Un projet de mémorial au Mont-Valérien : Les trois croix latines du « Parvis de la France »

12 octobre 2020

Mise en scène d’une continuité mémorielle et nationale de 1870 à 1945

Par Philomène BONHOMME

Le Mont-Valérien, lieu d’exécution de 1008 personnes par l’armée allemande entre 1941 et 1944, est l’un des principaux lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Ce site devient dès les premières années d’après-guerre le théâtre d’un affrontement mémoriel. Ce combat, qui oppose gaullistes et communistes, les deux partis politiques les plus puissants d’après-guerre, prend forme principalement par la volonté de chacun des deux partis d’ériger un monument mettant en scène sa propre mémoire. Les différents groupes d’anciens résistants cherchent à affirmer la supériorité de leur combat contre l’adversaire politique.

Plusieurs projets naissent alors au Mont-Valérien. Le premier est celui qui nous intéresse ici. Il remonte à l’Occupation. Il s’agit du Parvis de la France imaginé par Jean Rey en 1942, architecte, résistant catholique et gaulliste. Il souhaite rendre hommage aux victimes et aux héros militaires dès cette époque, soit un an après l’exécution d’Honoré d’Estienne d’Orves au Mont-Valérien, officier de marine français, ayant rejoint dès septembre 1940 Charles de Gaulle à Londres. Il est fusillé dans la clairière du fort le 29 août 1941.

Même si on ne trouve trace dans les archives de ce projet, celui-ci est mentionné dans la monographie du Mont-Valérien de Michel Guillot. Jean Rey, fervent catholique, souhaite, pour honorer les victimes de la Résistance française, réaliser un ensemble gigantesque de monuments patriotiques et religieux à la mémoire de tous les héros et victimes de la guerre. Cependant, le départ de Charles de Gaulle du gouvernement provisoire en janvier 1946, suivi de la mort de l’architecte la même année, met un terme à ce premier projet proposé pour le Mont-Valérien. Un ensemble de trois grandes croix latines en bois est toutefois posé, placé au sommet de la butte des cendres, à proximité du fort, à l’initiative de l’association « Parvis de la France », très catholique et patronnée par la veuve d’Estienne d’Orves et celle de Charles Péguy. Elles font référence aux trois croix placées au sommet de la colline du Mont-Valérien au XVIIe siècle sous le règne de Louis XIV, rappelant ainsi le calvaire du Christ sur le Golgotha entouré des deux malfaiteurs crucifiés avec lui. Mais ce chiffre trois fait également référence aux trois grandes guerres franco-allemandes – la guerre de 1870, la Grande Guerre et bien entendu la Seconde Guerre mondiale – unissant ainsi le sacrifice des martyrs morts pour la France durant ces combats. Créant par là une continuité mémorielle, ce triptyque met en scène une sorte de « guerre de 75 ans ». De part cette vision, qui rejoint peu ou prou celle d’une guerre de 30 ans (1914-1945) théorisée par Charles de Gaulle, la Guerre de 1870 ne prend véritablement fin qu’en 1945, avec la victoire de la France.

Figure n° 1 – photographies des trois croix latines.
Sources : Diocèse de Paris, [Parvis de la France], article de presse avec photographie, non titré, non daté.

Le 6 juin 1949, quatorze autres croix portant la date de l’une des années de guerre franco-allemande depuis 1870 sont ajoutées renforçant cette idée d’unité mémorielle et nationale. Cet ensemble finit par être détruit dans les années 1970, ne présentant pas suffisamment la vision militaire et unitaire voulue par le général, qui ne souhaite pas que seule la notion de sacrifice ou de martyr soit mise en avant dans le futur mémorial.

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Figure n° 1 – photographies des trois croix latines.
Sources : Diocèse de Paris, [Parvis de la France], article de presse avec photographie, non titré, non daté.

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