Sous les projecteurs

1 juin 2020

« Les associations d’anciens combattants de 1940 », intervention de Serge Barcellini au colloque organisé à Lyon en 2014 sous le titre Le syndrome de 1940 : un trou noir mémoriel.

Si les associations d’anciens combattants de la Grande Guerre ont trouvé leur historien en la personne d’Antoine Prost [1], si celles de la Résistance suscitent des intérêts permanents, les associations d’anciens combattants de 1940 restent encore un continent historique à découvrir.

Cette absence d’intérêt n’a d’égal que le peu de place qui leur fût réservée dans le monde combattant durant les sept dernières décennies.

Les associations des anciens combattants de 40 furent en effet très marginalisées et pourtant elles jouèrent un rôle non négligeable dans la création de la mémoire d’une page d’histoire refoulée de notre nation.

Cette intervention se contentera, dès lors, d’ouvrir quelques pistes qui favoriseront de futures recherches.

C’est donc autour de quatre « batailles » que conduisent en partie ces associations, que sera centré ce propos.

  • La reconnaissance en qualité de combattant ;
  • La création des bases mémorielles du souvenir ;
  • La réhabilitation des combattants de 40 ;
  • La réconciliation franco-allemande.

La bataille de la reconnaissance

Dès le combat terminé, les combattants de 40, lorsqu’ils n’étaient pas prisonniers, ont eu le désir de se regrouper en amicales. L’amicale régimentaire est en effet la base principale de la sociabilité du monde combattant. Elle fût même longtemps (de 1870 à 1920) la base majoritaire de ces regroupements. L’amicale régimentaire, regroupe les combattants d’un même régiment ou d’un même territoire de combat.

Pour les combats de 40 sont créées, dès la fin de l’année 1940, les amicales de Narvik et de l’Armée des Alpes, ces deux amicales seront dissoutes en 1942 par le gouvernement de Vichy qui tente de regrouper l’essentiel du monde combattant dans une structure unique : la Légion des combattants. En 1945, l’amicale de Narvik est recréée, elle est rejointe en 1945 par l’amicale de Namsos et par celle de Flandres-Dunkerque et par l’amicale de la ligne Maginot, l’amicale de l’Armées des Alpes ne réapparaissant pas.

Une carte du combattant est délivrée à tous les anciens militaires qui remplissent ces conditions. Seuls les titulaires de la carte auront droit aux avantages de l’Office du combattant, ancêtre de l’ONAC. La loi de finances du 16 avril 1930 institue un nouveau droit lié à possession de la carte, le droit à la retraite du combattant.

La durée nécessaire : trois mois – résumés en 90 jours- rend inaccessible ce droit à tous les combattants de 40. Cette guerre n’a pas duré 90 jours ! Seuls les prisonniers de guerre dont le temps de captivité est pris en compte, pour ceux qui n’ont pas eu l’idée de s’évader avant 90 jours, sont reconnus rapidement comme ancien combattant, en 1945.

Dès lors les associations de 40, et plus spécialement celle de Flandres-Dunkerque s’engagent dans la bataille de la reconnaissance. Afin de la gagner, l’association favorise la création en 1951 d’un comité d’entente regroupant plusieurs associations : le CEFI (qui regroupe les combattants du corps expéditionnaire d’Italie), Rhin et Danube (qui regroupe les combattants de la 1ère armée), la 2ème DB, l’Association des Français Libres et l’ANCVR (Association nationale des combattants volontaires de la Résistance). Chacune de ces associations lutte pour l’élargissement de sa base d’adhérents.

En 1952, le comité d’entente emporte la victoire dite des « bonifications ». Le Ministère des anciens combattants accepte d’attribuer pour les combattants qui se sont illustrés sur les territoires de recrutement de ces associations, un coefficient multiplicateur : 1 jour de combat équivaut à 6 jours. Dès lors : 15 jours de combat correspondent à 90 jours et justifient l’attribution de la carte du combattant. Cette victoire permet à l’association Flandres-Dunkerque de connaître un formidable développement. En 1968, elle rassemble 40 000 adhérents et 59 sections départementales.

L’absence d’une association regroupant les combattants de l’armée des Alpes – deux associations concurrentes seront créées en 1974 et 1983, laissent les combattants de cette armée en dehors des bonifications. Les anciens de cette armée ne bénéficieront du droit à la carte de combattant qu’en 1993.

La bataille du souvenir [2]

Trop mobilisé par la bataille menée pour les droits, les associations d’anciens combattants de 40 laissent à d’autres le soin de constituer le socle matériel du souvenir des combats et de leurs combattants.

Ce sont les amicales régimentaires qui sont à la manœuvre.

L’amicale régimentaire a pour objectif de développer les liens amicaux entre ses membres et d’entretenir le souvenir.

Depuis les années 1920, ces structures ne sont cependant plus celles qui représentent le monde combattant. L’association d’Anciens combattants s’est en effet imposée dans le paysage associatif français. Si la sociabilité est un des axes forts de ces associations, les batailles pour les droits en est le moteur essentiel.

En 1949, l’amicale de Flandres-Dunkerque se transforme en association d’anciens combattants sous la conduite d’un président volontariste, M. Nizzi, que le Ministre des anciens combattants saluait au Congrès national de Flandres-Dunkerque en 1972, de la manière suivante :

« De cela je tiens aujourd’hui à vous remercier tous, dirigeants et militants de « Flandres-Dunkerque 40 », me souvenant, à propos de la définition d’un de mes prédécesseurs : « une équipe de copains avec un patron à sa tête ». Le patron c’est vous, mon cher Nizzi dont j’ai appris à connaître et à estimer le dynamisme souriant et flegmatique, le dévouement sans borne au service de votre association et aussi l’intransigeance avec laquelle vous défendez les valeurs morales dont vous avez fait votre ligne de conduite, tout au long de votre vie. Vous me le disiez récemment encore : « A Flandres-Dunkerque 40 » les valeurs morales doivent passer avant tout ». Et comme vous avez raison, mon Nizzi. Il est en effet des valeurs fondamentales, des préférences traditionnelles en matière de patriotisme et de civisme qui s’avèrent absolument indispensables à la survie de toute société d’hommes libres. »

Ce qui différencie l’amicale régimentaire de l’association d’anciens combattants c’est la détention d’un statut par chacun de ses membres.

Etre ancien combattant relève d’un statut national reconnu par l’Etat ou plutôt de deux statuts.

Le premier concerne d’abord les invalides de guerre. Le statut de pensionné d’invalidité de guerre a été créé par la loi de 1831 qui a défini les blessures et maladies imputables au service ainsi que la notion de gravité et d’imputabilité. Ce texte a été complété par la loi du 9 décembre 1916 qui a défini la durée nécessaire à la présence sous les drapeaux pour pouvoir bénéficier de cette imputabilité : – 60 jours, ainsi que de la gravité de la blessure ou de la maladie ouvrant droits à pension.

Cette première loi ouvre aux combattants de 1940 la possibilité d’adhérer à la légion des combattants sous Vichy en 1942 et aux associations de pensionnés et de grands invalides créés au lendemain de la Première Guerre mondiale à partir de 1945. Ces associations sont cependant considérées comme celles de victimes et non comme celles d’anciens combattants par « les vrais » anciens combattants.

La mutation des combattants valides en anciens combattants relève d’une seconde législation. Celle qui crée le statut d’ancien combattant. Le décret du 28 juin 1927 définit comme combattants les militaires qui ont reçu une blessure de guerre, ou qui ont été présents pendant trois mois au moins dans une unité combattante dont la liste a été établie.

