
Alexis Kummetat fait partie de l’équipe fondatrice de l’AFCEA, et participe à son animation. Il est consultant en management et conduite du changement depuis plus de 25 ans et accompagne les entreprises et leurs équipes dans tous les secteurs d’activité. Il a aussi été officier de la réserve opérationnelle pendant plus de 20 ans, jusqu’à la dissolution de son unité.
1 – Pouvez-vous nous présenter l’histoire et les actions de votre association ?
L’histoire de notre association est à la fois ancienne et récente.
Nous nous inscrivons dans la tradition de l’association atlantique française – l’Association Française pour la Communauté Atlantique (AFCA) -, créée en 1954 par des femmes et hommes politiques comme Antoine Pinay, Georges Bidault, Guy Mollet, René Pleven, Jacqueline Thome-Patenotre, Wilfrid Baumgartner, Alfred Coste-Floret, Alain Peyrefitte…, des militaires comme le Maréchal Juin, l’Amiral Sala, le Général Valluy…, et des experts et hommes d’entreprise comme Claude Delmas, Robert Abdesselam ou Raymond de Balasy. Beaucoup étaient issus du monde de la résistance et, face au péril soviétique, ils s’étaient engagés dans l’Europe de la défense, et dans son volet euro-atlantique : l’OTAN. L’objet social de l’AFCA était simple : « Défense et illustration de la Communauté atlantique ». Cette dynamique existait aussi dans les autres pays de l’Alliance Atlantique et, dès 1954 fut également créée une réunion de ces associations nationales, l’Association du Traité Atlantique (ATA), qui eut son siège en France, à la même adresse que l’AFCA, à Paris, et jusqu’à la disparition de celle-ci et le transfert à Bruxelles. Les activités de l’AFCA seront importantes jusqu’au début des années 70, avec des événements et publications réunissant des personnalités comme Raymond Aron ou Jacques Rueff. Puis une poignée de convaincus animeront l’information et la réflexion sur la place de la France dans l’Alliance Atlantique, avec des colloques et des publications, jusqu’au début des années 2000.
Beaucoup croyaient alors aux « dividendes de la paix », après la chute du Mur de Berlin et le démantèlement de l’Union Soviétique et, avec le temps biologique qui passait et la fin du soutien des pouvoirs publics, l’AFCA allait cesser ses activités.
Il y a deux ans, et notamment à l’initiative du Président de l’ATA, le grec Theodossis Georgiou, qui souhaitait relancer l’association internationale qui avait aussi connu une période de basses eaux, et à ce titre, encourager la relance des associations nationales qui avaient disparu, des décideurs français – et en particulier Alexandre Vulic, qui était directeur adjoint du CAPS (Centre d’analyse, de prévention et de stratégie), au Ministère de l’Europe des Affaires Étrangères – ont épaulé l’organisation d’activités à destination du public étudiant, par exemple une conférence à Sciences Po Paris. Mais c’est la rencontre entre cette équipe de spécialistes des questions militaires et diplomatiques, et des « anciens jeunes » de l’AFCA qui a permis de relancer cet engagement français dans l’action associative euro-atlantique. L’AFCA n’était pas administrativement dissoute mais il semblait difficile voire impossible de la réactiver, faute de contributeurs identifiés et en raison de l’absence d’informations fiables sur son statut formel. Nous avons alors jugé plus efficace de créer une nouvelle association, en explicitant par ailleurs la dimension européenne qui avait toujours été implicite. Et nous avons donc créé l’Association Française pour la Communauté Euro-Atlantique au tout début du mois de décembre 2024. Il y avait en effet une certaine urgence car nous étions invités à participer, comme observateurs, à l’Assemblée générale de l’ATA les 4 et 5 décembre 2024, à Bruxelles.
