Trois questions à Bruno Dary

5 octobre 2020

Le général d’armée Bruno Dary est un officier général de l’armée de terre française. Gouverneur militaire de Paris de 2007 à 2012, il est actuellement président du comité de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, association qui organise chaque jour la cérémonie du ravivage de la Flamme de la tombe du Soldat Inconnu.


1 – Que représente la tombe du Soldat Inconnu dans l’histoire et la mémoire nationale ?

À la suite du traumatisme de la Première Guerre mondiale (1,4 million de morts – 3,6 millions de blessés – plus d’un million d’invalides civils et militaires), les autorités nationales et les associations organisent le culte de la mémoire des soldats morts pour la France, afin de perpétuer l’exemple de leur patriotisme et de leur sacrifice.

L’idée d’un culte rendu à la dépouille d’un soldat inconnu, qui représenterait tous les combattants français tombés au champ d’honneur lors de la Grande Guerre, germe dès 1916. Au travers des journaux de l’époque, la bataille du lieu d’inhumation se joue. Ce n’est que le 8 novembre 1920 que la Chambre vote une loi instituant l’inhumation d’un soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

C’est ainsi que le 10 novembre 1920, à Verdun, le soldat Auguste Thin, avec à ses côtés, André Maginot, ministre des Pensions, désigne le « Soldat Inconnu » parmi les 8 cercueils, contenant les corps de 8 soldats français non identifiés pris dans les 8 secteurs du front. Il est transporté sous l’Arc de Triomphe le 11 novembre 1920, puis sera inhumé à son emplacement définitif le 28 janvier 1921.

Pendant deux ans, une simple dalle de granit signale la tombe du Soldat Inconnu aux passants, sur laquelle sont gravés ces quelques mots :

« ICI REPOSE UN SOLDAT FRANÇAIS MORT POUR LA PATRIE 1914-1918 »

Sous la dalle sacrée repose désormais la dépouille d’un soldat anonyme. Il symbolise à lui seul les Français morts au champ d’honneur pendant la Première Guerre mondiale, mais aussi les souffrances de tout un peuple sorti amputé du conflit, avec ses cohortes de veuves, ses orphelins et ses mutilés de guerre qui ont survécu à la déflagration ; il sert aussi de sépulture aux milliers de soldats, qui n’ont pu être identifiés, ou qui ont disparu dans les bombardements, permettant ainsi à de nombreuses familles, qui, longtemps ont espéré en vain voir revenir le « cher disparu », de pouvoir se recueillir sur un lieu symbolique !

En octobre 1923, dans les colonnes du journal L’Intransigeant, Gabriel BOISSY, à la fois écrivain, journaliste et ancien combattant, évoque sa crainte de voir la dalle sacrée tomber dans l’oubli. Il lance l’idée d’installer une flamme du souvenir des morts qui brûlerait sans interruption : « La flamme, comme un feu follet, jaillira du sol. Elle sera vraiment comme l’âme du mort résurgente. Elle palpitera, elle veillera. Elle ne ressemblera à aucune des lumières environnantes. « …

Et le 11 novembre 1923, André Maginot, alors ministre de la Guerre, allume la Flamme sacrée pour la première fois, en présence d’une multitude d’anciens combattants. Elle ne devait plus s’éteindre, même pendant l’Occupation !

2 – Pouvez-vous nous présenter le comité de la Flamme ?

La naissance du comité de la Flamme est liée au caractère sacré de La Flamme et à son ravivage, rite quotidien immuable depuis bientôt un siècle. Le vœu de ses pères fondateurs était de voir chaque soir, à la tombée de la nuit, les frères d’armes du Soldat Inconnu raviver cette flamme éternelle en hommage à leurs compagnons tombés au champ d’honneur. En 1930 était déclarée au Journal officiel “La Flamme sous l’Arc de Triomphe”, association ayant pour but «de faire raviver quotidiennement au crépuscule la flamme sur la tombe du Soldat Inconnu et plus généralement l’entretien de sa mémoire ». En 1940, Paris est occupée par l’armée allemande. Comme si de rien n’était, le comité a assuré le ravivage quotidien de la Flamme, grâce aux anciens combattants de bonne volonté habitant le quartier de l’Étoile, et formant une véritable association semi-clandestine sans structure officielle apparente.

Jamais l’occupant ne s’opposera à ce rite quotidien. Le 11 novembre 1940, les manifestations lycéennes et étudiantes dans le quartier de l’Étoile et le dépôt de gerbe sur la tombe du Soldat Inconnu, en dépit de l’interdiction émise par l’occupant, font figure, dans notre mémoire collective, de premier acte d’opposition et de résistance.

Aujourd’hui, le Comité de la Flamme est composé d’un peu plus de 60  « commissaires », à la fois volontaires et bénévoles, qui se relaient pour assurer, 365 jours par an, chaque soir à 18h30, la cérémonie du ravivage selon un rite immuable.

3 – Le nombre d’associations d’anciens combattants se réduit. Comment s’adapte la cérémonie du ravivage de la Flamme au temps présent ?

Dès le premier ravivage, quelque 150 associations d’anciens combattants s’engagent à raviver à tour de rôle la Flamme, chaque soir, selon un cérémonial très strict. Composée uniquement d’associations d’anciens combattants, la Flamme comptera plus de 370 associations en 1925, 558 en 1926, et plus d’un millier après la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, La Flamme n’est plus seulement celle des anciens combattants, et elle est devenue la « Flamme de la Nation », comme l’indique la nouvelle appellation du Comité : « Comité de la Flamme sous l’Arc de Triomphe – Flamme de la Nation ». Cette ouverture vers la société civile se retrouve d’abord dans la nature des quelques 450 associations qui constituent le Comité, dont beaucoup n’ont pas de relations directes avec le monde militaire. Elle se retrouve aussi dans le recrutement des commissaires, si bien que le nombre d’anciens combattants tend à se réduire, laissant la place à des hommes et à des femmes, qui n’ont pas ou peu de passé militaire. Enfin cette ouverture se retrouve parmi les milliers de personnes qui viennent se recueillir autour de la Tombe, puisque les collégiens et les lycéens, qui viennent, pour la plupart en classes constituées, sont aujourd’hui plus nombreux que les militaires et les anciens combattants. Cette tendance et cet élargissement du public sont un signe encourageant pour l’avenir de la Flamme, au moment où le pays va fêter le centenaire de l’inhumation du Soldat Inconnu.

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