La quatrième armée

30 avril 2020

« Notre France de 1914-1915 aura eu pour la défendre quatre armées unies d’alliés en une seule quoique distincte – celle d’abord que les bonnes gens d’autre fois appelaient l’armée de guerre, puis l’armée des oiseaux (l’aérienne), ensuite l’armée financière dont Alexandre Ribot est le Joffre et enfin l’armée des infirmières… 

Voici donc pour un bon siècle le bec clos aux détracteurs. Ils n’avaient pas prévu la levée en masse de nos infirmières volontaires ; ils ne s’attendaient pas à cet ost tumultuaire du sexe faible… 

Elles aussi, elles donnaient leur vie, mais comble d’héroïsme sans combattre et sachant qu’on les assassinait… 

Ce qu’il faudra conter aux enfants dans les écoles, c’est que la mobilisation de la quatrième armée s’est faite toute seule, sans appel à l’Etat sans conscription ni prêche de croisade, par enrôlement libre et spontané aux premiers cris des blessés et des mourants de la bataille initiale. 

A peine le canon s’était-il tu à Charleroi que déjà en uniforme blanc, croisé de rouge, cent mille femmes de tout âge, de tout rang social, de toutes croyances, se dressèrent au pied de cent mille lits ou couchettes, face aux faiseurs de cadavres, en déroulant leurs bandelettes…»  

Emile Bergerat 1845-1925, Le Figaro, 29 décembre 1915

Rappelons les chiffres des infirmières de la Grande Guerre

100 000 infirmières dont 70 000 bénévoles

10 500 médecins dont 9 000 civiles

2 400 pharmaciens dont 2 270 civiles

1 800 médecins « Mort pour la France »

350 infirmières « Mort pour la France »

3000 infirmières décorées. 

Quelques monuments et plaques rappellent aujourd’hui sur le territoire français la dette nationale envers cette « quatrième armée ». 

A Paris, des plaques : 

– rue de l’Ecole-de-Médecine, à la mémoire des 1800 médecins « Mort pour la France »

-à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, une plaque d’hommage aux infirmières

Et dans les jardins du Val-de-Grâce, un monument en hommage de reconnaissance aux morts du service de santé militaire tombés au champ d’honneur. 

A Reims, un monument édifié à la mémoire des infirmières françaises et alliées qui se sont dévouées pendant la guerre 1914-1918

« Sur terre et sur mer elles ont partagé les dangers du soldat. Elles ont bravé dans les hôpitaux bombardés et torpillés le feu de l’ennemi, la contagion, l’épuisement. En consolant la douleur, elles ont aidé la victoire. Honneur à elles. Elles vivront à jamais dans le souvenir de leurs patries fières et reconnaissantes ». 

A Pierrefonds (Oise), un monument élevé à la gloire des infirmières militaires de France dans le parc où fut tué Elisabeth Jalaguier le 20 août 1918 à son poste, au milieu des blessés lors du bombardement de l’hôpital militaire. 

Mais ce sont deux autres monuments que nous avons choisis. 

Deux monuments à la fois réalistes et naïfs.

Le monument érigé dans le cimetière communal de Berck (Pas-de-Calais)

Inauguré le 30 novembre 1924 lors du congrès de l’Union Fédérale en présence du chef de cabinet du Ministère des pensions et du gouverneur des Invalides, ce monument rend hommage aux infirmières françaises mortes au champ d’honneur. Erigé par l’association des anciens combattants de Berck, il est constitué « d’une œuvre d’art du meilleur goût » (Journal La Croix du Pas de Calais du 30 novembre 1924) 

Constitué par une dalle sur laquelle se trouve un soldat casqué reposant sur une civière, il porte l’inscription « Aux infirmières françaises 1914-1918 les combattants reconnaissants ». 

Le monument élevé à Chaulnes (Somme) 

Œuvre de Madame Berthe Girardet, elle-même infirmière à Chaulnes et auteure de nombreux monuments commémoratifs de la Grande Guerre, cette fontaine monumentale a été érigée grâce aux dons de la Croix-Rouge américaine et à l’initiative de  l’Union des Femmes de France (UFF).

En juin 1917 à la suite d’un accord intervenu entre les services de la 3earmée et du ministère des régions libérées furent créés les premiers postes de secours de l’UFF dans la Somme. Ils furent échelonnés sur une ligne de 45 kilomètres entre Ham, Nesles, Chaulnes et Harbonnières. A ce moment la Croix-Rouge américaine venait d’envoyer en France ses premiers éléments de secours. 