Une fois revenus dans cette dynamique – et l’AFCEA sera reconnue formellement comme branche française de l’ATA quelques mois plus tard, au mois de juin 2025 – nous avons engagé la relance des activités. Sans moyens toutefois car, dans la situation budgétaire de notre pays, il ne fallait pas compter sur des soutiens financiers basés seulement sur notre bonne volonté… Il s’agissait tout d’abord d’étoffer un peu l’équipe car les six fondateurs (sept en réalité, même si celui-ci ne pouvait à l’époque, pour des raisons professionnelles, apparaître dans les statuts) ne pouvaient assumer seuls la totalité des projets imaginés. Aujourd’hui (septembre 2025), nous sommes une petite vingtaine; on retrouve la plupart de nos membres sur le site internet, à l’exception de celles et ceux qui, pour des raisons professionnelles, n’ont pas souhaité y apparaître.
On y retrouve par exemple des experts comme Elie Tenenbaum et Camille Grand, des militaires comme le général Denis Mercier, ancien SACT, les généraux Patrick de Rousiers et Frédéric Pesme, le Vice-Amiral Patrick Chevallereau, des enseignants-chercheurs, des décideurs d’entreprise, et des étudiants. Et nous comptons sur nos activités pour accroître le nombre de nos militants, en particulier en ce qui concerne le public « jeunes » (les 18-30 ans, étudiants et jeunes professionnels). Mais toutes les bonnes volontés sont les bienvenues ! Faute de financement, nous avons commencé à investir le champ numérique, qui demande peu de moyens matériels et est un impératif pour exister et communiquer. Nous avons ainsi créé un site internet vitrine (afcea.eu), qui mériterait d’être mieux tenu à jour ; une page LinkedIn, pour être présents sur ce réseau professionnel et y relayer nos activités, mais aussi des informations relatives à nos sujets d’intérêt ; une chaîne YouTube, sur laquelle nous postons des vidéos ; un compte Instagram, qui ne vit pas vraiment aujourd’hui mais qui est destiné à diffuser des informations intéressant les plus jeunes. Nous avons réalisé, d’abord sur LinkedIn, mais le passage est en cours sur notre site internet et, avec des courtes vidéos, sur notre chaîne YouTube et à nouveau sur LinkedIn, un quizz de 100 questions consacrées à l’Alliance Atlantique et la Défense européenne. Nous avons également réalisé des conférences et interviews diffusées sur ces réseaux : une vidéo avec l’association atlantique canadienne ; une interview de Katarzina Zisk, professeur au Norwegian Institute for Defence Studies d’Oslo, et experte à Sciences Po Paris et à l’Atlantic Council; et une de Stephen Launay, docteur en science politique, maître de conférences à l’université de Paris Est, grand spécialiste français de Raymond Aron et auteur notamment de « La guerre sans la guerre ». Nous avons appuyé, en nous associant au Forum de Défense et de Stratégie animé par Laurent Borzillo et sur sa proposition, les conférences qu’il a organisées dans le cadre PDSF 2025 et dans le cadre du séminaire trilatéral France-Canada-Allemagne qu’il a organisé à l’Ecole Militaire en juillet 2025. Et nous avons participé, à l’invitation de l’OTAN, au Public Forum qui était organisé à La Haye en juin 2025, à l’occasion du Sommet de l’OTAN.
2 – L’OTAN est un sujet peu présent dans le paysage associatif français actuel, quelles différences avec les autres pays signataires du Traité de l’Atlantique Nord ?
Il existe désormais en France de nombreuses organisations qui s’intéressent aux relations internationales et aux questions stratégiques. Des « think tank » comme le très vénérable IFRI (Institut français des relations internationales), des cursus universitaires dans de nombreuses régions, et même désormais des écoles de management qui se lancent dans ce type de formation. Avec les questions qui peuvent se poser quant aux débouchés professionnels de ces centaines d’étudiants dont tous ne pourront rejoindre les ministères régaliens ou le corps enseignant. Mais aucune n’est dédiée aux actions de l’OTAN, et à la place de la France dans l’organisation euro-atlantique. Sans doute est-ce une question de « parts de marché », et en particulier alors que certains disaient que l’Alliance était en état de « mort cérébrale ». Cela va peut-être changer avec la montée en puissance de nos armées et de notre industrie de défense face à la menace russe. Mais jusqu’à présent, en tout cas, ce seul sujet ne permettait sans doute pas de réunir les moyens financiers et humains nécessaires pour animer une production professionnelle. C’est pourquoi la forme associative, qui repose avant tout sur la libre contribution de ses membres, avec des apports d’expertises, de temps disponible, de compétences diverses et naturellement de moyens matériels, est particulièrement adaptée. Nos associations sœurs, dans les autres pays de l’Alliance, ont des formes multiples. L’association des Etats-Unis est le très fameux « Atlantic Council of the United States » : un think tank incontournable dans l’écosystème stratégique occidental. Créé en 1961 par les secrétaires d’État Dean Acheson et Christian Herter, il avait vocation à fédérer, au sein de la branche nord-américaine de l’ATA (créée en 1954), les groupes de citoyens des Etats-Unis qui soutenaient l’Alliance Atlantique. Fort de centaines de chercheurs, il a naturellement diversifié ses champs d’intérêt. Mais son manifeste précise que « tous ses programmes reposent sur la conviction qu’une saine relation transatlantique est essentielle pour progresser dans l’organisation d’un système international fort ».
