Trois questions à Jean-Pierre Mennessier, chargé de la veille mémorielle sur les sites de vente en ligne

12 janvier 2021

Jean-Pierre Mennessier est Président du Comité du Souvenir Français de Friville-Escarbotin Belloy (Somme) depuis 2014. Son engagement au sein de notre association s’inscrit à la fois dans une tradition familiale (ses aïeux ont participé à différents conflits, au 19ème et 20ème siècle, et dans sa jeunesse (sa rencontre avec le général de Gaulle). Engagé dans l’armée à 17 ans, il a passé 11 ans dont 7 dans la cavalerie et l’armée du train. Il termina au grade de sous-officier. Il a été responsable de la commission des cimetières dans son ancienne commune.

1. Pour le Souvenir Français, vous exercez la veille mémorielle sur les sites de vente en ligne. Comment effectuez-vous cette activité ?

Tout a commencé le 28 févier 2019, quand j’ai su que madame Stéphanie Trouillard, journaliste, avait découvert la plaque mémorielle du sergent Maxime Fleur en vente sur Ebay. Elle avait alerté les autorités compétentes et suite à cela je suis entré dans le jeu en recherchant le vendeur.

Cette année, avec le confinement, je n’ai pas pu me rendre dans les cimetières, j’ai passé beaucoup de temps sur internet. De nombreux sites vendeurs proposent des objets mémoriels, drapeaux, plaques funéraires de soldat mort pour la France.

En règle générale, je contacte le vendeur par mail via son compte sur le site, je me présente comme un acheteur lambda. Généralement celui-ci me rappelle et là je me présente en tant que Souvenir Français, je lui demande s’il connaît l’origine de l’objet et l’informe que sa démarche de vente est attentatoire à la mémoire et à nos valeurs. Je lui demande de retirer son objet de la vente et de le remettre à la commune concernée ou au Souvenir Français.

Parallèlement, j’effectue avec l’ONAC, Genweb et Mémoire des Hommes une recherche sur le soldat. J’appelle la Mairie de la commune d’inhumation, le DG du département, le Président du comité, quelques fois la gendarmerie et bien entendu le Président Général du Souvenir Français.

Si en règle générale cela se passe bien, je rencontre malgré tout des difficultés de compréhension avec certains vendeurs, qui mettent en cause ma crédibilité et défendent leur droit au libre commerce.

Ces actions m’ont cependant permis de rencontrer des personnes très impliquées et avec lesquelles j’ai sympathisé.

2. Cette veille vous a permis de sauver plusieurs objets mémoriels exceptionnels.  Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

J’ai sauvé et acheté 6 drapeaux. Pour chacun j’ai avancé les fonds qui m’ont été remboursés par le Souvenir Français.

En 2019, j’ai remis le drapeau de la 93ème section de la Médaille Militaire à notre Président Général au siège.

Cette année :

  • le drapeau du comité d’entente des Anciens Combattants de Chelles (77)
  • le drapeau de l’Amicale des Anciens Combattants de Rivery (80)
  • le drapeau de la Légion d’Honneur de la Nouvelle Calédonie Océanie, qui a rejoint son île
  • le drapeau de l’Association des Anciens Combattants Prisonniers de Guerre de la Première Guerre Mondiale de la Somme.  Ce drapeau est déposé depuis le 12 novembre au collège Louis Jouvet de Gamaches (80)
  • le drapeau exceptionnel du Coeur Sacré de Jésus qui a été remis lors de la réception de travaux à la Chapelle de Rancourt le 13 septembre. Ce drapeau sera présenté dans la future exposition permanente organisée dans la chapelle.
  • ainsi que plaques émaillées représentant les soldats défunts et une plaque mortuaire en marbre au nom de Hervé Le Corre, soldat au 318ème régiment d’infanterie, mort au champ d’honneur à Foucancourt (80) le 1 juillet 1916 à l’âge de 32 ans. Est gravé sur le bas de la plaque le cœur sacré de Jésus. Il est né à Ergué -Gaberic (29). Quand j’ai trouvé cette plaque j’ai dérangé le Maire de la commune en pleine réunion de son conseil municipal.

