Trois questions à Jean-Claude Cunat

19 novembre 2019

Retraité de l’Education Nationale (enseignant puis personnel de direction), Jean-Claude Cunat est vice-président du Conseil Départemental de la Moselle, maire-adjoint de la commune de Sarreguemines (Moselle) et vice-président de la Communauté d’Agglomération Sarreguemines Confluences (Moselle).

1. Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de l’évacuation des Mosellans en 1939 – 1940 ?

Le 1er septembre 1939, la mobilisation générale en France déclenche une massive opération d’évacuation obligatoire des populations civiles habitant dans la zone avant de la ligne Maginot. En Moselle, du pays de Bitche à l’arrondissement de Thionville-est, les départs sont presque tous immédiats et simultanés. Les derniers habitants des confins luxembourgeois et meusiens partent en octobre.

Le 10 mai 1940, l’offensive allemande provoque une deuxième vague d’évacuations, derrière la ligne Maginot cette fois, dans les arrondissements de Thionville et de Boulay principalement.

300 000 Mosellans provenant de 300 communes quittent ainsi leurs maisons pour gagner en majorité des régions dont le choix a été arrêté par le gouvernement quelques mois auparavant : Charente et Vienne, départements auxquels s’ajoute la Charente-Inférieure, lorsque l’on s’aperçoit de la saturation prévisible des capacités d’accueil de la Charente. Les mineurs partent pour les départements industriels et miniers du Nord et du Centre manquant de main-d’œuvre du fait de la mobilisation. Ceux qui en ont les moyens trouvent un hébergement plus proche, chez des parents en Moselle, par exemple.

Cependant bon nombre de réfugiés mosellans de mai 1940 n’eurent pas les moyens de gagner l’ouest de la France et s’arrêtèrent en Bourgogne et dans le nord de l’Auvergne.

Les départements ayant également accueilli des Mosellans en nombre variable sont la Vienne, la Charente, la Charente-Maritime (anciennement Charente-inférieure), la Haute-Vienne, la Saône-et-Loire, le Rhône, la Côte-d’Or, les Hautes-Pyrénées, le Puy-de-Dôme, le Pas-de-Calais, le Tarn, la Corrèze, l’Allier, le Calvados, l’Ille-et-Vilaine, les Deux-Sèvres, l’Allier, la Gironde, l’Isère.

2. Depuis 80 ans comment s’est traduite l’inscription de cet épisode historique, dans la mémoire des départements de la Vienne et de la Moselle ?

Près de 30 communes mosellanes (sur 168 communes évacuées dans la Vienne) entretiennent des liens étroits, majoritairement par des jumelages, avec les communes viennoises accueillantes. Des délégations s’y rendent régulièrement, alternant avec la venue de représentants des municipalités viennoises.

Certains clubs sportifs rencontrent leurs homologues de la Vienne pour des compétitions amicales. Dans les deux départements, des places ou rues ont été rebaptisées du nom de la commune accueillante ou évacuée.

Sur un plan plus individuel, des familles mosellanes maintiennent des relations avec les familles viennoises qui les ont accueillies ou qui ont connu leurs parents.

De tels usages existent également entre les communes évacuées et les communes des autres départements accueillants, mais ils ne sont pas recensés avec précision.

3. Pouvez-vous nous présenter les initiatives du 80ème anniversaire ?

Les départements de la Moselle et de la Vienne ont décidé d’organiser un cycle de manifestations sur leurs territoires respectifs pour commémorer ces déplacements de population.

Une conférence de presse, conduite par les Présidents des deux départements s’est tenue à Paris le 19 juin 2019 aux Invalides. Au cours de celle-ci, le programme des commémorations qui se tiendront en Moselle et en Vienne a été annoncé. Il s’agit en effet de rappeler un épisode douloureux malheureusement très peu connu, voire méconnu au niveau national.

Du 5 au 8 septembre 2019, une délégation mosellane d’une soixantaine de personnes, s’est rendue dans la Vienne. Le département de la Vienne a édité un livre sur le sujet dans lequel le rôle du Conseil Général de la Moselle et de Robert Schuman, élu national et départemental, sont évoqués.

Une plaque commémorative a été offerte aux Maires des communes viennoises jumelées à des municipalités mosellanes lors du déplacement de la délégation.

Une plaque identique pourrait être réalisée et apposée sur le fronton des mairies mosellanes dont la population a été évacuée. La pose de ces plaques renforcerait un lien entre ces territoires qui ont en commun cette histoire partagée.

Un film intitulé « Un exil intérieur, les évacués de la Moselle », à partir des témoignages des derniers évacués, est en cours de réalisation. En tant qu’outil pédagogique, il sera mis à la disposition des collèges des mairies concernées et de celles qui seraient intéressées.

Un cycle de conférences sensibilisera un large public à cette période de notre histoire et aux commémorations qui y sont liées.

Un recensement des initiatives locales, actuellement en cours en Moselle, permettra d’associer leurs responsables à ces commémorations.

Une grande commémoration sera organisée en Moselle. Les dates et lieu restent à être précisés (mai ou juin 2020). En plus de la Vienne, les autres départements ayant également accueilli des Mosellans, tant évacués de 1939 qu’expulsés de 1940, y seront conviés (Charente, Charente-Maritime, Saône-et-Loire, Rhône, Côte-d’Or, Hautes-Pyrénées, Puy-de-Dôme, Pas-de-Calais, Tarn, Corrèze, Allier etc.).

Au cours de ces 3 jours, dont le programme est en cours d’élaboration, le film « Un exil intérieur, les évacués de la Moselle » sera projeté en avant-première. Des partenaires culturels du département seront associés pour la création d’un spectacle vivant. Une soirée prestige avec la participation de l’orchestre symphonique de Thionville clôturera ces manifestations.

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Frédéric Guelton, L’alliance avec la Pologne dans la diplomatie et la stratégie françaises après la Première Guerre mondiale Colonel (er) ancien chef du département de l’Armée de Terre au service historique de la Défense et ancien rédacteur en chef de la revue historique des Armées. Membre du Conseil scientifique de la Mission du centenaire de […]

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