Une photo et son histoire

31 août 2026

Le monument de 1870 du Souvenir Français à Dives-sur-Mer (Calvados)

Monument de 1870 du Souvenir Français à Dives-sur-Mer (Calvados)

Un monument commémoratif est souvent porteur de différentes strates mémorielles. Tel est le cas du monument aux morts de 1870 à Dives-sur-Mer, dans le Calvados érigé par la Souvenir Français.

Il y a d’abord la mémoire de l’événement qu’il commémore…

En l’occurrence ici, la guerre-franco-prussienne qui a vu s’affronter pendant six mois la Confédération allemande et la France. Une guerre pour laquelle peu de monuments commémoratifs ont été érigés, contrairement à celle qui suivra. Une guerre pour laquelle l’ensemble des soldats sont honorés, et non plus seulement les chefs militaires.

Il y a ensuite la mémoire locale, celle qui justifie l’implantation d’un monument dans un lieu précis…

Le monument visible sur la carte postale ci-dessus se trouve à Dives-sur-Mer, dans le Calvados, un département qui, à la différence du reste de la Normandie, n’a pas été totalement occupé par les Allemands, et dont les hommes ont servi comme force armée.

Le 2 septembre 1870, après la défaite de Sedan, alors que Napoléon III est fait prisonnier et que le Second Empire s’effondre, une garde nationale mobile s’organise à Dives-sur-Mer et dans les communes voisines, avec pour objectifs de renforcer les effectifs des troupes et de porter secours aux départements les plus proches.

Le monument représente l’un de ces hommes partis combattre l’armée prussienne ; un fantassin des bataillons départementaux de la garde nationale surnommé « moblot », aux aguets. Mobilisés dans l’urgence, ils manquent d’instruction militaire et partent combattre sans être ni suffisamment formés, ni suffisamment équipés en armes.

Dans les Récits historiques de la garde mobile du Calvados, on lit ainsi : 

« Pauvres mobiles, pauvres jeunes gens, soldats à peine depuis trois mois, que de privations n’avaient-ils pas endurées ! »

Ce monument commémore donc le souvenir de la guerre de 1870 tel qu’elle a été vécue à l’échelle communale, mais sa portée mémorielle dépasse ce seul cadre puisqu’y sont également gravés les noms de soldats provenant de différentes communes limitrophes : Beuzeval (Houlgate), Brucourt, Gonneville-sur-Dives (Gonneville-sur-Mer), Grangues et Périers-en-Auge.

Il y a, enfin, la mémoire du monument en lui-même, c’est-à-dire les circonstances derrière son édification…

À l’initiative du comité local du Souvenir Français, le monument est inauguré au début du mois de décembre 1904 en présence de François-Xavier Niessen, fondateur de l’association.

Un peu plus de 33 ans après la fin de la guerre, cet événement intervient à un moment politique clé du début du XXe siècle ; alors que le besoin de revanche ne cesse de croître, on cherche à préparer la population à l’éventualité d’un prochain conflit en ravivant l’esprit patriotique et le sacrifice au service de la Nation. Les discours prononcés le jour du dévoilement du monument mêlent ainsi nationalisme, patriotisme et, « parfois, même haine contre les « barbares allemands  » ».

D’ailleurs, à la veille de la cérémonie d’inauguration, les journaux locaux annonçaient que ce monument prendrait les traits d’une femme, allégorie de la paix, tenant d’une main un rameau et de l’autre un drapeau français, des fusils et des canons abandonnés à ses pieds. Rien ne permet aujourd’hui d’assurer que ce changement répondait à des motivations politiques, d’autant que ce monument est réalisé par le sculpteur Aristide Croisy, qui avait déjà utilisé la figure du moblot, reprise par la fonderie Durenne et produite en série par la suite. Il pourrait donc tout aussi bien s’agir d’un simple gain de temps et d’argent.

L’inauguration a lieu le 18 décembre 1904, place du Marché aux chevaux.

Aujourd’hui pourtant, il faut se rendre au cimetière de la ville pour le découvrir car c’est là qu’il y a été déplacé en 1925.

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