Trois questions à Pierre Waendendries

26 mars 2020

Diplômé de l’Ecole Boulle en spécialité ébénisterie et de l’Institut de Contrôle de Gestion, Pierre Waendendries a fait sa carrière industrielle dans la filière bois à partir de 1973. Il a eu plusieurs postes de direction d’usines de meuble (haut, milieu et entrée de gamme) et était directeur de projets industriels de relocalisation des Papeteries de La Couronne.

Retraité depuis 2011, tout en conservant une activité de consultant, il s’engage activement dans la vie associative. Il est président de l’association nationale Mémoire et Avenir et de la section Charente de l’Association Nationale des Membres de l’Ordre national du Mérite.

1) Il y a 75 ans, les prisonniers de guerre rentraient dans leur foyer. Que nous dit aujourd’hui cet événement oublié ?

Les Français dans leur presque totalité ignorent ce qu’a été la captivité (ce que signifient les termes oflag et stalag, les conditions de la captivité de chaque catégorie de prisonniers, l’impact physique et moral de la captivité, etc). Les Français nés avant-guerre ou peu après et qui auraient pu connaître la captivité à travers les récits de leur père n’en ont, dans leur grande majorité, pas bénéficié. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que le retour des prisonniers soit devenu un événement définitivement oublié.

Cet événement majeur met en valeur la nécessité de recherches historiques et de partage avec le plus grand nombre, notamment auprès des jeunes. Expliquer comment, il y a moins de 80 ans, des hommes ont pu vivre enfermés et coupés de leur famille. Mais il est bon de reconnaître que leur force de caractère leur a permis de surmonter cette épreuve et de se reconstruire une vie normale à leur retour.

Il me semble utile de rappeler quelques dates importantes pour mieux comprendre leur statut deprisonnier de guerre(PG), depuis le jour de leur appel sous les drapeaux jusqu’à leur démobilisation, formalité incontournable pour leur retour à la vie civile.

Le 2 septembre 1939: la France commence la mobilisation de près de 5 millions d’hommes, âgés de 18 à 48 ans, soit le quart de sa population masculine et dont 40% d’entre eux ont déjà combattu lors de la Première Guerre mondiale. La moitié d’entre eux est directement affectée dans des unités combattantes. Environ 700.000 servent de main-d’œuvre à l’industrie, 300.000 restent à l’instruction, 250.000 restent chez eux pour les besoins de l’agriculture, 650.000 sont affectés aux services et 150.000 à des postes divers (Sylvère Vesnier, L’armée et les soldats de France entre septembre 1939 et juin 1940)

De septembre 1939 à mai 1940 la France et l’Allemagne s’observent de part et d’autre de la frontière sans se livrer de véritable bataille d’envergure… c’est « la drôle de guerre » !

C’est un enlisement, mais l’Allemagne poursuit sa réorganisation et la montée en puissance de son industrie au profit de son armée. On dénombrera malgré tout 3 310 combattants français des trois armes (terre, air, mer), tués pendant « la drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940. 

Le 15 mai 1940 : l’Allemagne fait une percée déterminante dans le front français par les Ardennes avec ses blindés sous le commandement du Général Heinz Guderian. C’est « la guerre-éclair » 

En mai et juin 1940, les combats de la Seconde Guerre mondiale font près de 100 000 morts et 225 000 blessés en France. Environ 1 800 000 prisonniers de guerre français sont envoyés dans les oflags, les stalags et les kommandos, répartis sur l’ensemble du territoire du IIIèmeReich, en Allemagne, Pologne, Autriche et Tchécoslovaquie.

La captivité a frappé toutes les couches sociales de la population française, dans toutes les classes d’âge comprises entre 18 et 48 ans. Près de 80% des PG sont des appelés du contingent et la majorité des sous-officiers et des soldats sont issus du milieu rural. Les prisonniers viennent de toutes les régions de la métropole, des territoires d’outre-mer ainsi que des anciennes colonies françaises. Ils sont, pour près de la moitié d’entre eux, déjà mariés et souvent pères de famille.