L’association slovaque GlobSec qui est aussi un think tank reconnu, s’est installée il y a quelques mois en République Tchèque au regard des positions du gouvernement slovaque. Les associations allemandes, italiennes, portugaises, canadiennes, anciennes, sont toujours actives, en particulier vers les milieux universitaires. Les associations des pays d’Europe centrale ont rejoint l’ATA à la fin des années 90, avec le dynamisme des convictions de ceux qui échappaient au rideau de fer. Et on ne saurait passer sous silence le dynamisme des associations des pays nordiques et des pays baltes, qui ont précédé au sein de l’ATA, grâce aux mécanismes de coopération de l’Alliance, l’entrée de leurs pays dans l’OTAN elle-même. En réalité, le dynamisme des associations nationales tient à de multiples facteurs : – le soutien institutionnel, par les ministères chargés des armées et des relations internationales, qui repose à la fois sur les convictions atlantistes des dirigeants et l’utilité perçue des dynamiques non gouvernementales ; – l’intérêt des milieux universitaires pour les questions euro-atlantiques, puisque le vivier des étudiants et enseignants-chercheurs est décisif pour justifier les actions des associations atlantiques ; – et puis, naturellement, tout repose, comme d’habitude, sur la détermination de quelques « activistes » de s’engager volontairement dans une dynamique de mobilisation et d’animation des bonnes volontés.
Le passage de relais de la fin des années 90 a été décisif, alors que ceux qui avaient participé aux années de la Guerre Froide devaient passer la main à ceux qui animeraient la suite. Certaines associations ont réussi. D’autres moins. Comme vous le précisez, l’OTAN n’est pas un sujet de grand intérêt dans notre pays, en dépit du statut de notre pays dans cette organisation politico-militaire, dont il a été fondateur, qu’il n’a jamais quitté, et dont un officier général dirige, depuis plusieurs années, un des deux grands commandements stratégiques, à savoir l’Allied Command Transformation (l’Amiral Pierre Vandier est le SACT en poste). Beaucoup pensent, à tort, que la France a quitté l’OTAN en 1966. Alors qu’elle n’a fait que quitter le commandement militaire intégré, ce qui ne l’a pas empêchée de participer à toutes les opérations militaires de l’Alliance, d’avoir, depuis toujours, des ressortissants dans l’organisation, et de participer au même titre que les autres États membres aux décisions politiques de l’Alliance, qui reposent toutes sur le consensus. Il y a trop peu de recherches universitaires consacrées à l’Alliance Atlantique, et peu de publications. C’est un manque que notre association souhaite d’ailleurs contribuer à résoudre, avec des actions d’information plus « grand public ». Mais le chemin sera long. Car si, dans beaucoup d’autres pays membres, le drapeau de l’Alliance Atlantique voisine celui du pays et celui de l’Union Européenne, en particulier sur les bâtiments des ministères régaliens, c’est rarement le cas sur les nôtres. Ce n’est pas nécessairement un objectif, mais cela témoigne du fait que, en dépit des réalités, l’Alliance Atlantique n’est pas perçue comme structurante de notre sécurité collective.
