Trois question à Jacques Bonnetête

1 juin 2021

Né à Beyrouth en 1931, Jacques BONNETÊTE sert dans l’Infanterie jusqu’au grade de Commandant. Officier de Légion au 3ème puis au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie, il a participé à la Guerre d’Indochine, où il fut prisonnier du Viet-Minh durant sept mois, puis à la Guerre d’Algérie pendant plus de cinq ans. Il a également servi au 24ème Bataillon de Chasseurs Portés en Allemagne, à l’Ecole Militaire de Strasbourg et à l’Etat Major de l’Armée de Terre.

De 1972 à 1995, il a été Contrôleur puis Contrôleur Général des Armées. Après avoir exercé des missions traditionnelles de contrôle, il a été successivement « Chargé de Mission Economies d’Energies » auprès du ministre de la Défense, Chef de « l’Inspection des Installations Classées pour la protection de l’environnement » du ministère de la Défense et enfin de 1989 à 1995 Secrétaire Général du Conseil Supérieur de la Fonction Militaire.

Depuis 2000 il est Président de l’ANAPI (Association Nationale des Anciens Prisonniers, Déportés et Internés d’Indochine) et depuis 2008 également Président du Comité National d’Entente Indochine – Missions Extérieures.Titulaire de la Croix de Guerre T.O.E. avec une citation à l’ordre de l’Armée, et de la Croix de la Valeur Militaire avec cinq citations, le Contrôleur Général BONNETÊTE est Grand Officier de la Légion d’Honneur et Chevalier des Palmes Académiques. Titulaire d’une Maîtrise de Droit Public et d’une Licence des Sciences de l’Education, il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg et d’Etudes Supérieures de Droit Public.

1 – Vous êtes un combattant et un grand témoin de la guerre d’Indochine. Quelle fut votre guerre ?

Officier de Légion au 3ème puis au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie, je suis arrivé en Indochine en avril 1953.                                        

J’ai été affecté au Laos où j’ai rejoint le 2è Bataillon du 3è Régiment Etranger d’Infanterie (2/3 R.E.I.). J’ai été heureux et fier de servir à la Légion et de commander des Légionnaires au combat. J’ai participé aux combats de nuit comme de jour jusqu’au 3 février 1954, date à laquelle j’ai été fait prisonnier par le Viet-Minh (P.V.M.).

Le souvenir que j’ai :  la dureté des combats, la chaleur et l’humidité, la faim, mais aussi l’endurance et la valeur des combattants du Viet-Minh.

Ma captivité a duré sept mois en 1954. Elle a commencé par une très longue marche épuisante de plus de 1000 kms dans des conditions climatiques effroyables dans la forêt, la boue, le plus souvent de nuit. Pendant cette marche où nous étions constamment trempés et avions très faim, nombre de nos camarades sont décédés et nous avons brancardé les blessés sur des pistes souvent boueuses et glissantes. Nous avons rejoint les camps où nous avons été prisonniers et soumis au « lavage de cerveau », aux interrogatoires quotidiens de nos geôliers. J’étais dans le camp dit « du Laos », mais situé au Nord du Tonkin, entièrement encadré par des Bodoïs (combattants) Viet-Minh.

Les conditions extrêmement difficiles de cette détention, la fatigue et notamment le manque de nourriture ont fait que beaucoup de mes camarades sont décédés.

Je ne sais pas comment j’ai « tenu », sans doute parce que j’ai toujours pensé m’en sortir et que j’ai la chance d’être naturellement optimiste.           

Enfin nous avons été libérés le 1er septembre 1954. Après un séjour à l’hôpital de Hanoï et une convalescence à Dalat, j’ai rejoint la France par avion et ai ensuite été soigné au Val de Grâce. Après 4 mois de congé de Fin de Campagne, j’ai rejoint le même 2/3 R.E.I. en Algérie où j’ai participé durant plus de 5 ans à la Guerre d’Algérie, toujours à la Légion.

***

Depuis 20 ans je suis Président de l’ANAPI (Association Nationale des Anciens Prisonniers et Internés d’Indochine) et j’ai eu à coeur de faire vivre la mémoire de ce conflit et de ses combattants et de venir en aide aux anciens prisonniers du Viet-Minh.