C’est à l’amicale des anciens du 32ème régiment d’infanterie que nous devons la plaque apposée sur le mur extérieur de la caserne de Tours (Indre-et-Loire) :

«  De cette caserne est parti le 5 septembre 1939 le 32ème régiment d’infanterie, il devait prendre part aux combats de la forêt de Nasserwald et du Grosserwald en septembre 1939, à la défense de la Lauter- novembre 1939 à février 1940

Tergnier-Chany-Gien juin 1940, il sut conserver la glorieuse tradition du régiment ».

C’est l’amicale des 20ème et 22ème régiment de marche de volontaires étrangers (RMVE) qui lance en 1954 une souscription pour l’érection d’un mémorial sur l’ancien site du camp de Barcarès (Pyrénées-Orientales) où furent regroupés les étrangers volontaires de l’armée française. Le 16 mai 1955, le monument inauguré rappelait à l’ensemble des passants :

« Ici se matérialisa, en 1939, la volonté farouche de 10 000 volontaires étrangers de résister à l’envahisseur, conscient du DON de leur vie qu’ils faisaient à la France. Ils constituèrent les 21ème, 22ème et 23ème régiments de marche des volontaires étrangers. »

C’est à l’amicale des anciens combattants du 6ème RI et des 91ème RA et 291 RA que nous devons le monument érigé à Château-Rouge, commune d’Oberdorff (Moselle, en hommage aux 20 volontaires du groupe franc du lieutenant Jean Babelot (6ème RI) tués le 18 février 1940.

Dans le même secteur, c’est l’amicale des anciens combattants de la ligne Maginot, qui se transformera en association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot en 1950, qui appose à Carling (Moselle), dès février 1940 la première plaque dans le cimetière où reposent les premiers combattants tués en septembre 1939 – plaque qui sera remplacée en 1957 par une stèle dédiée : « Aux combattants du Warndt Morts pour la France 1939 ».

Conçus, sur le même modèle : « les anciens de … à leurs camarades de combat tombés le… » c’est près de 150 monuments qui marquent le front éphémère de juin 40.

A Oches (Ardennes) : « Les anciens du 36ème RI à leurs camarades de combat tombés face à l’ennemi en mai-juin 1940 ».

A Téteghem (Nord) :  « le 3ème DI à ses morts glorieux 1939-1945 »

A Tilloy-et-Bellay (Marne) une stèle inaugurée en mai 1980 porte le texte suivant : « Ici le 13 juin 1940 le 2ème BTN 5ème RICMS 6ème DIC héroïque se sacrifice en son ultime combat Souvenez-vous, Tilloy 16 mai 1980 ».

L’inscription, on l’aura constaté, introduit deux innovations : elle invoque le sacrifice des combattants et appelle chacun à se souvenir. L’hommage dépasse ainsi le milieu clos du régiment.

Cette volonté de faire de la mort au combat un sacrifice se retrouve aux Grandes-Armoises (Ardennes) dans l’inscription figurant sur la plaque apposée en 1977 sur l’Eglise du village, ou à Hébécourt (Somme) sur la stèle inaugurée en 1952 : « Aux morts de la 16ème division » et qui comporte en outre une citation de Weygand : « Je leur ai demandé de tenir jusqu’au sacrifice suprême ce qu’ils ont fait. Weygand »

Mais ce sont les onze monuments, stèles et plaques situés à Saumur, Gennes, Fontevraut, Allonnes, Bagneux, Milly (Maine-et-Loire) et Chartres, commémorant les combats des cadets de Saumur, qui mettent le mieux en valeur l’importance de ce sacrifice.

En l’église de Milly, la plaque rappelle que : « Le 19 juin 1940 le 3ème escadron de l’école de cavalerie passa sa veillée d’armes dans cette église avant de prendre part au combat de Gennes. Les cadets de Saumur maintinrent vaillamment les hautes traditions de la cavalerie française. Hommage à ceux qui sont morts en combattant ».

Quai du Roi-René, à Saumur (Maine-et-Loire), la stèle inaugurée le 24 juin 1967 est dédiée :

« A la gloire des cadets de Saumur et de leurs compagnons d’armes qui se sacrifièrent pour l’honneur les 18, 19 et 20 juin 1940 ».

A l’école de cavalerie, une plaque était inaugurée le 23 juin 1946 par Edmond Michelet, ministre des Armées, en présence du général de Lattre de Tassigny : « A la mémoire des héros tombés au mois de juin 1940 autour de l’école pour l’honneur ».

Si ces stèles et plaques se caractérisent généralement par une absence totale de recherche esthétique, quelques-unes, en revanche, expriment un effort de représentation.

Le monument peut alors, par son esthétique, suggérer l’origine commune des soldats tombés au combat. Ainsi, à Tannay (Ardennes), le monument érigé imite les monuments funéraires typiques du Limousin, région dont était originaire la grande majorité des combattants du 93ème groupe de reconnaissance auxquels il est rendu hommage. C’est une tour reposant sur une base carrée. A son sommet, une lanterne des morts en pierre. A Avançon (Ardennes), la stèle représente la carte de France, suggérant ainsi que les combattants morts pour « un coin de terre » étaient venus de tout le pays. Avant d’énumérer tous les régiments qui ont ici compté des morts, elle s’adresse aux enfants :

« Enfants de ce pays vous qui passez, souvenez-vous de ceux qui sont morts pour défendre ce coin de France »

Le monument de la Horgne, toujours dans les Ardennes, est impressionnant. Créé à l’initiative du « Bournous », l’amicale des anciens spahis et inauguré le 14 mai 1950 par Jacques Fourcade, alors président de l’Assemblée de l’Union française, il est long d’une quinzaine de mètres et rend hommage aux spahis morts au champ d’honneur. Son style mauresque rappelle l’origine marocaine des régiments. Dans un cadre de béton, sous un bandeau portant l’inscription : « A la gloire des spahis morts au champ d’honneur », apparaît une frise à arcatures aveugles, divisée en trois arcs en fer à cheval brisé, soutenus par des pieds droits reposant eux-mêmes sur un soubassement horizontal.

Chaque arc dessine une ouverture aveuglée par une dalle de fond. Dans la dalle du milieu et dans le soubassement est gravé, sous une étoile, dans un croissant en bronze émaillé bleu, le texte suivant :

« Ici le 15 mai 1940 la 3ème brigade de spahis montés (2ème algériens et 2ème marocains) s’est sacrifiée pour briser l’avance de la 1ère Division Blindée allemande – Elevé par le « Bournous » en souvenir des Spahis de toutes les unités morts au champ d’honneur sur tous les théâtres d’opérations Algérie, Chine, Crimée, Dahomey, Levant, Indochine, Maroc, Madagascar, Sahara, Soudan, Sénégal, Tchad, Tunisie. Guerres de 1870-71, 1914-1918, 1939-1945 »

Sur les dalles de gauche et de droite figurent les insignes respectifs de deux régiments et, en relief, les inscriptions : Aux morts du 2ème spahis algériens et 2ème spahis marocains.

Mais c’est en souvenir de ce qui s’impose dans la mémoire française comme un premier combat victorieux – celui du corps expéditionnaire de Norvège – que la matérialisation du souvenir réalisée par les amicales est la plus forte.

En 1940, une première stèle de granit portant en français l’inscription « la France à ses fils et à leurs frères d’armes tombés glorieusement en Norvège » est inaugurée sur le site du débarquement des troupes française à Narvik. Popularisée par un timbre français émis en 1952, elle est transférée en 1972 en bordure de la route menant de Narvik à Bjerwick.