Plus qu’un simple épisode de la Seconde Guerre mondiale, la captivité est un phénomène social sans précédent, car aucun conflit dans le monde ne verra un tel nombre de prisonniers.

Privés de liberté, exilés en terre étrangère et séparés de leur famille, les PG forment un monde diversifié et à part. Moins de 4% d’entre eux réussiront à s’évader et 40 000 mourront au cours de leur captivité (maladie, accident, bombardement, exécution, suicide …).

Les sous-officiers et les soldats sont astreints au travail obligatoire dans les stalags (Mannschafts-Stammlager) et les kommandos pour le compte de l’ennemi.  Les stalags fourniront également les ordonnances chargées des travaux d’intérêt général dans les oflags.

Les officiers, quant à eux, dont le statut est également régi par la Convention de Genève de 1929, ne sont astreints à aucun travail obligatoire, mais restent enfermés derrière les barbelés dans les oflags (Offizierslager). Certains officiers de réserve seront libérés assez rapidement en raison de leur statut d’ancien combattant de la Première Guerre mondiale, de leur âge, de leur état de santé, de leur charge de famille ou de leur profession. Les officiers d’active ne bénéficieront d’une libération anticipée que si leur état de santé le justifie. Confinés pendant près de 5 années dans un espace étroit, privés de toute intimité, ils doivent puiser en eux-mêmes les ressources suffisantes pour surmonter avec dignité l’épreuve de la privation de liberté, la faim, le froid et l’éloignement de leur famille, sans aucune perspective d’avenir sur la durée de leur détention. Ils sont entassés dans des baraques en bois construites à la hâte, d’anciennes casernes inoccupées ou des forteresses réquisitionnées dans l’urgence. Parmi les 36 000 officiers envoyés dans les oflags, 20 000 restent plusieurs années en captivité jusqu’à la libération des camps par les troupes alliées en 1945. Pour s’occuper, ne pas perdre le moral, ne pas régresser mentalement et physiquement, ils mettent sur pied de véritables « universités de camps » où sont donnés des cours dans toutes les matières et certains diplômes seront validés après la guerre. Ils organisent également des épreuves sportives, des spectacles, des concerts, des pièces de théâtre, où chacun participe en fonction de ses talents et de ses compétences. La volonté de s’évader est omniprésente dans tous les camps, mais beaucoup de tentatives d’évasions individuelles et collectives échouent.

Le 6 juin 1944: débarquement allié en Normandie.

Le 25 août 1944 : libération de Paris par la 2èmeDBcommandée par le Général Philippe Leclerc de Hauteclocque, appuyée par la 4èmeDivision d’Infanterie américaine. 

Cependant la liesse de la population française, à l’occasion de la libération de Paris, ne doit pas faire oublier que des millions de Français, déportés, prisonniers de guerre et travailleurs forcés du STO sont encore en captivité jusqu’en avril-mai 1945 et que nombre d’entre eux vont encore décéder dans des conditions atroces. Certains survivants ne rentrent chez eux qu’en juin ou juillet 1945.

Les 7 et 8 mai 1945 : capitulation allemande à Reims, puis le lendemain à Berlin (en présence du Général russe Joukov pour l’URSS qui était absente le 7 mai à Reims pour la première capitulation ce qui avait mécontenté Joseph Staline). 

La majorité des camps (d’extermination, de concentration, les oflags et les stalags…) sont libérés progressivement à partir de mars 1945, par les troupes alliées et soviétiques.

Les rapatriements des déportés et des prisonniers de guerre seront longs et fastidieux, nécessitant une logistique considérable. Ils s’échelonneront principalement de mars à juillet 1945, au rythme des armistices et de la libération des camps par les troupes alliées.

Les prisonniers de guerre devaient être officiellement démobilisés dans des centres dédiés comme Orsay avant de pouvoir retourner à la vie civile. De retour chez eux, leur réinsertion est difficile et ils découvrent parfois des drames familiaux qui leur avaient été cachés pendant la captivité.