Je quitte cette année la présidence de l’ANAPI pour passer le flambeau au CGA Philippe de MALEISSYE, plus jeune, très attaché à l’ANAPI, qui continuera l’oeuvre de mémoire.

2 – Vous présidez le Comité Nationale d’Entente d’Indochine et des Missions extérieures. Quel est le rôle de ce comité ? Quelles associations fédère-t-il ?

Le Comité National d’Entente Indochine – Missions Extérieures a pour mission principale de sauvegarder la mémoire de la guerre d’Indochine et de défendre les droits des anciens combattants. Il rassemble une cinquantaine d’associations de vétérans.

A ce titre il a obtenu la création du statut de « Prisonnier du Viet-Minh » par une Loi du 31 décembre 1989.

En matière de Mémoire, il a été à l’origine du transfert du Soldat Inconnu à Notre-Dame de Lorette, puis de la Nécropole de Fréjus inaugurée en 1994 par le Président de la République François Mitterrand.

Il a obtenu également la création d’une Journée Nationale de Commémoration des « Morts pour la France » en Indochine, le 8 juin. Cette cérémonie à l’Arc de Triomphe est présidée le plus souvent par le ministre des Armées. Exceptionnellement en 2019, la Cérémonie Nationale a eu lieu dans la Cour d’Honneur des Invalides et a été présidée par le Premier ministre.

3 – Comment concevez-vous la place de la mémoire de la guerre d’Indochine dans la France aujourd’hui ?

Le Comité est pleinement conscient du fait que le souvenir et les sacrifices consentis par les combattants d’Indochine en faveur de notre pays ne doivent pas s’effacer avec la disparition progressive et inéluctable des derniers survivants de ce conflit.

Cette question a d’ailleurs fait l’objet de nombreux échanges au sein du Comité d’Entente. Aussi lors d’une de ses dernières réunions, celui-ci a-t-il pris la décision de s’ouvrir aux plus récentes générations du feu ayant participé aux opérations extérieures menées par la France depuis 1963; d’où la nouvelle dénomination qui est la sienne désormais : Comité National d’Entente Indochine – Missions Extérieures. On peut raisonnablement espérer que ces plus jeunes vétérans auront à cœur de perpétuer la mémoire non seulement de leurs combats mais également de ceux de leurs grands Anciens d’Indochine.

D’une manière plus générale, ce Comité pourrait fusionner avec une des grandes associations ou fédérations : Maginot, l’UNC (Union Nationale des Combattants) ou/et le Souvenir Français, en particulier pour les communes où existent des monuments et des stèles.

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Le souvenir que j’ai :  la dureté des combats, la chaleur et l’humidité, la faim, mais aussi l’endurance et la valeur des combattants du Viet-Minh.

Ma captivité a duré sept mois en 1954. Elle a commencé par une très longue marche épuisante de plus de 1000 kms dans des conditions climatiques effroyables dans la forêt, la boue, le plus souvent de nuit. Pendant cette marche où nous étions constamment trempés et avions très faim, nombre de nos camarades sont décédés et nous avons brancardé les blessés sur des pistes souvent boueuses et glissantes. Nous avons rejoint les camps où nous avons été prisonniers et soumis au « lavage de cerveau », aux interrogatoires quotidiens de nos geôliers. J’étais dans le camp dit « du Laos », mais situé au Nord du Tonkin, entièrement encadré par des Bodoïs (combattants) Viet-Minh.

Les conditions extrêmement difficiles de cette détention, la fatigue et notamment le manque de nourriture ont fait que beaucoup de mes camarades sont décédés.

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Enfin nous avons été libérés le 1er septembre 1954. Après un séjour à l’hôpital de Hanoï et une convalescence à Dalat, j’ai rejoint la France par avion et ai ensuite été soigné au Val de Grâce. Après 4 mois de congé de Fin de Campagne, j’ai rejoint le même 2/3 R.E.I. en Algérie où j’ai participé durant plus de 5 ans à la Guerre d’Algérie, toujours à la Légion.

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Depuis 20 ans je suis Président de l’ANAPI (Association Nationale des Anciens Prisonniers et Internés d’Indochine) et j’ai eu à coeur de faire vivre la mémoire de ce conflit et de ses combattants et de venir en aide aux anciens prisonniers du Viet-Minh.

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