En 1950, pour le dixième anniversaire du débarquement, sont créés deux carrés militaires. Quatre mille officiers et soldats alliés, dont 250 soldats français et polonais, tombèrent durant la campagne de Norvège et furent inhumés, pendant les combats, dans 23 communes norvégiennes. En 1949, quarante corps étaient restitués aux familles tandis que les autres étaient regroupés à Narvik et à Namsos. A Narvik, dans le carré militaire français situé à l’intérieur du cimetière communal, reposent, sur une superficie de 540 mètres carrés, 2 125 militaires en tombes individuelles, et 24 en ossuaire. A Namsos, cinq soldats français sont inhumés dans une tombe collective du cimetière communal.

Trois ans plus tard était créé, sous la présidence du général Béthouart, un comité pour la sauvegarde des cimetières et monuments commémoratifs français en Norvège qui prit l’initiative d’élever des stèles sur les lieux de débarquement des troupes françaises et ceux de l’inhumation des combattants. Un ensemble de stèles fut inauguré en juillet 1954. Le cimetière de Narvik s’enrichit alors de quatre monuments : un monument central, croix de granit dédié  « A la mémoire des soldats français morts au champ d’honneur en Norvège » ; une plaque en souvenir des soldats français tombés en Norvège qui ne reposent pas dans ce cimetière, est posée à même le sol, rappelant les noms des 36 combattants inhumés dans ce cimetière avant que les corps fussent rendus à leurs familles ; une seconde plaque « A la mémoire du capitaine de vaisseau Bouan, de ses 128 officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins français du contre-torpilleur Bison, coulé au combat au large des côtes de Norvège, le 3 mai 1940 ».

Désireux de créer en France même un lieu du souvenir, le comité obtient qu’à Paris une place, celle où se trouvait précisément l’ambassade de Norvège, fût nommée place de Narvik. Le 29 mai 1960, Raymond Triboulet dévoilait la plaque de l’ambassade. A l’origine réalisée pour le Mont Valérien, elle symbolise, par un homme immergé dans les eaux, la campagne de Norvège et rappelle simplement : « A la mémoire des forces alliées qui, en mai 1940 réussirent en Norvège, dans la région de Narvik, le premier débarquement et remportèrent une victoire qu’elles reçurent l’ordre de faire échapper. »

Aux côtés des amicales régimentaires d’autres acteurs de mémoire sont à l’œuvre.

L’Etat – en prolongement de son action conduite au lendemain de la Première Guerre mondiale, il organise la gestion des corps des combattants « Morts pour la France ». 60 000 dépouilles sont rendues aux familles et plus de 50 000 sont inhumés dans des nécropoles nationales aux côtés de leurs prédécesseurs de la Grande Guerre ou dans des nécropoles de regroupement construites dans ce but.

Les familles – les plaques et stèles témoignant du sacrifice des « chefs », ont le plus souvent été financées par les familles des défunts et installées très vite après les combats, entre septembre 1940 et 1947. Elles sont fréquemment ornées d’une croix et jalonnent un itinéraire imaginaire et lacunaire allant de la Belgique au Bas-Rhin en passant par la Côte d’Or et l’Allier. La stèle située, la plus au nord a été élevée en Belgique, à Chaumont-Florenne (province de Namur), par la comtesse de Rohan-Chabot, en hommage à son époux : « Ici est tombé le 14 mai 1940 un pilote de chasse français le lieutenant Henry de ROHAN-CHABOT dont la mort glorieuse au combat aérien unit le ciel de France et le ciel de Belgique dans la défense d’une foi commune. Priez pour lui »

Les inscriptions sont en général d’une plus grande sobriété. Elles indiquent toujours le nom et le prénom, le grade, la date où l’officier, « Mort pour la France » est « tombé ». Parfois, l’indication de la profession.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, trois stèles rendent hommage à des officiers morts au combat : à Bas-Lieu (Nord), pour le lieutenant Jean-Louis Ramet, « Mort pour la France » le 16 mai 1940 ; à Hourdain (Pas-de-Calais) rue de la Gare, pour le sergent-chef Pierre Magrot ; au cap Gris-Nez enfin, en hommage au commandant Dacuing dont la tombe se trouve à Audinghen (Pas-de-Calais).

Dans l’Aisne, à Prémontré, pour l’adjudant pilote de chasse Henri Argueyrolles ; à Bohain, rue Pasteur, pour le caporal-chef Charbin, les sergents Laposte et Buricard ; à Parfondru pour le lieutenant Jean Fauchier-Delavigne ; à Variscourt pour le lieutenant Albert Brissard. Des plaques encore, Oigny-en-Valois, Juvigny ou Saint-Sixon. Le texte porté sur une stèle et une plaque à Pinon en hommage à un simple soldat, se fait plus intime et plus précis. La stèle cruciforme en ciment, installée en plein bois, rappelle qu’ « ici est tombé héroïquement le 6 juin 1940 à 21 ans notre très cher fils Paul Bienabe du 7ème BC après avoir tué 18 Allemands »

Comme en écho, André Mocquet a érigé un calvaire à la croisée des routes de Longpont à Chaudun (Aisne) pour remercier la Providence de lui avoir rendu ses quatre fils mobilisés en 1939.

Le Souvenir Français et les communes

Les marques du souvenir créées par les communes ou par Le Souvenir Français sont en général de faible envergure, en général laïque (le symbole religieux est l’exception) et rendent hommage à trois types de morts : les défenseurs de la commune, les victimes militaires ou civiles de bombardements, les victimes de massacres ou de fusillades.

De nombreuses municipalités ou comités du Souvenir Français ont en effet rendu hommage à ceux qui sont morts pour la défense du territoire communal. La dédicace est parfois d’une grande sobriété, comme à Saulieu (Côte-d’Or) :

« Aux défenseurs de Saulieu « Morts pour la France » combats de 16 juin 1940 »

Ou encore à Gien (Loiret) où un monument qui représente les armes de la ville entourées de flammes, a été construit en 1967 sur un pilastre à l’extrémité sud du pont.

« Aux défenseurs de Gien juin 1940 ».

La dédicace peut être plus élogieuse à l’égard des combattants qui ont donné leur vie et exprimer la reconnaissance des habitants comme à Reuves (Marne) où la stèle inaugurée en mai 1954 porte l’inscription :

« La commune de Reuves reconnaissante aux 44 soldats qui ont donné leur vie »

Les communes ont enfin rendu hommage à un troisième type de victimes, celles des massacres. Peu connus aujourd’hui, probablement parce qu’ils furent dépassés en ampleur et en horreur par les drames de l’Occupation et de la Libération, leur souvenir est pourtant perpétué par 25 communes environ dont nous ne citerons que deux exemples.

A Clamecy (Nièvre), sur la route de Surgy, au lieu du massacre à proximité du cimetière où sont inhumés 43 tirailleurs africains s’élève depuis 1948 une pierre sculptée due au sculpteur Pouyaud. L’œuvre a été commandée, jugée et payée par la municipalité. Sur un poteau ressemblant à un totem africain, et portant l’inscription 18 juin 1940 date du massacre, un soldat sénégalais à demi couché. Au pied du corps, un casque. La stèle porte l’inscription  « Ils ont été massacrés par les Allemands 43 soldats français africains ». Elle est entourée d’un parterre de fleurs toujours très bien entretenu. Dans le même département, à La Machine, une petite stèle a été érigée en 1947, face au château des Ecots, à l’endroit où furent fusillés quatre Sénégalais.

A Airaines, dans la Somme, un important monument, inauguré le 7 juin 1965, érigé à l’initiative de l’Association des coloniaux et militaires de toutes les armes ayant servi aux colonies, en accord avec la municipalité, rend hommage  « Au capitaine N’Tchorere mort héroïquement le 7 juin 1940 et à tous les combattants d’Afrique noire qui ont versé leur sang pour la France ». Fait prisonnier par les Allemands le 7 juin, N’Tchorere avait refusé de croiser les bras au-dessus de la tête ainsi que devaient le faire les seuls prisonniers africains et de se laisser isoler des officiers métropolitains. Il fut alors abattu par un officier allemand.