Ces hommes affaiblis ont souffert physiquement et moralement ; ils ont changé, et la France libérée depuis près d’un an (1944) a également changé. 

Il leur reste à réapprendre à vivre normalement, à se reconstruire et à se réinsérer dans la société en trouvant un emploi. Rapatriés en France en même temps que les déportés et les travailleurs du STO (le Service du Travail Obligatoire), ils ont l’impression d’être « les oubliés de l’histoire » …

Cette page d’histoire, trop longtemps oubliée, est en réalité la nôtre, car l’ensemble des familles françaises est directement concerné par les PG.

C’est cette page d’histoire que l’association Mémoire et Aveniressaye de faire revivre et partager avec les descendants des prisonniers de guerre. Personne, à l’époque, ne s’est appesanti sur cette période car la priorité était la reconstruction de la France et que l’on découvrait la triste réalité des camps de concentration et d’extermination.


2) L’association a été créée afin de rappeler ce que fut la vie des prisonniers de guerre. Dans quel but ? Quelles sont vos actions ?

L’association Mémoire et Avenir, association nationale des officiers prisonniers de guerre 1939-1945, est régie par la loi du 1er juillet 1901. Elle est issue de l’amicale des anciens prisonniers de l’Oflag VIA de Sœst en Allemagne et leurs familles, créée en 1945, et qui a élargi à partir de 2005 son cercle d’intérêt à tous les autres oflags.

Sa devise est Mémoire– Honneur– Solidarité

Son siège social est hébergé par l’association nationale Le Souvenir Français au 20 rue Eugène Flachat à Paris.

Mémoire et Avenir a pour but :

  • d’honorer la mémoire des anciens Prisonniers de Guerre dans les oflags ;
  • et de maintenir l’esprit de solidarité, d’entraide et d’amitié entre les anciens officiers prisonniers de guerre de tous les oflags ainsi que leurs familles. 

Mais commémorer la mémoire de nos anciens n’est pas une fin en soi, et c’est là que le nom de notre association prend toute sa force : MÉMOIRE ET AVENIR !

Notre priorité est certes de faire connaître au plus grand nombre les dures conditions de leur captivité. Ce travail de mémoire doit aussi nous permettre de tirer les leçons des conflits passés et d’analyser les périodes qui les ont précédés pour que nos enfants et nos petits-enfants ne connaissent pas pareilles horreurs.

Nous nous devons de les protéger et les préparer aux défis de demain.

Notre rôle, en cette période particulièrement troublée, est de les informer et leur inculquer les valeurs de notre démocratie en prenant comme exemple la volonté de nos anciens et leurs alliés de préserver cette paix fragile qui dure depuis 75 ans.

Nous poursuivons notre évolution, en développant cette association du souvenir, créée en 1945, en une association de la mémoire car tous nos anciens nous ont hélas quittés.

Pour réussir cette mission, nous nous sommes donnés le maximum de moyens matériels et intellectuels, tels l’Exposition Oflag, le Bulletin Oflaget en enrichissant le Musée Virtuelqui comporte environ 10 000 documents qui sont consultables par le grand public www.memoireetavenir.fr– asso.macs@gmail.com.

Le succès de nos actions mémorielles nous encourage à poursuivre ensemble nos efforts dans un esprit accru de tolérance et de consensus. 

Nous allons apporter notre contribution à la mémoire collective en 2020, en commémorant le 75èmeanniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la libération des camps partout en Europe.

La situation sanitaire mondiale, liée à la pandémie du Codiv-19, vient de nous amener hélas à annuler à la dernière minute le voyage mémoriel que nous avions prévu d’organiser le 16 avril à l’Ambassade de France à Vienne en Autriche, le 17 avril sur les vestiges de l’Oflag XVIIA à Edelbach et le 18 avril 2020 à Nové Hrady (ex Gratzen) en République tchèque sur les traces des PG lors de leur retour en France. Ce voyage sera différé d’un an.

