
Ancien combattant OPEX après 10 mois passés au Tchad dans l’Armée de l’Air, Gérard Ruffier-Monet s’est investi dans le monde associatif lié au devoir de mémoire et au droit à réparation. Président départemental de l’Union fédérale de la Savoie depuis 2014, il intègre le conseil d’administration national au cours de la même année. Vice-président de la Fédération pendant 6 ans, puis vice-président délégué pendant 3 ans, il est élu Président national en mai 2025 lors du 100ème congrès de l’association qui s’est tenu au Cercle National des Armées.
1- Pouvez-vous nous retracer le parcours combattant de René Cassin et expliquer en quoi cette expérience a influencé son engagement ultérieur ?
Le parcours combattant de René Cassin a été rapidement écourté à cause de graves blessures reçues dans les premiers mois de la Grande Guerre 14/18.
René Cassin est né le 5 octobre 1887 à Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques. Son père était négociant en vins. Il fait de brillantes études au lycée Masséna à Nice avant de rejoindre la faculté de droit à Aix-en Provence. En 1906 il effectue son service militaire comme simple soldat puis reprend ses études. Licencié ès-Lettres, il remporte le premier prix au concours général des facultés de droit. Il est Docteur ès sciences juridiques, économiques et politiques au barreau de Paris lorsqu’il est mobilisé dès les premières heures du conflit en 1914. Il est alors affecté au 311ème régiment d’infanterie en qualité de 2ème classe et envoyé au front avec son unité. L’âpreté des combats et la vaillance de sa conduite lui valurent très vite les galons de Caporal mais son sens inné du commandement et de la manœuvre militaire furent brisés le soir du 12 octobre 1914 près de Saint-Mihiel sur la Meuse en Lorraine par une rafale de mitrailleuse alors qu’il est à la tête d’un corps-franc. Touché au bras, au flanc et au ventre il est ramené dans les lignes françaises grâce au courage de ses camarades, mais il semble condamné à une mort certaine. Il est soigné à Antibes où il reçoit la croix de guerre avec palme et la médaille militaire. Cependant, dix jours plus tard, alors qu’il agonise, un jeune médecin-lieutenant décide de l’opérer et le sauve in extremis.
Rendu physiquement inapte au combat, la guerre armée est finie pour lui et il se retrouve chargé de cours de droit aux Universités d’Aix et Marseille. Militant dans l’âme, René Cassin découvre bien vite qu’il convient de combler le vide juridique existant à l’encontre des centaines de milliers de mutilés engendrés par la guerre.
Conscient que cela ne pourra se réaliser que sous la pression, il adhère à Aix le 27 février 1917 à l’une des premières associations de Mutilés, réformés et victimes de guerre qui se créent sur l’ensemble du territoire national et il milite activement au regroupement des milliers de structures constituées. L’esquisse de l’Union Fédérale voit le jour le 11 novembre 1917, au Grand Palais à Paris, où se tient le 1er congrès de l’Union Fédérale.
Les idées sont lancées, les dirigeants sont trouvés et trois mois plus tard, à Lyon, se rassemble le 2ème congrès qui les concrétise. René Cassin occupe le poste de Secrétaire général de l’Union Fédérale en 1920, et en devient le Président en 1922. Jusqu’à son dernier souffle, il lui reste fidèle et lui fait bénéficier de ses connaissances et de son expérience.
2 – Quels ont été, selon vous, les apports majeurs de René Cassin durant sa présidence de l’Union Fédérale, et comment ceux-ci ont-ils marqué durablement l’évolution de l’organisation ?
Aux côtés d’autres grands militants de l’Union fédérale, il participe à l’élaboration de la doctrine du Droit à réparation, lequel sera officialisé le 3 mars 1919, par l’adoption de la loi « Lugol » instaurant un droit à la reconnaissance et à la réparation pour les mutilés de la Grande Guerre. Dès 1920, il comprend que les anciens combattants doivent user de leur expérience de la guerre pour sauvegarder et organiser la Paix. Dans ce but, il rencontre les représentants des mutilés allemands en 1921, puis en 1924, il devient membre de la délégation française à la Société des Nations, ancienne ONU actuelle.
3 – Alors que nous commémorons cette année les 50 ans de la disparition de René Cassin, quel regard portez-vous sur l’héritage qu’il laisse aujourd’hui, tant pour l’Union Fédérale que pour la société ?
Homme de Paix, mais pas à n’importe quel prix, il dénonce en janvier 1933 le coup d’État d’Adolf Hitler, l’agression de l’Éthiopie en 1935 par Mussolini ou encore la guerre d’Espagne déclenchée par Franco en 1936. En 1938, il combat les accords de Munich et démissionne de la Société des Nations, qu’il estime incompétente et laxiste.
Ce long mandat international ne lui fait pas oublier celles et ceux pour lesquels il a déjà tant donné. Son action, aux côtés de Jeanne Callarec, autre personnalité de l’Union Fédérale, lui fait obtenir en 1924 l’appellation de « Père des pupilles de la Nation ».
En 1926, il rédige le texte de la loi sur les emplois obligatoires, en 1930 il obtient la création de la retraite du combattant. Nous pourrions citer bien d’autres actions entreprises et menées à bien par René Cassin durant l’entre-deux-guerres mais il va encore se faire valoir après l’appel du Général de Gaulle qu’on lui a rapporté.
Le 19 juin 1940, il embarque à Saint Jean-de-Luz à bord d’un bateau et fait route vers l’Angleterre. Dix jours plus tard, après avoir débarqué à Plymouth, il se présente au Général et il lui dit : « Général, j’arrive de la région de Bordeaux directement pour répondre à votre appel du 18 juin que je ne connais que par ouï-dire. J’étais décidé à ne pas accepter une défaite qui signifie la ruine de la liberté dans le monde entier. Je suis juriste, professeur de droit, je suis aussi invalide d’infanterie de la guerre 14/18. Enfin j’ai présidé un million de mutilés et d’anciens combattants groupés dans l’Union Fédérale. Jugez-vous que mon concours puisse vous être utile ? »
« Vous tombez à pic » furent les premiers mots du Général.
Devenu le négociateur privilégié du Général de Gaulle, René Cassin est le principal artisan de l’accord du 7 octobre 1940, conclut avec sir Winston Churchill, qui officialisait l’existence et l’indépendance de la France Libre.
Il définira plus tard deux domaines prioritaires : le châtiment des criminels de guerre et la création d’institutions internationales aptes à construire un monde nouveau. C’est ainsi que naquit dans son esprit le projet de rédaction d’une déclaration universelle des Droits de l’Homme, calquée sur celle de 1789. Ce projet sera concrétisé en 1948 et il en rédigera le préambule.
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