La bataille de la réhabilitation

Si elles laissent aux amicales régimentaires le soin de construire les bases mémorielles du Souvenir, les associations d’anciens combattants donnent à ce souvenir une dimension volontariste – celle de la réhabilitation du soldat de 40. Une phrase pourrait résumer ce partage de rôles, aux amicales le souvenir funéraire aux associations le combat idéologique.

Dans son discours au congrès national de Flandres-Dunkerque, en 1972, c’est le message que fait sien le Ministre des Anciens Combattants :

« Le mérite de « Flandres-Dunkerque 40 » est d’avoir réuni ces hommes en une association puissante et d’avoir largement contribué à une prise de conscience de l’Opinion sur les tragiques événements de 1940 et la vaillance de nos troupes. Je n’en veux pour preuve que le fait que de nombreux conseils municipaux ont décidé de donner à des artères de leurs villes le nom de « Flandres-Dunkerque 1940 ». Olivet aussi, depuis ce matin, possède une rue Flandres-Dunkerque 1940, ce dont je tiens à louer hautement municipalité et population. En reconstituant la vérité historique, votre association vous incite, mes chers camarades, à relever la tête et à remplir mieux encore vos missions. »

La réhabilitation du combattant de 1940 est rapidement devenue l’objectif prioritaire des deux principales associations d’anciens combattants de 1940 : l’Association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot et l’association nationale des anciens combattants Flandres-Dunkerque 40. C’est à travers les publications mais aussi les textes des stèles que s’exprime cette politique volontariste.

L’association nationale Flandres-Dunkerque a édité 17 ouvrages consacrés aux combats de l’armée française en Hollande, en Belgique et dans le Nord de la France. Quant aux rares plaques apposées par l’association, elles ont toutes une vocation pédagogique.

Ainsi à Louzay et Louzy (dans les Deux-Sèvres), deux plaques rendent hommage à des soldats tombés pour la France. Le texte rappelle en final : « Ils ne se battaient que pour sauver l’honneur, Passant inclinez-vous devant tant de grandeur »

La plaque apposée sur la façade de la Voix du Nord, sur la Grand Place de Lille (Nord), le 1er juin 1975 et magnifiant le geste d’un général allemand, apparaît plus significative encore :

« Sur cette place le 1er juin 1940 les honneurs militaires furent rendus par les troupes allemandes aux troupes françaises encerclées dans la poche de Lille et qui durent cesser leurs combats après épuisement de leurs munitions ANAC Flandres-Dunkerque 40 »

De manière similaire l’association des anciens combattants de la ligne Maginot s’est fixée un seul but : la recherche de la vérité sur les combats de 1940 pour réhabiliter le combattant des forteresses de la ligne Maginot.

Elle soutient les efforts des journalistes et historiens, et particulièrement ceux de Roger Bruge qui a consacré à la ligne Maginot une œuvre riche de neuf volumes. Parallèlement à cette activité documentaire, l’association crée ou aide à créer stèles et plaques.

La plaque de bronze apposée à Montigny-Chiers (Meurthe-et-Moselle) le 28 juin 1980 à proximité de l’ouvrage fortifié de Fermont indique les orientations pédagogiques de l’action de l’association  « Aux équipages de la Ligne Maginot livrés à l’adversaire sans avoir été vaincus, jamais je n’oublierai les jours ardents de Fermont. Je suis fier d’avoir commandé cet ouvrage et ses hommes qui ont servi magnifiquement. Il faut que cela se sache… » Capitaine Daniel Aubert « Mort pour la France » en Tunisie le 21.1.1943.

« Vous avez été les premiers résistants » Maurice Plantier, secrétaire d’Etat aux anciens combattants 19 mai 1979.

Cette orientation, qui fait des combattants de la ligne Maginot des combattants tout à la fois invaincus et pionniers de la Résistance, se trouve dans le choix des six premiers lieux du souvenir revendiqués par l’association : Carling, Villy-la-Ferté, Domptail, Puttelange-aux-Lacs, Marckolsheim et Schoenenbourg. Dans chacun de ces lieux, héroïsme et résistance sont valorisés par une pierre du souvenir. Cette politique volontariste de réhabilitation fait du combattant de 40 un véritable résistant.

Une expression qui s’impose dans tous les textes issus des deux associations et que fait sienne le Ministre des Anciens Combattants en 1972 :

« Après le général de Gaulle, après le Maréchal Leclerc, rendons-leur l’hommage qu’ils ont mérité. Et ayons une émouvante pensée pour nos frères d’armes, les combattants de 40, soldats oubliés d’une bataille perdue qui dans des conditions d’infériorité matérielle et numérique écrasantes, ont résisté sans espoir, mais jusqu’au bout. »

Paradoxalement cette réhabilitation s’est achevée par la mise en tourisme des forts de la ligne Maginot.

A partir de 1970, les ouvrages de la ligne Maginot sont vendus aux enchères par les Domaines, le premier fort mis en vente étant celui de Villers-la-Montagne (Meurthe-et-Moselle). Ces ventes dont les médias se firent largement l’écho, et la parution des premiers ouvrages de Roger Bruge, provoquèrent un véritable engouement pour la ligne Maginot. Des particuliers, des communes, des associations surtout décidèrent alors d’acquérir ou de louer ces forts pour les ouvrir au public. Dès 1972, la casemate de Markolsheim (Bas-Rhin) était ouverte, puis ce fut le petit ouvrage du Bambesh (Moselle, 1973) du Hackenberg (Moselle, 1975), du Fermont (Meurthe-et-Moselle). En 1994, quatorze ouvrages sont ouverts au public dont la visite draine chaque année près de 200 000 visiteurs découvrant l’architecture militaire intérieure des forts, mais aussi l’extérieur, empruntant de véritables chemins touristiques aménagés, comme au Hackenberg (1992). La visite comprend très souvent un musée d’armes et d’équipements militaires, comme celui qu’aménage l’association Soldats de France UNG au fort d’Hestroff (Moselle) et qui est appelé à devenir le musée « Fort aux fresques de l’ouvrage du Bois de Bousse. Enfin, un lieu de souvenir des combats est généralement adjoint au musée.

L’association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot a tenté de fédérer, sans grand succès, outre les associations et amicales que nous avons déjà énumérées, les associations d’Amis de la ligne Maginot du Nord-Est.

L’élément essentiel de toute visite guidée des forts est le récit de la résistance opposée par les combattants des forteresses aux troupes allemandes. Cet élément se trouve au cœur des monuments commémoratifs qui se multiplient depuis une vingtaine d’années. Ainsi en juin 1975, une plaque était apposée sur un blockhaus de l’avancée d’Holving (Moselle) « 41ème RMCIC 51ème RMIC A nos morts, à tous ceux qui le 14 juin 1940 repoussèrent tous les assauts et qui du 15 au 22 juin 1940 conservèrent jusqu’au bout leur ascendant sur l’ennemi ». En juillet 1980, un mois après le dévoilement de la stèle devant le Fermont, une stèle, financée par une association de défense du patrimoine militaire, était érigé au Hackenberg (Moselle) à la mémoire des troupes britanniques ayant combattu sur la ligne Maginot et des équipages français des ouvrages et des casemates d’intervalles. En 1986, c’était une plaque sur la façade du bloc nord du petit ouvrage du Bambesh (Moselle). En 1990, dans le cadre des cérémonies commémoratives du cinquantième anniversaire de la bataille de France, une stèle était inaugurée au fort de Schoenenbourg (Bas-Rhin) où en mai 1993 étaient dévoilées deux plaques, en hommage à André Maginot et au commandant Reynier.