3 – Votre association est très jeune, comment envisagez-vous son développement pour les années à venir ?
Comme je l’indiquais en introduction, notre association est à la fois très jeune et très ancienne puisqu’elle s’inscrit dans la tradition de l’association atlantique française, créée en 1954. De ce fait, elle bénéficie des synergies avec les autres associations de l’ATA, que ce soit parce que certains d’entre nous avons connu leurs dirigeants à la fin des années 90, ou tout simplement parce que nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes objectifs. C’est pourquoi nous renouons le contact avec nos homologues de ces autres associations euro-atlantiques, pour réaliser d’autres actions en synergie. Ainsi, avec l’association atlantique italienne, pour organiser au printemps un exercice de simulation du Conseil de l’Atlantique Nord… Le programme est prêt et les candidats nombreux, et nous avons depuis peu un lieu pour nous accueillir : l’Université Paris-Sorbonne Nouvelle. Nous avons déjà réalisé deux conférences en ligne avec nos homologues de l’association canadienne, à destination de leur public francophone. Et nous avançons en synergie étroite avec le nouveau président portugais des jeunes de l’association internationale atlantique (« YATA », pour Youth Atlantic Treaty Association), pour permettre la participation de jeunes Français aux activités organisées par leurs homologues dans les autres pays de l’Alliance. Précisons d’ailleurs à cette occasion que 2026 est le 30e anniversaire de la création de cette dynamique internationale des jeunes des associations euro-atlantiques, à l’initiative de quatre représentants réunis au séminaire au Danemark (DAYS 96), dont le représentant français, qui a naturellement rejoint notre association. Alors il nous faut naturellement renouer des liens avec les ministères régaliens, afin d’accroître nos complémentarités et nos synergies et de, ne le cachons pas, tenter d’obtenir, en dépit de la période exigeante budgétairement, des soutiens matériels et/ou financiers.
Car si la bonne volonté de nos membres est un moteur puissant et que nous comptons sur l’appui de partenaires institutionnels pour, par exemple, accueillir certaines de nos activités, le volontariat ne peut totalement se substituer au financement de certains frais incontournables dans l’organisation d’événements et, en particulier, pour la participation de nos représentants aux activités internationales, afin d’y porter une voix française. Mais conscient du contexte difficile, nous recherchons également d’autres types de soutiens, tout en étant très attachés à la nécessaire liberté de l’action associative. Toutes les entreprises ont intérêt à participer à une meilleure information de leurs salariés et de leur écosystème, et pas seulement celles de la BITD (la base industrielle et technologique de défense). Car nous sommes sous le feu d’une offensive qui vise à la démobilisation et à la fracture sociale. Et les entreprises sont des piliers de notre cohésion nationale. A l’instar de nos homologues des autres associations, nous prévoyons donc notamment d’organiser, seuls ou en partenariat avec d’autres associations ou des think tanks, des conférences et des publications dédiées à l’actualité de l’Alliance atlantique. Dans les domaines stratégiques, mais aussi dans l’action non militaire, car c’est une dimension importante, et trop souvent oubliée. En ligne, puisque ces formats sont peu coûteux et permettent une bonne diffusion, mais aussi sous des formats plus classiques, dans les grandes écoles et universités, dans des institutions publiques, dans des entreprises… Notre vocation, c’est de devenir une plateforme proposant les meilleurs experts pour intervenir sur nos sujets de prédilection et d’organiser des actions très concrètes permettant de faire changer les regards sur l’Alliance, et de susciter des synergies contribuant à notre sécurité collective, par une meilleure connaissance des contributions de la France et de ses alliés, et un plus grand soutien de l’opinion publique et des décideurs. En France et, encore une fois, avec nos amis et partenaires de tous les pays de l’Alliance Atlantique. Un « think and do tank », pour résumer.
La France et l’OTAN Stephen Launay est docteur en science politique. Ses recherches portent sur les relations internationales, la philosophie libérale, ainsi que sur la pensée politique, la politique intérieure et la politique étrangère de la Colombie et du Venezuela. Maître de conférences (HDR) à l’université de Paris-Est à Marne-la-Vallée, et directeur de recherche au […]
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