est condamné à 20 ans de travaux forcés. Finalement désignés comme otage, il est fusillé le 15 décembre.

Celui de Maïer Zauberman. Emigré juif polonais. Il obtient sa naturalisation en 1932. Vice-président de l’association du Foyer populaire juif du Xième arrondissement de Paris, adhérent du syndicat général des travailleurs du bois et membre du 11ème rayon de la région Paris-Ville du Parti communiste, il était déjà particulièrement surveillé avant-guerre. Raflé à la date du 21 août 1941, il est envoyé à Drancy. Toujours considéré comme sympathisant des théories communistes, même si rien ne l’indiquait, il est désigné comme otage et est fusillé le 15 décembre.

Celui enfin de François Carcedo. Fortement investi au sein de l’Université ouvrière pour laquelle il était chargé de l’organisation matérielle des cours. A la signature de l’armistice, il entre dans la clandestinité. Arrêté par la police allemande, on trouve sur lui une liste de militants communistes. A la suite de son interrogatoire, une trentaine de membres du parti sont arrêtés. Jugé, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. La majorité des personnes arrêtées après son incarcération seront quant à elles déportées. Il est finalement désigné comme otage et fusillé le 15 décembre.

Carré des fusillés de Neuilly-sur-Seine

Ces 11 tombes injustement oubliées doivent rentrer de nouveau dans la lumière. 11 combattants fusillés en 1941, l’année la plus sombre de la Seconde Guerre mondiale.

A cette fin, Le Souvenir Français lancera un projet de recherche ADN afin de redonner une identité aux 11 tombes « inconnues ».

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