Lieux de tourisme, certains de ces forts deviennent de véritables sanctuaires. La casemate de Marckolsheim (Bas-Rhin) est ainsi devenue le mémorial de la ligne Maginot, avec l’installation d’une chapelle du souvenir dans la chambre de tir Est, et l’apposition d’une série de plaques dont la première rappelle  « Ici le 16 juin est mort pour la France le caporal-chef Gardet »

Un buste d’André Maginot (1871-1932), inauguré le 15 juin 1975, rend hommage au fondateur de la ligne qui porte son nom.

L’engouement pour la ligne Maginot est devenu tel que la fédération mosellane des déportés (UNADIF) l’a utilisé pour renforcer un lieu du souvenir de la déportation. A Longeville-lès-Saint-Avold (Moselle), un mémorial, portant une croix de Lorraine sculptée dans la pierre, rend hommage « Aux résistants et aux déportés, 1939-1945, leur chemin a été celui des sacrifices ». Une plaque métallique complète cet hommage en rappelant la rafle suivie de la déportation dont la commune fut le théâtre le 3 juin 1944. Une cloche de la ligne Maginot a été installée derrière le monument, lui donnant la forme d’un blockhaus. Inauguré le 22 octobre 1978 par Maurice Plantier, ministre des Anciens combattants, ce mémorial illustre une inversion de tendance : les combats de la ligne Maginot renforcent désormais les messages de la Résistance.

La bataille de la réconciliation franco-allemande

Acteurs majeurs de la bataille de la réhabilitation, les associations d’anciens combattants de 1940 laissèrent aux amicales le soin de conduire une quatrième bataille, celle de la réconciliation.

Le 27 mai 1962, huit mois avant la signature du traité de coopération franco-allemande du 22 janvier 1963, était inaugurée à Stonne, dans les Ardennes, la première stèle de la réconciliation : une simple croix en béton portant sculptées, deux mains qui se serrent, celles des ennemis d’hier, un écusson régimentaire et l’inscription  « 16ème inf.div. Allemagne Mai 1962 »

Les élus du département, les responsables de la Fédération des amicales régimentaires d’anciens combattants (FARAC), de l’Amicale de la 3ème DIM et de la 3ème DCR qui s’étaient opposés sur le champ de bataille furent présents à l’inauguration. Trente ans plus tard, lors des cérémonies présidées par Louis Mexandeau, ministre des Anciens Combattants, le maire de Vouziers (Ardennes) rappelait qu’un tel monument n’allait pas de soi : son identification « contestée au départ, a été voulue par une équipe déterminée qui l’a conçu à la dimension d’un coffre de voiture pour être facilement transporté puis discrètement dressé là où il est depuis trente ans. Le chêne planté à l’inauguration le 27 mai 1962, a été souvent arraché. Le 7ème replanté a résisté. Il est témoin d’une fraternité admise ».

Cette stèle complète en quelque sorte un ensemble de deux stèles, érigées à l’initiative de la Fédération des amicales régimentaires et d’anciens combattants (FARAC), et situées à deux endroits différents, rendent hommage aux combattants du 67ème RI  « En hommage aux héroïques combattants du 67ème RI Stonne 14 mai 25 mai 1940. Aux officiers, sous-officiers et soldats de la 7ème Cie du 6ème RI héroïquement tombés en ce lieu lors des sanglants combats du 23 mai 1940 ».

Cette fraternité se retrouve dans deux autres sites. A Trosly-Loire (Aisne), une pierre a été posée en 1963 en mémoire des combats de 1940, portant une inscription bilingue  « Zum Gedenken Aller Hier gefallenen aus thren opfern Wuchs unsere Freundschaft – A la mémoire de tous les camarades tombés en ce lieu Notre amitié est née de leur sacrifice 9ème régiment 72ème inf. de zouave Division janvier 1940. »

Cette initiative de l’Amicale des anciens combattants du 9ème zouaves suscita bien des interrogations.

En Moselle et en Sarre, de part et d’autre de la frontière, deux monuments commémoratifs jumeaux rappellent l’offensive de la Warndt. Celui d’Ormersviller a été élevé par l’Amicale des anciens du 151ème RI, tandis que son homologue allemand, à Brenschelbach est dû à l’Amicale du 127ème RI. Dans cette dernière commune a été planté en 1984, près du monument aux Morts, un « marronnier de la réconciliation ».

A Ormesrsviller, une croix formée d’éclats d’obus soudés, ramassés sur les lieux des combats de l’automne 1939, a été installée dans la chapelle Saint-Joseph, le 15 juin 1991. Un texte où Allemands et Français sont entrelacés témoigne que l’heure est venue de la réconciliation : « A nos morts – Unseren Gefallemen 32ème régiment d’infanterie Tours 1-Grenz. Inf. Rgt 127 Zweibrücken Hier adversaires Aujourd’hui amis Damais Gegner -Heute Freunde En souvenir des combats automne 1939 Zur Erinnerung an die Gefechte Herbst 1939 »

C’est cependant sur un autre champ de bataille qu’intervint l’initiative la plus novatrice. Le 2 juin 1990 était inauguré à Huppy (Somme), dans le cadre du cinquantième anniversaire de la bataille d’Abbeville, un monument faisant du souvenir de la Bataille de France un élément de la construction européenne.

Mais l’hommage aux morts est pour la première fois en France rendu à tous les combattants français, anglais et allemands tués sur le champ de bataille. La reproduction de trois casques, le casque allemand figurant sur un monument pour la première fois en France symbolise cette union dans la mort. C’est ensuite un monument gaullien, puisque deux textes rappellent l’action du général de Gaulle, en 1940 et 1958  « Le 28 mai 1940 le général de Gaulle commandant la IVème division cuirassée passe à l’attaque et réduit la tête de pont d’Abbeville. En 1958 Charles de Gaulle, Président de la République, scelle avec le chancelier Adenauer la réconciliation franco-allemande fond l’avenir de l’Europe. »

Les deux dernières lignes de l’inscription, font enfin de ce monument un monument européen, d’autant qu’y sont sculptées les étoiles du drapeau de l’Europe. Lors de son inauguration, le recteur Mallet déclarait, en présence du ministre Jacques Pelletier  « Les peuples européens, enfin conscients de l’inutile horreur des guerres, non seulement acceptent mais préconisent les responsabilités internationales partagées qu’aucun d’entre eux ne saurait affronter seul. »

Rompant ainsi avec le schéma classique du souvenir combattant, le monument de Huppy transcende la défaite en inscrivant le souvenir des combats de 1940 dans le cadre d’une nouvelle identité européenne. Pour cela, il choisit dans le destin gaullien le 28 mai 1940 et non le 18 juin, acte fondateur du gaullisme.

Rien d’étonnant à ce que le créateur n’en soit ni une amicale régimentaire, ni une association d’anciens combattants, mais une association d’historiens et de collectionneurs de militaria.

Cette initiative annonçait la disparition des amicales et des associations d’anciens combattants !

A travers ces quatre batailles, c’est un véritable partage de terrain entre associations et amicales régimentaires. Aux associations le combat pour les droits et la réhabilitation qui en constituent le socle, aux amicales le combat pour le souvenir et la réconciliation.

Alors qu’associations et amicales ont disparu, ce partage ouvre le champ d’une réflexion sur ce qui pourrait être une spécificité du monde combattant de 1940.


[1] Antoine Prost, Les Anciens Combattants de la Société française 1914/1939, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 3 volumes, 1977.

