Trois questions à Joël ROMAN

30 décembre 2019

       Président national de la Ligue de l’enseignement, Joël Roman est professeur de philosophie au lycée Pissarro de Pontoise et chargé de cours au CELSA, au CNAM et à l’Institut d’études politiques de Paris. Fortement engagé dans la vie associative et la réflexion sur la démocratie, il a animé le réseau « social plus » avec la CFDT, participé à de nombreux réseaux de citoyenneté, en particulier avec les associations et mouvements d’éducation populaire, et coprésidé avec Jean-Pierre Mignard (qui fut membre du conseil d’administration du Souvenir Français) du mouvement « Sauvons l’Europe ».

Parmi ses nombreuses publications, citons l’édition commentée du livre d’Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Presses Pocket, 1992 ; Quelle démocratie ? quelle citoyenneté ?, (avec Philippe Herzog, Blandine Kriegel, Dominique Voynet), Editions de l’Atelier, 1995 ;  et La démocratie des individus, Calmann-Lévy, 1998.

1. La Ligue de l’enseignement est la principale association d’éducation populaire dans notre pays. Pouvez-vous nous présenter votre association ?

La Ligue de l’enseignement est une confédération d’associations françaises d’éducation populaire et laïque. Notre mouvement, fondé en 1866 par Jean Macé, est présent dans toute la France grâce à ses 103 fédérations départementales et à ses unions régionales. La Ligue de l’enseignement regroupe 30 000 associations dans 24 000 communes, et compte 1,6 million d’adhérents et 500 000 bénévoles. Selon nos statuts, son objectif premier, au service de l’idéal laïque, démocratique et républicain, est de contribuer à l’éducation sous toutes ses formes. Cette ambition s’incarne très concrètement dans les territoires où nos fédérations œuvrent pour :

Le développement de l’éducation : association complémentaire de l’école publique, la Ligue accompagne les enseignants et tous les autres acteurs éducatifs (animateurs, familles…) pour que ce droit à l’éducation profite à tous, tout au long de la vie.

La démocratisation de la culture : grâce à son large réseau de diffusion, nous encourageons la fréquentation des œuvres et toutes les pratiques artistiques.

L’accès au sport pour tous : avec ses deux fédérations sportives (USEP et UFOLEP), la Ligue propose des activités sportives adaptées à chaque âge de la vie et qui répondent aux besoins tels que l’éducation, l’insertion sociale, le handicap et la santé.

L’accès aux vacances : premier organisateur de colonies de vacances, nous plaidons pour la démocratisation de cette expérience hors du cadre familial, propice à l’épanouissement personnel et à l’apprentissage du « vivre ensemble ».

La Ligue de l’enseignement se distingue également par son engagement et ses prises de position dans le débat public sur la laïcité, les questions démocratiques, la solidarité, la défense de l’environnement.

2. La Ligue de l’enseignement est un acteur des politiques mémorielles. Pouvez-vous nous donner vos lignes directrices et quelques exemples d’action ?

Depuis les années 1990, face à des prises de position douteuses ou aux effets contemporains de certaines situations historiques, le pouvoir politique a été amené à se saisir du passé. Ce mouvement a initié une série de lois mémorielles (Loi Gayssot, de juillet 1990, réprimant tout acte raciste, antisémite ou xénophobe et  condamnant le négationnisme; loi Taubira, de mai 2001, reconnaissant la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité) et de questionnements dont on ne saurait nier aujourd’hui la dimension éducative et sociale. Idéalement situé au croisement de l’individuel et du collectif, du politique et de l’historique, de l’émotionnel et de l’éthique, du local et du global également, le motif de la mémoire résonne avec la notion de citoyenneté. Aborder la question mémorielle, c’est aussi s’intéresser à la citoyenneté.