Du 12 mai au 25 septembre 2020, si la situation sanitaire le permet, l’exposition Oflag sera présentée aux Archives Départementale de la Côte-d’Or à Dijon. 

En 2021, nous nous associerons avec notre partenaire allemand, l’association GFK, « Geschichtswerkstatt Französische Kapelle »eV, pour l’inauguration du nouveau musée et de la restauration de la « Chapelle française de Sœst » dans le Block 3 de l’ancien Oflag VIA en Westphalie. 


3) Comment Le Souvenir Français peut-il mieux vous épauler afin de donner toute sa place à la mémoire des combattants de 1940 et des prisonniers de guerre ? 

L’association Mémoire et Avenirest affiliée au Souvenir Français, ce qui lui apporte un soutien et une force supplémentaire. Je pense que le Souvenir Français pourrait nous aider encore plus dans notre travail de mémoire en publiant nos bulletins de liaison auprès de ses adhérents et en les informant, de façon ciblée de l’organisation de nos cérémonies, de nos expositions et de nos voyages mémoriels.

Il serait bien que cette information puisse cibler les adhérents d’un département ou d’une région en particulier.

La page d’accueil de La lettre du Souvenir Françaispourrait contenir des liens avec des mots clefs permettant d’aller directement sur notre site internet. Par exemple le mot clef OFLAG pourrait immédiatement aiguiller le lecteur sur notre site internet ou notre musée virtuel.

OFLAG XVIIA pourrait guider vers notre site et notre bulletin n °1 traitant de ce camp de prisonniers de guerre en particulier. Il pourrait en être de même pour les guider vers l’affiche annonçant l’exposition qui se tiendra à Dijon du 25 mai au 12 septembre 2020.   

Lors de certaines cérémonies mémorielles, il nous est parfois demandé de poser une stèle ou une plaque. Il serait bien que les petites associations affiliées puissent bénéficier d’une participation financière pour leur fabrication.

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26 mars 2020

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Retraité depuis 2011, tout en conservant une activité de consultant, il s’engage activement dans la vie associative. Il est président de l’association nationale Mémoire et Avenir et de la section Charente de l’Association Nationale des Membres de l’Ordre national du Mérite.

1) Il y a 75 ans, les prisonniers de guerre rentraient dans leur foyer. Que nous dit aujourd’hui cet événement oublié ?

Les Français dans leur presque totalité ignorent ce qu’a été la captivité (ce que signifient les termes oflag et stalag, les conditions de la captivité de chaque catégorie de prisonniers, l’impact physique et moral de la captivité, etc). Les Français nés avant-guerre ou peu après et qui auraient pu connaître la captivité à travers les récits de leur père n’en ont, dans leur grande majorité, pas bénéficié. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que le retour des prisonniers soit devenu un événement définitivement oublié.

Cet événement majeur met en valeur la nécessité de recherches historiques et de partage avec le plus grand nombre, notamment auprès des jeunes. Expliquer comment, il y a moins de 80 ans, des hommes ont pu vivre enfermés et coupés de leur famille. Mais il est bon de reconnaître que leur force de caractère leur a permis de surmonter cette épreuve et de se reconstruire une vie normale à leur retour.

Il me semble utile de rappeler quelques dates importantes pour mieux comprendre leur statut deprisonnier de guerre(PG), depuis le jour de leur appel sous les drapeaux jusqu’à leur démobilisation, formalité incontournable pour leur retour à la vie civile.