[2] Une partie des textes sur les monuments et stèles sont issus de l’ouvrage « Passant souviens toi, Les lieux du souvenir de la Seconde Guerre mondiale en France », édité chez Plon en 1995 et co-signé par Annette Wieviorka et Serge Barcellini.

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On aime on soutient

6 juillet 2021

« Les associations d’anciens combattants de 1940 », intervention de Serge Barcellini au colloque organisé à Lyon en 2014 sous le titre Le syndrome de 1940 : un trou noir mémoriel.

Si les associations d’anciens combattants de la Grande Guerre ont trouvé leur historien en la personne d’Antoine Prost [1], si celles de la Résistance suscitent des intérêts permanents, les associations d’anciens combattants de 1940 restent encore un continent historique à découvrir.

Cette absence d’intérêt n’a d’égal que le peu de place qui leur fût réservée dans le monde combattant durant les sept dernières décennies.

Les associations des anciens combattants de 40 furent en effet très marginalisées et pourtant elles jouèrent un rôle non négligeable dans la création de la mémoire d’une page d’histoire refoulée de notre nation.

Cette intervention se contentera, dès lors, d’ouvrir quelques pistes qui favoriseront de futures recherches.

C’est donc autour de quatre « batailles » que conduisent en partie ces associations, que sera centré ce propos.

  • La reconnaissance en qualité de combattant ;
  • La création des bases mémorielles du souvenir ;
  • La réhabilitation des combattants de 40 ;
  • La réconciliation franco-allemande.

La bataille de la reconnaissance

Dès le combat terminé, les combattants de 40, lorsqu’ils n’étaient pas prisonniers, ont eu le désir de se regrouper en amicales. L’amicale régimentaire est en effet la base principale de la sociabilité du monde combattant. Elle fût même longtemps (de 1870 à 1920) la base majoritaire de ces regroupements. L’amicale régimentaire, regroupe les combattants d’un même régiment ou d’un même territoire de combat.

Pour les combats de 40 sont créées, dès la fin de l’année 1940, les amicales de Narvik et de l’Armée des Alpes, ces deux amicales seront dissoutes en 1942 par le gouvernement de Vichy qui tente de regrouper l’essentiel du monde combattant dans une structure unique : la Légion des combattants. En 1945, l’amicale de Narvik est recréée, elle est rejointe en 1945 par l’amicale de Namsos et par celle de Flandres-Dunkerque et par l’amicale de la ligne Maginot, l’amicale de l’Armées des Alpes ne réapparaissant pas.

Une carte du combattant est délivrée à tous les anciens militaires qui remplissent ces conditions. Seuls les titulaires de la carte auront droit aux avantages de l’Office du combattant, ancêtre de l’ONAC. La loi de finances du 16 avril 1930 institue un nouveau droit lié à possession de la carte, le droit à la retraite du combattant.

La durée nécessaire : trois mois – résumés en 90 jours- rend inaccessible ce droit à tous les combattants de 40. Cette guerre n’a pas duré 90 jours ! Seuls les prisonniers de guerre dont le temps de captivité est pris en compte, pour ceux qui n’ont pas eu l’idée de s’évader avant 90 jours, sont reconnus rapidement comme ancien combattant, en 1945.

Dès lors les associations de 40, et plus spécialement celle de Flandres-Dunkerque s’engagent dans la bataille de la reconnaissance. Afin de la gagner, l’association favorise la création en 1951 d’un comité d’entente regroupant plusieurs associations : le CEFI (qui regroupe les combattants du corps expéditionnaire d’Italie), Rhin et Danube (qui regroupe les combattants de la 1ère armée), la 2ème DB, l’Association des Français Libres et l’ANCVR (Association nationale des combattants volontaires de la Résistance). Chacune de ces associations lutte pour l’élargissement de sa base d’adhérents.

En 1952, le comité d’entente emporte la victoire dite des « bonifications ». Le Ministère des anciens combattants accepte d’attribuer pour les combattants qui se sont illustrés sur les territoires de recrutement de ces associations, un coefficient multiplicateur : 1 jour de combat équivaut à 6 jours. Dès lors : 15 jours de combat correspondent à 90 jours et justifient l’attribution de la carte du combattant. Cette victoire permet à l’association Flandres-Dunkerque de connaître un formidable développement. En 1968, elle rassemble 40 000 adhérents et 59 sections départementales.

L’absence d’une association regroupant les combattants de l’armée des Alpes – deux associations concurrentes seront créées en 1974 et 1983, laissent les combattants de cette armée en dehors des bonifications. Les anciens de cette armée ne bénéficieront du droit à la carte de combattant qu’en 1993.

La bataille du souvenir [2]

Trop mobilisé par la bataille menée pour les droits, les associations d’anciens combattants de 40 laissent à d’autres le soin de constituer le socle matériel du souvenir des combats et de leurs combattants.

Ce sont les amicales régimentaires qui sont à la manœuvre.

L’amicale régimentaire a pour objectif de développer les liens amicaux entre ses membres et d’entretenir le souvenir.

Depuis les années 1920, ces structures ne sont cependant plus celles qui représentent le monde combattant. L’association d’Anciens combattants s’est en effet imposée dans le paysage associatif français. Si la sociabilité est un des axes forts de ces associations, les batailles pour les droits en est le moteur essentiel.

En 1949, l’amicale de Flandres-Dunkerque se transforme en association d’anciens combattants sous la conduite d’un président volontariste, M. Nizzi, que le Ministre des anciens combattants saluait au Congrès national de Flandres-Dunkerque en 1972, de la manière suivante :

« De cela je tiens aujourd’hui à vous remercier tous, dirigeants et militants de « Flandres-Dunkerque 40 », me souvenant, à propos de la définition d’un de mes prédécesseurs : « une équipe de copains avec un patron à sa tête ». Le patron c’est vous, mon cher Nizzi dont j’ai appris à connaître et à estimer le dynamisme souriant et flegmatique, le dévouement sans borne au service de votre association et aussi l’intransigeance avec laquelle vous défendez les valeurs morales dont vous avez fait votre ligne de conduite, tout au long de votre vie. Vous me le disiez récemment encore : « A Flandres-Dunkerque 40 » les valeurs morales doivent passer avant tout ». Et comme vous avez raison, mon Nizzi. Il est en effet des valeurs fondamentales, des préférences traditionnelles en matière de patriotisme et de civisme qui s’avèrent absolument indispensables à la survie de toute société d’hommes libres. »

Ce qui différencie l’amicale régimentaire de l’association d’anciens combattants c’est la détention d’un statut par chacun de ses membres.

Etre ancien combattant relève d’un statut national reconnu par l’Etat ou plutôt de deux statuts.

Le premier concerne d’abord les invalides de guerre. Le statut de pensionné d’invalidité de guerre a été créé par la loi de 1831 qui a défini les blessures et maladies imputables au service ainsi que la notion de gravité et d’imputabilité. Ce texte a été complété par la loi du 9 décembre 1916 qui a défini la durée nécessaire à la présence sous les drapeaux pour pouvoir bénéficier de cette imputabilité : – 60 jours, ainsi que de la gravité de la blessure ou de la maladie ouvrant droits à pension.

Cette première loi ouvre aux combattants de 1940 la possibilité d’adhérer à la légion des combattants sous Vichy en 1942 et aux associations de pensionnés et de grands invalides créés au lendemain de la Première Guerre mondiale à partir de 1945. Ces associations sont cependant considérées comme celles de victimes et non comme celles d’anciens combattants par « les vrais » anciens combattants.

La mutation des combattants valides en anciens combattants relève d’une seconde législation. Celle qui crée le statut d’ancien combattant. Le décret du 28 juin 1927 définit comme combattants les militaires qui ont reçu une blessure de guerre, ou qui ont été présents pendant trois mois au moins dans une unité combattante dont la liste a été établie.