La fontaine monumentale est destinée à perpétuer le souvenir de la collaboration de la Croix-Rouge française et de la Croix-Rouge américaine dans la ville de Chaulnes dévastée. Elle porte inscription « En souvenir de la collaboration de la Croix-Rouge américaine et de l’Union des Femmes de France Croix-Rouge française à Chaulnes ressuscité 1917-1919 ».

Lors de l’inauguration, le 3 décembre 1922,  le délégué de la Croix-Rouge de la Somme, M. Vernes évoque le symbolique : « que l’eau qui s’écoule dans la vasque soit un symbole destiné à laver les souillures subies par la malheureuse cité. Que l’infirmière qui tient amoureusement un enfant de Chaulnes dans ses bras rappelle tous ceux qu’elle a sauvés » . 

Le monument actuel, purement commémoratif, ne sert plus de fontaine

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Voici donc pour un bon siècle le bec clos aux détracteurs. Ils n’avaient pas prévu la levée en masse de nos infirmières volontaires ; ils ne s’attendaient pas à cet ost tumultuaire du sexe faible… 

Elles aussi, elles donnaient leur vie, mais comble d’héroïsme sans combattre et sachant qu’on les assassinait… 

Ce qu’il faudra conter aux enfants dans les écoles, c’est que la mobilisation de la quatrième armée s’est faite toute seule, sans appel à l’Etat sans conscription ni prêche de croisade, par enrôlement libre et spontané aux premiers cris des blessés et des mourants de la bataille initiale. 

A peine le canon s’était-il tu à Charleroi que déjà en uniforme blanc, croisé de rouge, cent mille femmes de tout âge, de tout rang social, de toutes croyances, se dressèrent au pied de cent mille lits ou couchettes, face aux faiseurs de cadavres, en déroulant leurs bandelettes…»  

Emile Bergerat 1845-1925, Le Figaro, 29 décembre 1915

Rappelons les chiffres des infirmières de la Grande Guerre

100 000 infirmières dont 70 000 bénévoles

10 500 médecins dont 9 000 civiles

2 400 pharmaciens dont 2 270 civiles

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Quelques monuments et plaques rappellent aujourd’hui sur le territoire français la dette nationale envers cette « quatrième armée ». 

A Paris, des plaques : 

– rue de l’Ecole-de-Médecine, à la mémoire des 1800 médecins « Mort pour la France »

-à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, une plaque d’hommage aux infirmières

Et dans les jardins du Val-de-Grâce, un monument en hommage de reconnaissance aux morts du service de santé militaire tombés au champ d’honneur. 

A Reims, un monument édifié à la mémoire des infirmières françaises et alliées qui se sont dévouées pendant la guerre 1914-1918

« Sur terre et sur mer elles ont partagé les dangers du soldat. Elles ont bravé dans les hôpitaux bombardés et torpillés le feu de l’ennemi, la contagion, l’épuisement. En consolant la douleur, elles ont aidé la victoire. Honneur à elles. Elles vivront à jamais dans le souvenir de leurs patries fières et reconnaissantes ». 

A Pierrefonds (Oise), un monument élevé à la gloire des infirmières militaires de France dans le parc où fut tué Elisabeth Jalaguier le 20 août 1918 à son poste, au milieu des blessés lors du bombardement de l’hôpital militaire. 

Mais ce sont deux autres monuments que nous avons choisis. 

Deux monuments à la fois réalistes et naïfs.

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Constitué par une dalle sur laquelle se trouve un soldat casqué reposant sur une civière, il porte l’inscription « Aux infirmières françaises 1914-1918 les combattants reconnaissants ». 

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Œuvre de Madame Berthe Girardet, elle-même infirmière à Chaulnes et auteure de nombreux monuments commémoratifs de la Grande Guerre, cette fontaine monumentale a été érigée grâce aux dons de la Croix-Rouge américaine et à l’initiative de  l’Union des Femmes de France (UFF).

En juin 1917 à la suite d’un accord intervenu entre les services de la 3earmée et du ministère des régions libérées furent créés les premiers postes de secours de l’UFF dans la Somme. Ils furent échelonnés sur une ligne de 45 kilomètres entre Ham, Nesles, Chaulnes et Harbonnières. A ce moment la Croix-Rouge américaine venait d’envoyer en France ses premiers éléments de secours. 

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