Le 2 septembre 1939: la France commence la mobilisation de près de 5 millions d’hommes, âgés de 18 à 48 ans, soit le quart de sa population masculine et dont 40% d’entre eux ont déjà combattu lors de la Première Guerre mondiale. La moitié d’entre eux est directement affectée dans des unités combattantes. Environ 700.000 servent de main-d’œuvre à l’industrie, 300.000 restent à l’instruction, 250.000 restent chez eux pour les besoins de l’agriculture, 650.000 sont affectés aux services et 150.000 à des postes divers (Sylvère Vesnier, L’armée et les soldats de France entre septembre 1939 et juin 1940)

De septembre 1939 à mai 1940 la France et l’Allemagne s’observent de part et d’autre de la frontière sans se livrer de véritable bataille d’envergure… c’est « la drôle de guerre » !

C’est un enlisement, mais l’Allemagne poursuit sa réorganisation et la montée en puissance de son industrie au profit de son armée. On dénombrera malgré tout 3 310 combattants français des trois armes (terre, air, mer), tués pendant « la drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940. 

Le 15 mai 1940 : l’Allemagne fait une percée déterminante dans le front français par les Ardennes avec ses blindés sous le commandement du Général Heinz Guderian. C’est « la guerre-éclair » 

En mai et juin 1940, les combats de la Seconde Guerre mondiale font près de 100 000 morts et 225 000 blessés en France. Environ 1 800 000 prisonniers de guerre français sont envoyés dans les oflags, les stalags et les kommandos, répartis sur l’ensemble du territoire du IIIèmeReich, en Allemagne, Pologne, Autriche et Tchécoslovaquie.

La captivité a frappé toutes les couches sociales de la population française, dans toutes les classes d’âge comprises entre 18 et 48 ans. Près de 80% des PG sont des appelés du contingent et la majorité des sous-officiers et des soldats sont issus du milieu rural. Les prisonniers viennent de toutes les régions de la métropole, des territoires d’outre-mer ainsi que des anciennes colonies françaises. Ils sont, pour près de la moitié d’entre eux, déjà mariés et souvent pères de famille.

Plus qu’un simple épisode de la Seconde Guerre mondiale, la captivité est un phénomène social sans précédent, car aucun conflit dans le monde ne verra un tel nombre de prisonniers.

Privés de liberté, exilés en terre étrangère et séparés de leur famille, les PG forment un monde diversifié et à part. Moins de 4% d’entre eux réussiront à s’évader et 40 000 mourront au cours de leur captivité (maladie, accident, bombardement, exécution, suicide …).

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Les officiers, quant à eux, dont le statut est également régi par la Convention de Genève de 1929, ne sont astreints à aucun travail obligatoire, mais restent enfermés derrière les barbelés dans les oflags (Offizierslager). Certains officiers de réserve seront libérés assez rapidement en raison de leur statut d’ancien combattant de la Première Guerre mondiale, de leur âge, de leur état de santé, de leur charge de famille ou de leur profession. Les officiers d’active ne bénéficieront d’une libération anticipée que si leur état de santé le justifie. Confinés pendant près de 5 années dans un espace étroit, privés de toute intimité, ils doivent puiser en eux-mêmes les ressources suffisantes pour surmonter avec dignité l’épreuve de la privation de liberté, la faim, le froid et l’éloignement de leur famille, sans aucune perspective d’avenir sur la durée de leur détention. Ils sont entassés dans des baraques en bois construites à la hâte, d’anciennes casernes inoccupées ou des forteresses réquisitionnées dans l’urgence. Parmi les 36 000 officiers envoyés dans les oflags, 20 000 restent plusieurs années en captivité jusqu’à la libération des camps par les troupes alliées en 1945. Pour s’occuper, ne pas perdre le moral, ne pas régresser mentalement et physiquement, ils mettent sur pied de véritables « universités de camps » où sont donnés des cours dans toutes les matières et certains diplômes seront validés après la guerre. Ils organisent également des épreuves sportives, des spectacles, des concerts, des pièces de théâtre, où chacun participe en fonction de ses talents et de ses compétences. La volonté de s’évader est omniprésente dans tous les camps, mais beaucoup de tentatives d’évasions individuelles et collectives échouent.

Le 6 juin 1944: débarquement allié en Normandie.