C’est à l’amicale des anciens du 32ème régiment d’infanterie que nous devons la plaque apposée sur le mur extérieur de la caserne de Tours (Indre-et-Loire) :

«  De cette caserne est parti le 5 septembre 1939 le 32ème régiment d’infanterie, il devait prendre part aux combats de la forêt de Nasserwald et du Grosserwald en septembre 1939, à la défense de la Lauter- novembre 1939 à février 1940

Tergnier-Chany-Gien juin 1940, il sut conserver la glorieuse tradition du régiment ».

C’est l’amicale des 20ème et 22ème régiment de marche de volontaires étrangers (RMVE) qui lance en 1954 une souscription pour l’érection d’un mémorial sur l’ancien site du camp de Barcarès (Pyrénées-Orientales) où furent regroupés les étrangers volontaires de l’armée française. Le 16 mai 1955, le monument inauguré rappelait à l’ensemble des passants :

« Ici se matérialisa, en 1939, la volonté farouche de 10 000 volontaires étrangers de résister à l’envahisseur, conscient du DON de leur vie qu’ils faisaient à la France. Ils constituèrent les 21ème, 22ème et 23ème régiments de marche des volontaires étrangers. »

C’est à l’amicale des anciens combattants du 6ème RI et des 91ème RA et 291 RA que nous devons le monument érigé à Château-Rouge, commune d’Oberdorff (Moselle, en hommage aux 20 volontaires du groupe franc du lieutenant Jean Babelot (6ème RI) tués le 18 février 1940.

Dans le même secteur, c’est l’amicale des anciens combattants de la ligne Maginot, qui se transformera en association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot en 1950, qui appose à Carling (Moselle), dès février 1940 la première plaque dans le cimetière où reposent les premiers combattants tués en septembre 1939 – plaque qui sera remplacée en 1957 par une stèle dédiée : « Aux combattants du Warndt Morts pour la France 1939 ».

Conçus, sur le même modèle : « les anciens de … à leurs camarades de combat tombés le… » c’est près de 150 monuments qui marquent le front éphémère de juin 40.

A Oches (Ardennes) : « Les anciens du 36ème RI à leurs camarades de combat tombés face à l’ennemi en mai-juin 1940 ».

A Téteghem (Nord) :  « le 3ème DI à ses morts glorieux 1939-1945 »

A Tilloy-et-Bellay (Marne) une stèle inaugurée en mai 1980 porte le texte suivant : « Ici le 13 juin 1940 le 2ème BTN 5ème RICMS 6ème DIC héroïque se sacrifice en son ultime combat Souvenez-vous, Tilloy 16 mai 1980 ».

L’inscription, on l’aura constaté, introduit deux innovations : elle invoque le sacrifice des combattants et appelle chacun à se souvenir. L’hommage dépasse ainsi le milieu clos du régiment.

Cette volonté de faire de la mort au combat un sacrifice se retrouve aux Grandes-Armoises (Ardennes) dans l’inscription figurant sur la plaque apposée en 1977 sur l’Eglise du village, ou à Hébécourt (Somme) sur la stèle inaugurée en 1952 : « Aux morts de la 16ème division » et qui comporte en outre une citation de Weygand : « Je leur ai demandé de tenir jusqu’au sacrifice suprême ce qu’ils ont fait. Weygand »

Mais ce sont les onze monuments, stèles et plaques situés à Saumur, Gennes, Fontevraut, Allonnes, Bagneux, Milly (Maine-et-Loire) et Chartres, commémorant les combats des cadets de Saumur, qui mettent le mieux en valeur l’importance de ce sacrifice.

En l’église de Milly, la plaque rappelle que : « Le 19 juin 1940 le 3ème escadron de l’école de cavalerie passa sa veillée d’armes dans cette église avant de prendre part au combat de Gennes. Les cadets de Saumur maintinrent vaillamment les hautes traditions de la cavalerie française. Hommage à ceux qui sont morts en combattant ».

Quai du Roi-René, à Saumur (Maine-et-Loire), la stèle inaugurée le 24 juin 1967 est dédiée :

« A la gloire des cadets de Saumur et de leurs compagnons d’armes qui se sacrifièrent pour l’honneur les 18, 19 et 20 juin 1940 ».

A l’école de cavalerie, une plaque était inaugurée le 23 juin 1946 par Edmond Michelet, ministre des Armées, en présence du général de Lattre de Tassigny : « A la mémoire des héros tombés au mois de juin 1940 autour de l’école pour l’honneur ».

Si ces stèles et plaques se caractérisent généralement par une absence totale de recherche esthétique, quelques-unes, en revanche, expriment un effort de représentation.

Le monument peut alors, par son esthétique, suggérer l’origine commune des soldats tombés au combat. Ainsi, à Tannay (Ardennes), le monument érigé imite les monuments funéraires typiques du Limousin, région dont était originaire la grande majorité des combattants du 93ème groupe de reconnaissance auxquels il est rendu hommage. C’est une tour reposant sur une base carrée. A son sommet, une lanterne des morts en pierre. A Avançon (Ardennes), la stèle représente la carte de France, suggérant ainsi que les combattants morts pour « un coin de terre » étaient venus de tout le pays. Avant d’énumérer tous les régiments qui ont ici compté des morts, elle s’adresse aux enfants :

« Enfants de ce pays vous qui passez, souvenez-vous de ceux qui sont morts pour défendre ce coin de France »

Le monument de la Horgne, toujours dans les Ardennes, est impressionnant. Créé à l’initiative du « Bournous », l’amicale des anciens spahis et inauguré le 14 mai 1950 par Jacques Fourcade, alors président de l’Assemblée de l’Union française, il est long d’une quinzaine de mètres et rend hommage aux spahis morts au champ d’honneur. Son style mauresque rappelle l’origine marocaine des régiments. Dans un cadre de béton, sous un bandeau portant l’inscription : « A la gloire des spahis morts au champ d’honneur », apparaît une frise à arcatures aveugles, divisée en trois arcs en fer à cheval brisé, soutenus par des pieds droits reposant eux-mêmes sur un soubassement horizontal.

Chaque arc dessine une ouverture aveuglée par une dalle de fond. Dans la dalle du milieu et dans le soubassement est gravé, sous une étoile, dans un croissant en bronze émaillé bleu, le texte suivant :

« Ici le 15 mai 1940 la 3ème brigade de spahis montés (2ème algériens et 2ème marocains) s’est sacrifiée pour briser l’avance de la 1ère Division Blindée allemande – Elevé par le « Bournous » en souvenir des Spahis de toutes les unités morts au champ d’honneur sur tous les théâtres d’opérations Algérie, Chine, Crimée, Dahomey, Levant, Indochine, Maroc, Madagascar, Sahara, Soudan, Sénégal, Tchad, Tunisie. Guerres de 1870-71, 1914-1918, 1939-1945 »

Sur les dalles de gauche et de droite figurent les insignes respectifs de deux régiments et, en relief, les inscriptions : Aux morts du 2ème spahis algériens et 2ème spahis marocains.

Mais c’est en souvenir de ce qui s’impose dans la mémoire française comme un premier combat victorieux – celui du corps expéditionnaire de Norvège – que la matérialisation du souvenir réalisée par les amicales est la plus forte.

En 1940, une première stèle de granit portant en français l’inscription « la France à ses fils et à leurs frères d’armes tombés glorieusement en Norvège » est inaugurée sur le site du débarquement des troupes française à Narvik. Popularisée par un timbre français émis en 1952, elle est transférée en 1972 en bordure de la route menant de Narvik à Bjerwick.