3. Quelles conclusions tirez-vous de votre action ? Que doit-on faire pour sensibiliser les Français à ces ventes qui mettent en cause notre mémoire nationale ?

J’ai découvert un commerce scandaleux pour la Mémoire de nos soldats défunts qui ont donné leur vie pour que soyons libre.

Des drapeaux, plaques, marbres et objets nominatifs de nos soldats Morts pour la France sont commercialisés sur Internet (Ebay, Bon Coin, …), ils sont mis en vente par des professionnels (antiquaires, brocanteurs, ressourceries), ou par des particuliers sur la voie publique (vide-grenier, brocantes, bourses d’échange, réderies …), voire rétrocédés de particuliers à particuliers.

Notre société tend à perdre ses valeurs morales et républicaines, voire pour les jeunes générations, ne pas les avoir ACQUISES faute d’un manque de transmission Historique et Familial.

Les vendeurs ou revendeurs, de bonne FOI ou NON, qui vendent ces objets mémoriels en justifient l’acquisition soit par :

– Leur découverte lors d’un décès et d’un héritage (Rupture de transmission générationnelle)

– L’achat d’une propriété immobilière extérieure à la famille,

– Achats directs ou indirects (Internet, commerçants, autres professionnels… – Rétrocessions de particuliers à particuliers (Bouche à Oreille…), – C’est souvent le cas pour les vols sur tombes et monuments mémoriels

– Recels,

Outre l’aspect inadmissible de ces actions commerciales, force est de constater que :

– aucune interdiction n’est en vigueur à ce jour au regard de la réglementation du code du commerce et échange de biens

– seuls les cas particuliers ayant fait l’objet d’une déclaration de vol ou dans le cadre d’un recel peuvent être retenus,

Compte tenu des difficultés de nos législateurs à encadrer, taxer et interdire la vente de ce type d’objets sur la Toile, une réglementation basée sur l’atteinte à la moralité et l’utilisation d’objet nominatif non consentie par la Famille, pourrait être étudiée par nos élus afin de protéger la mémoire de nos aïeux Morts pour la France. Il serait nécessaire d’établir et de définir une politique de la sauvegarde des objets créés en hommage à nos soldats Morts pour la France. Ces textes pourraient faire l’objet de propositions de loi. Le Souvenir Français prépare cette proposition en relation avec les députés et les sénateurs membres de l’Amicale parlementaire du Souvenir Français.

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1. Pour le Souvenir Français, vous exercez la veille mémorielle sur les sites de vente en ligne. Comment effectuez-vous cette activité ?

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En règle générale, je contacte le vendeur par mail via son compte sur le site, je me présente comme un acheteur lambda. Généralement celui-ci me rappelle et là je me présente en tant que Souvenir Français, je lui demande s’il connaît l’origine de l’objet et l’informe que sa démarche de vente est attentatoire à la mémoire et à nos valeurs. Je lui demande de retirer son objet de la vente et de le remettre à la commune concernée ou au Souvenir Français.

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Ces actions m’ont cependant permis de rencontrer des personnes très impliquées et avec lesquelles j’ai sympathisé.

2. Cette veille vous a permis de sauver plusieurs objets mémoriels exceptionnels.  Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

J’ai sauvé et acheté 6 drapeaux. Pour chacun j’ai avancé les fonds qui m’ont été remboursés par le Souvenir Français.

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  • le drapeau du comité d’entente des Anciens Combattants de Chelles (77)
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  • le drapeau de la Légion d’Honneur de la Nouvelle Calédonie Océanie, qui a rejoint son île
  • le drapeau de l’Association des Anciens Combattants Prisonniers de Guerre de la Première Guerre Mondiale de la Somme.  Ce drapeau est déposé depuis le 12 novembre au collège Louis Jouvet de Gamaches (80)
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