Le 25 août 1944 : libération de Paris par la 2èmeDBcommandée par le Général Philippe Leclerc de Hauteclocque, appuyée par la 4èmeDivision d’Infanterie américaine. 

Cependant la liesse de la population française, à l’occasion de la libération de Paris, ne doit pas faire oublier que des millions de Français, déportés, prisonniers de guerre et travailleurs forcés du STO sont encore en captivité jusqu’en avril-mai 1945 et que nombre d’entre eux vont encore décéder dans des conditions atroces. Certains survivants ne rentrent chez eux qu’en juin ou juillet 1945.

Les 7 et 8 mai 1945 : capitulation allemande à Reims, puis le lendemain à Berlin (en présence du Général russe Joukov pour l’URSS qui était absente le 7 mai à Reims pour la première capitulation ce qui avait mécontenté Joseph Staline). 

La majorité des camps (d’extermination, de concentration, les oflags et les stalags…) sont libérés progressivement à partir de mars 1945, par les troupes alliées et soviétiques.

Les rapatriements des déportés et des prisonniers de guerre seront longs et fastidieux, nécessitant une logistique considérable. Ils s’échelonneront principalement de mars à juillet 1945, au rythme des armistices et de la libération des camps par les troupes alliées.

Les prisonniers de guerre devaient être officiellement démobilisés dans des centres dédiés comme Orsay avant de pouvoir retourner à la vie civile. De retour chez eux, leur réinsertion est difficile et ils découvrent parfois des drames familiaux qui leur avaient été cachés pendant la captivité.

Ces hommes affaiblis ont souffert physiquement et moralement ; ils ont changé, et la France libérée depuis près d’un an (1944) a également changé. 

Il leur reste à réapprendre à vivre normalement, à se reconstruire et à se réinsérer dans la société en trouvant un emploi. Rapatriés en France en même temps que les déportés et les travailleurs du STO (le Service du Travail Obligatoire), ils ont l’impression d’être « les oubliés de l’histoire » …

Cette page d’histoire, trop longtemps oubliée, est en réalité la nôtre, car l’ensemble des familles françaises est directement concerné par les PG.

C’est cette page d’histoire que l’association Mémoire et Aveniressaye de faire revivre et partager avec les descendants des prisonniers de guerre. Personne, à l’époque, ne s’est appesanti sur cette période car la priorité était la reconstruction de la France et que l’on découvrait la triste réalité des camps de concentration et d’extermination.


2) L’association a été créée afin de rappeler ce que fut la vie des prisonniers de guerre. Dans quel but ? Quelles sont vos actions ?

L’association Mémoire et Avenir, association nationale des officiers prisonniers de guerre 1939-1945, est régie par la loi du 1er juillet 1901. Elle est issue de l’amicale des anciens prisonniers de l’Oflag VIA de Sœst en Allemagne et leurs familles, créée en 1945, et qui a élargi à partir de 2005 son cercle d’intérêt à tous les autres oflags.

Sa devise est Mémoire– Honneur– Solidarité

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Mémoire et Avenir a pour but :

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  • et de maintenir l’esprit de solidarité, d’entraide et d’amitié entre les anciens officiers prisonniers de guerre de tous les oflags ainsi que leurs familles. 

Mais commémorer la mémoire de nos anciens n’est pas une fin en soi, et c’est là que le nom de notre association prend toute sa force : MÉMOIRE ET AVENIR !

Notre priorité est certes de faire connaître au plus grand nombre les dures conditions de leur captivité. Ce travail de mémoire doit aussi nous permettre de tirer les leçons des conflits passés et d’analyser les périodes qui les ont précédés pour que nos enfants et nos petits-enfants ne connaissent pas pareilles horreurs.

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En 2021, nous nous associerons avec notre partenaire allemand, l’association GFK, « Geschichtswerkstatt Französische Kapelle »eV, pour l’inauguration du nouveau musée et de la restauration de la « Chapelle française de Sœst » dans le Block 3 de l’ancien Oflag VIA en Westphalie. 


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