Trois questions à Jean NOVOSSELOFF

27 octobre 2017

Président de l’Association des Amis de la Fondation de la Résistance, Jean Novosseloff, est un amateur éclairé et passionné par la philatélie et l’histoire de la Résistance française. Il est l’auteur de nombreux articles de vulgarisation sur la Résistance et sa mémoire, dans des publications associatives liées à la Fondation de la Résistance. Son ouvrage, la Résistance oblitérée, sa mémoire gravée par les timbres, coécrit avec Laurent Douzou, professeur des universités en histoire contemporaine à Sciences Po Lyon, est diffusé par les Editions Du Félin.

 

1. Le timbre est-il un instrument de la transmission de la mémoire ? 

Oui le timbre-poste est l’un des « instruments de la transmission de la mémoire ». Le timbre-poste est aussi un merveilleux instrument pédagogique. Sélectionner les timbres émis à l’occasion des commémorations des combats des deux derniers conflits mondiaux ou ceux liés aux combats de la décolonisation, c’est lire un livre d’histoire imagé. D’une certaine manière aussi, sélectionner les vignettes postales sur l’art (les peintures, les vitraux des églises) c’est aussi revisiter l’histoire des arts en France.Souvent réservé aux seuls collectionneurs, le timbre a beaucoup à nous apprendre, à nous raconter de l’histoire de France et de celle plus récente de nos républiques. Pourtant et curieusement,  le timbre est absent de l’ouvrage de Pierre Nora sur « les lieux de mémoires ».
Se souvenir des femmes et des hommes qui se sont levés contre les dictatures  et contre l’indicible, étant un devoir, qui mieux que la « vignette postale » pour nous aider à nous souvenir.

 

2. Vous êtes auteur d’un ouvrage sur la philatélie commémorative de la Seconde Guerre mondiale. Pouvez-vous nous présenter votre projet ?
Si l’idée première de ce projet est mienne,  idée que je murissais depuis fort longtemps,  cet ouvrage est le fruit de la rencontre entre un historien Laurent Douzou et l’amateur « philatélique » et d’histoire de ces « années-là » que je suis. Ce livre a donc deux auteurs.

Cet ouvrage, dont le nom est révélateur « La Résistance oblitérée, sa mémoire gravée par les timbres » n’est pas une histoire de la Résistance mais bien une étude de sa mémoire telle que l’émission des timbres commémoratifs la donne à voir. De la Libération à nos jours, la célébration de la Résistance ne fut nullement constante et connut même de frappantes sautes d’intensité. La chronologie que dessinent les « vignettes postales » n’est aucunement conforme à ce qui est habituellement dit et écrit à propos de la mémoire de la Résistance d’où l’originalité novatrice de cet ouvrage.

Si le premier timbre qui honora la Résistance fut émis en 1947, dix années s’écoulèrent avant que la Résistance retrouve place dans l’abondante production philatélique. Décidée dans son principe en 1956, mise en œuvre en 1957, la première série des héros de la Résistance mit un terme à une traversée du désert qui mérite réflexion. Elle fut suivie de quatre autres séries, la dernière étant émise en 1961.

C’est la quatrième République finissante qui, par la volonté d’un ministre socialiste, Eugène Thomas, renoua avec la célébration postale de la mémoire de la Résistance. Ce sont des héros, des personnalités d’exception, parfois méconnues ou oubliées aujourd’hui, qui furent choisies pour illustrer l’hommage rendu au combat clandestin. Cette dimension élitiste manifeste fut confirmée par le choix opéré pour la série dévolue aux lieux de la Résistance qui suivit celle des héros : l’île de Sein, le Vercors, le Mont Valérien désignaient bien des îlots de courage auxquels la France dans son ensemble ne pouvait penser s’identifier.

Après le départ du général de Gaulle du pouvoir en 1969, la Résistance et la Déportation retrouvèrent l’étiage qu’elles avaient continuellement connu à l’exception de l’embellie des séries des héros.

Au fond, depuis la Libération, la Résistance et la Déportation ont été chichement célébrées par les timbres. À sa manière, la politique d’Etat conduite pour les émissions de timbres aura vérifié la difficulté extrême de trouver le registre approprié pour évoquer la mémoire de la Résistance et de la Déportation.

C’est l’objet de ce projet illustré et pédagogique que d’analyser plus d’une centaine de « vignettes postales » et donc les « images » que les Postes Françaises donc l’Etat, ont émises pour commémorer la Résistance et la Déportation. Les auteurs ont eu accès aux archives postales, aux maquettes et projets dont sont issus les timbres et aux diverses et variées demandes d’émissions postales venues de tous les horizons.

Il s’agit d’un livre original de 180 pages largement illustré au contenu novateur, pédagogique tourné vers un large public d’amateurs passionnés par la mémoire d’années glorieuses de notre histoire,  celles de la Résistance.

3. Comment Le Souvenir Français a-t-il utilisé le timbre comme moyen de sensibilisation des Français ?

Le Souvenir Français a émis deux types de timbres. Les premiers sont des timbres dits de propagande. Ils ont pour but de sensibiliser les Français sans qu’ils rentrent dans des collections philatéliques. Ils sont vendus au profit de l’œuvre qu’est Le Souvenir Français. Le premier en 1936, représente une femme portant le flambeau sacré. Plus de 60 années plus tard, dans le cadre d’une évolution des politiques postales, la Poste a donné son accord afin que Le Souvenir Français émette ses propres timbres dont l’utilisation est réservée à l’affranchissement des lettres prioritaires. Successivement des timbres sont émis en 2009, 2010 et 2015 ;  tous portent le logotype du Souvenir Français.

Le second type de timbres s’inscrit dans les programmes annuels des émissions philatéliques. En mars 1977, la Poste émet un timbre en 8 millions d’exemplaires qui sera fortement utilisé. Dessiné par Mme Pierrette Lambert et gravé par Claude Jumelet, d’une valeur faciale de 0,80 francs, il porte fièrement le logo de l’association sur un drapeau tricolore. Les quatre timbres émis en 2017 s’inscrivent eux aussi dans ce cadre, mais dans une catégorie moins populaire,  ce sont des timbres collector,  avec une émission quantitativement réduite. Ce recensement fait clairement apparaître que Le Souvenir Français a su lui aussi pleinement utiliser la philatélie comme vecteur de sensibilisation.

Pour en savoir plus : https://www.la-resistance-obliteree.com/

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Se souvenir des femmes et des hommes qui se sont levés contre les dictatures  et contre l’indicible, étant un devoir, qui mieux que la « vignette postale » pour nous aider à nous souvenir.

 

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Si le premier timbre qui honora la Résistance fut émis en 1947, dix années s’écoulèrent avant que la Résistance retrouve place dans l’abondante production philatélique. Décidée dans son principe en 1956, mise en œuvre en 1957, la première série des héros de la Résistance mit un terme à une traversée du désert qui mérite réflexion. Elle fut suivie de quatre autres séries, la dernière étant émise en 1961.

C’est la quatrième République finissante qui, par la volonté d’un ministre socialiste, Eugène Thomas, renoua avec la célébration postale de la mémoire de la Résistance. Ce sont des héros, des personnalités d’exception, parfois méconnues ou oubliées aujourd’hui, qui furent choisies pour illustrer l’hommage rendu au combat clandestin. Cette dimension élitiste manifeste fut confirmée par le choix opéré pour la série dévolue aux lieux de la Résistance qui suivit celle des héros : l’île de Sein, le Vercors, le Mont Valérien désignaient bien des îlots de courage auxquels la France dans son ensemble ne pouvait penser s’identifier.

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