Trois questions à Alexis BOILLAT

2 octobre 2018

Alexis Boillat, chancelier de la commune de Val-de-Travers (Suisse) depuis sa création en 2009, précédemment administrateur des communes des Verrières et de Fleurier, est président de l’association Bourbaki -Les-Verrières.

1. Comment historiquement s’est déroulée l’arrivée en Suisse des soldats de Bourbaki ?

Au cours de la matinée du 31 janvier 1871, un télégramme du Ministre de l’Intérieur et de la Guerre Léon Gambetta confirme au Général Clinchant que le Général prussien von Manteuffel ne l’a pas trompé en lui affirmant que l’Armée de l’Est ne rentrait pas dans le cadre de l’armistice. Gambetta invite Clinchant à se comporter comme un belligérant indépendant, et à employer la voie de la force ou des négociations à son appréciation et au mieux des intérêts et de l’honneur de son armée.

Le 31 janvier, à 12h30, Clinchant donne l’ordre à son aide de camp, le Lieutenant-colonel Chevals, de se rendre aux Verrières et d’entrer en relation avec le commandant des troupes suisses, afin de s’entendre avec lui sur les mesures à prendre dans le cas où il deviendrait nécessaire que son armée passe sur le territoire de la Confédération helvétique.

Vers 14h00, Chevals arrive à la frontière. Cette démarche décide le commandant en chef de l’Armée suisse le Général Herzog à s’y rendre également. Là, Chevals lui dit qu’il est porteur d’ordres le chargeant de traiter du passage.

Le 1er février, vers 03h30, Chevals s’assied à une table avec ses camarades suisses, le Lieutenant-colonel Sieber et le Major de Guimps, et tous trois prennent note de la convention d’internement que le Général Herzog leur dicte debout.

Quelques minutes plus tard aux Verrières de Joux, le Général Clinchant appose sa signature au bas des trois exemplaires de la convention d’internement, et, aussitôt, commence le triste défilé de 87 847 hommes et sous-officiers, de 2 467 officiers, de 11 800 chevaux, de 285 canons et de 1158 véhicules de l’Armée de l’Est, pénétrant sur le sol suisse principalement par Les Verrières, Sainte-Croix, Vallorbe, Ballaigues et la Vallée de Joux.

2. Pourquoi la mémoire de ces combattants est-elle aujourd’hui sauvegardée par votre association ?

L’un des buts statutaires de notre association est de « Faire vivre auprès de la population actuelle et des générations futures la mémoire et les significations historique, éthique et culturelle de l’internement de l’Armée française de l’Est, le 1er février 1871, aux Verrières et dans le Jura suisse ».

Rappelons-nous toujours que le 1er février 1871, les 1765 habitants des Verrières ont ouvert leur bras à 38000 soldats ! Le village regorgeait de blessés que la population et la Croix Rouge réconfortaient, nourrissaient et soignaient, au prix de grands sacrifices. Puissions-nous imiter toujours l’exemple de ces personnes charitables, car la nation où fleurit la charité, jointe à la justice, ne périra jamais !

La Suisse a ouvert ses bras à ~90 000 hommes, accueillis dans 188 communes. Quelques 1700 sont décédés lors de l’internement et nous trouvons en Suisse 60 monuments érigés en leur mémoire. Aux Verrières, 33 hommes sont décédés et leur nom est gravé sur le monument du Souvenir Français.

Notre association se doit de sauvegarder la mémoire de ces soldats qui ont fait leur devoir. Ils méritent considération et respect de nous tous car ces hommes ont façonné l’histoire ! N’oublions jamais qu’ils ont aussi contribué à ce que nous vivions dans un monde libre.

Même si la Suisse n’est pas touchée directement par la guerre, la paix du monde reste instable. C’est pourquoi, inlassablement nous devons faire mémoire jour après jour de ceux qui ont sacrifié leur vie pour le bien de nous tous.

Notre association est attachée à la paix et à la justice ! Perpétuer la mémoire de ces hommes est garant d’espoir d’un monde plus juste, plus fraternel, plus solidaire ! Avec la tolérance et la diversité comme valeurs à chérir !

 3. Comment le Souvenir Français est-il intervenu pour enraciner cette mémoire ?

Dès sa création, notre association s’est investie en France pour ressortir des tiroirs cet épisode de l’histoire. Les premiers contacts avec le Président du Comité de Pontarlier, François Cornibert, ont été fructueux. Il a été le premier à nous offrir une tribune lors des assises départementales du Souvenir Français du Doubs. Cette présentation a été un des éléments déclencheurs du retour des Bourbaki dans la mémoire franc-comtoise. A titre d’exemple, elle a été suivie de la visite du parcours didactique aux Verrières des minots de Vercel-Pierrefontaine, sous la conduite de son Président Gérard Mehl ainsi que de réguliers contacts avec plusieurs comités, notamment avec Jean-Marie Ali (Montbéliard). Sans oublier, le précieux soutien apporté par le Délégué général du Doubs Jean-Claude Rebière. Grâce à ces contacts, notre association est régulièrement invitée aux commémorations qui se déroulent dans le Département du Doubs et cela contribue à enraciner la mémoire Bourbaki. En effet, ces moments solennels constituent de belles occasions pour évoquer l’Armée de l’Est.

Avec l’arrivée à la tête du Souvenir Français de Serge Barcellini, les contacts avec notre association sont de qualité. Le Président général a notamment assisté cette année à la Commémoration du 1er février, lors de laquelle le Souvenir Français a été proclamé « Bourbaki d’honneur ». Ensemble nous œuvrons à la commémoration des 150 ans de la guerre de 1870-1871 « 75 ans de guerre – 75 ans de paix », au travers de 4 routes mémorielles.

Un grand merci au Souvenir Français, plus particulièrement à François Cornibert pour son soutien sans faille. Quel honneur pour moi de faire partie de la grande famille du Souvenir Français, en étant membre du Comité de Pontarlier !

Contact :  bourbaki-verrieres@bluewin.ch

Pour en savoir plus : www.bourbaki-verrieres.ch

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Le 31 janvier, à 12h30, Clinchant donne l’ordre à son aide de camp, le Lieutenant-colonel Chevals, de se rendre aux Verrières et d’entrer en relation avec le commandant des troupes suisses, afin de s’entendre avec lui sur les mesures à prendre dans le cas où il deviendrait nécessaire que son armée passe sur le territoire de la Confédération helvétique.

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