La mémoire collective peut se concevoir comme partie intégrante de l’identité de la personne. Elle demande une certaine connaissance du passé et suppose une éducation commune. Elle implique une prise de position empreinte de valeurs positives, favorisant le ciment social et la solidarité. Aussi œuvre-t-elle au développement de l’esprit humain, une mission au cœur et à l’origine du mouvement de la Ligue de l’enseignement. C’est donc tout naturellement que nous avons investi ce champ d’action. Nos initiatives sont nombreuses comme par exemple :

Le travail accompli durant de longues années à l’initiative de notre camarade Bernard Neplaz, par la Fédération de Haute-Savoie, sur la mémoire de la Résistance.

Le pilotage du concours national « La Flamme de l’égalité » qui est l’équivalent du C.N.R.D sur le thème de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage.

L’organisation de randonnées mémorielles proposées par de nombreuses fédérations départementales (Allier, Isère, Loire, etc.) pour associer découverte de lieux de mémoire et pratique sportive

La production d’outils pédagogiques sur des sujets variés (la Grande Guerre, les Compagnons de la Libération, l’histoire de la Marseillaise…)

3. La Ligue de l’Enseignement et Le Souvenir Français sont nés de la passion républicaine, la Ligue en 1866 et Le Souvenir Français en 1887. Comment concevez-vous le partenariat entre nos deux associations ?

Il faut déjà rappeler que ce partenariat existe dans plusieurs départements, comme par exemple à Paris ou en Saône-et-Loire. Un travail conjoint autour d’actions ciblant principalement la jeunesse a permis la réalisation, ces dernières années, de très beaux projets dont nos deux institutions peuvent être fières. Selon moi, ces partenariats devraient évidemment être encouragés autour de quelques principes simples :

Se rencontrer : il faut travailler au rapprochement des comités locaux du Souvenir Français avec nos fédérations départementales. Des rencontres dans les territoires doivent permettre une présentation des structures, des projets en cours, de nos besoins respectifs. Cette connaissance mutuelle est la base mais elle n’est pas si simple à mettre en œuvre car souvent le temps manque pour l’organiser. Je crois que nous devons être volontaristes sur ce sujet.

Travailler aux objectifs de l’autre : c’est la définition même du partenariat. Nos futurs projets communs devront pouvoir soutenir le travail mené par le Souvenir Français dans les nécropoles tout en intégrant une dimension éducative forte. Les animations scolaires proposées grâce à l’application MemoiredHomme en sont un bon exemple. D’autres actions doivent être imaginées dans le même esprit.

Faire vivre ce partenariat au plan national : notre coopération doit aussi s’incarner à ce niveau. Une convention de partenariat est en cours d’élaboration ce qui est une bonne chose. Je crois aussi à l’intérêt de parvenir à concevoir ensemble un dispositif de grande envergure qui pourrait se décliner dans les départements. C’est une proposition de chantier sur le moyen terme que j’ouvre là.

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L’accès aux vacances : premier organisateur de colonies de vacances, nous plaidons pour la démocratisation de cette expérience hors du cadre familial, propice à l’épanouissement personnel et à l’apprentissage du « vivre ensemble ».

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2. La Ligue de l’enseignement est un acteur des politiques mémorielles. Pouvez-vous nous donner vos lignes directrices et quelques exemples d’action ?

Depuis les années 1990, face à des prises de position douteuses ou aux effets contemporains de certaines situations historiques, le pouvoir politique a été amené à se saisir du passé. Ce mouvement a initié une série de lois mémorielles (Loi Gayssot, de juillet 1990, réprimant tout acte raciste, antisémite ou xénophobe et  condamnant le négationnisme; loi Taubira, de mai 2001, reconnaissant la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’humanité) et de questionnements dont on ne saurait nier aujourd’hui la dimension éducative et sociale. Idéalement situé au croisement de l’individuel et du collectif, du politique et de l’historique, de l’émotionnel et de l’éthique, du local et du global également, le motif de la mémoire résonne avec la notion de citoyenneté. Aborder la question mémorielle, c’est aussi s’intéresser à la citoyenneté.

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