En 1950, pour le dixième anniversaire du débarquement, sont créés deux carrés militaires. Quatre mille officiers et soldats alliés, dont 250 soldats français et polonais, tombèrent durant la campagne de Norvège et furent inhumés, pendant les combats, dans 23 communes norvégiennes. En 1949, quarante corps étaient restitués aux familles tandis que les autres étaient regroupés à Narvik et à Namsos. A Narvik, dans le carré militaire français situé à l’intérieur du cimetière communal, reposent, sur une superficie de 540 mètres carrés, 2 125 militaires en tombes individuelles, et 24 en ossuaire. A Namsos, cinq soldats français sont inhumés dans une tombe collective du cimetière communal.

Trois ans plus tard était créé, sous la présidence du général Béthouart, un comité pour la sauvegarde des cimetières et monuments commémoratifs français en Norvège qui prit l’initiative d’élever des stèles sur les lieux de débarquement des troupes françaises et ceux de l’inhumation des combattants. Un ensemble de stèles fut inauguré en juillet 1954. Le cimetière de Narvik s’enrichit alors de quatre monuments : un monument central, croix de granit dédié  « A la mémoire des soldats français morts au champ d’honneur en Norvège » ; une plaque en souvenir des soldats français tombés en Norvège qui ne reposent pas dans ce cimetière, est posée à même le sol, rappelant les noms des 36 combattants inhumés dans ce cimetière avant que les corps fussent rendus à leurs familles ; une seconde plaque « A la mémoire du capitaine de vaisseau Bouan, de ses 128 officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins français du contre-torpilleur Bison, coulé au combat au large des côtes de Norvège, le 3 mai 1940 ».

Désireux de créer en France même un lieu du souvenir, le comité obtient qu’à Paris une place, celle où se trouvait précisément l’ambassade de Norvège, fût nommée place de Narvik. Le 29 mai 1960, Raymond Triboulet dévoilait la plaque de l’ambassade. A l’origine réalisée pour le Mont Valérien, elle symbolise, par un homme immergé dans les eaux, la campagne de Norvège et rappelle simplement : « A la mémoire des forces alliées qui, en mai 1940 réussirent en Norvège, dans la région de Narvik, le premier débarquement et remportèrent une victoire qu’elles reçurent l’ordre de faire échapper. »

Aux côtés des amicales régimentaires d’autres acteurs de mémoire sont à l’œuvre.

L’Etat – en prolongement de son action conduite au lendemain de la Première Guerre mondiale, il organise la gestion des corps des combattants « Morts pour la France ». 60 000 dépouilles sont rendues aux familles et plus de 50 000 sont inhumés dans des nécropoles nationales aux côtés de leurs prédécesseurs de la Grande Guerre ou dans des nécropoles de regroupement construites dans ce but.

Les familles – les plaques et stèles témoignant du sacrifice des « chefs », ont le plus souvent été financées par les familles des défunts et installées très vite après les combats, entre septembre 1940 et 1947. Elles sont fréquemment ornées d’une croix et jalonnent un itinéraire imaginaire et lacunaire allant de la Belgique au Bas-Rhin en passant par la Côte d’Or et l’Allier. La stèle située, la plus au nord a été élevée en Belgique, à Chaumont-Florenne (province de Namur), par la comtesse de Rohan-Chabot, en hommage à son époux : « Ici est tombé le 14 mai 1940 un pilote de chasse français le lieutenant Henry de ROHAN-CHABOT dont la mort glorieuse au combat aérien unit le ciel de France et le ciel de Belgique dans la défense d’une foi commune. Priez pour lui »

Les inscriptions sont en général d’une plus grande sobriété. Elles indiquent toujours le nom et le prénom, le grade, la date où l’officier, « Mort pour la France » est « tombé ». Parfois, l’indication de la profession.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, trois stèles rendent hommage à des officiers morts au combat : à Bas-Lieu (Nord), pour le lieutenant Jean-Louis Ramet, « Mort pour la France » le 16 mai 1940 ; à Hourdain (Pas-de-Calais) rue de la Gare, pour le sergent-chef Pierre Magrot ; au cap Gris-Nez enfin, en hommage au commandant Dacuing dont la tombe se trouve à Audinghen (Pas-de-Calais).

Dans l’Aisne, à Prémontré, pour l’adjudant pilote de chasse Henri Argueyrolles ; à Bohain, rue Pasteur, pour le caporal-chef Charbin, les sergents Laposte et Buricard ; à Parfondru pour le lieutenant Jean Fauchier-Delavigne ; à Variscourt pour le lieutenant Albert Brissard. Des plaques encore, Oigny-en-Valois, Juvigny ou Saint-Sixon. Le texte porté sur une stèle et une plaque à Pinon en hommage à un simple soldat, se fait plus intime et plus précis. La stèle cruciforme en ciment, installée en plein bois, rappelle qu’ « ici est tombé héroïquement le 6 juin 1940 à 21 ans notre très cher fils Paul Bienabe du 7ème BC après avoir tué 18 Allemands »

Comme en écho, André Mocquet a érigé un calvaire à la croisée des routes de Longpont à Chaudun (Aisne) pour remercier la Providence de lui avoir rendu ses quatre fils mobilisés en 1939.

Le Souvenir Français et les communes

Les marques du souvenir créées par les communes ou par Le Souvenir Français sont en général de faible envergure, en général laïque (le symbole religieux est l’exception) et rendent hommage à trois types de morts : les défenseurs de la commune, les victimes militaires ou civiles de bombardements, les victimes de massacres ou de fusillades.

De nombreuses municipalités ou comités du Souvenir Français ont en effet rendu hommage à ceux qui sont morts pour la défense du territoire communal. La dédicace est parfois d’une grande sobriété, comme à Saulieu (Côte-d’Or) :

« Aux défenseurs de Saulieu « Morts pour la France » combats de 16 juin 1940 »

Ou encore à Gien (Loiret) où un monument qui représente les armes de la ville entourées de flammes, a été construit en 1967 sur un pilastre à l’extrémité sud du pont.

« Aux défenseurs de Gien juin 1940 ».

La dédicace peut être plus élogieuse à l’égard des combattants qui ont donné leur vie et exprimer la reconnaissance des habitants comme à Reuves (Marne) où la stèle inaugurée en mai 1954 porte l’inscription :

« La commune de Reuves reconnaissante aux 44 soldats qui ont donné leur vie »

Les communes ont enfin rendu hommage à un troisième type de victimes, celles des massacres. Peu connus aujourd’hui, probablement parce qu’ils furent dépassés en ampleur et en horreur par les drames de l’Occupation et de la Libération, leur souvenir est pourtant perpétué par 25 communes environ dont nous ne citerons que deux exemples.

A Clamecy (Nièvre), sur la route de Surgy, au lieu du massacre à proximité du cimetière où sont inhumés 43 tirailleurs africains s’élève depuis 1948 une pierre sculptée due au sculpteur Pouyaud. L’œuvre a été commandée, jugée et payée par la municipalité. Sur un poteau ressemblant à un totem africain, et portant l’inscription 18 juin 1940 date du massacre, un soldat sénégalais à demi couché. Au pied du corps, un casque. La stèle porte l’inscription  « Ils ont été massacrés par les Allemands 43 soldats français africains ». Elle est entourée d’un parterre de fleurs toujours très bien entretenu. Dans le même département, à La Machine, une petite stèle a été érigée en 1947, face au château des Ecots, à l’endroit où furent fusillés quatre Sénégalais.

A Airaines, dans la Somme, un important monument, inauguré le 7 juin 1965, érigé à l’initiative de l’Association des coloniaux et militaires de toutes les armes ayant servi aux colonies, en accord avec la municipalité, rend hommage  « Au capitaine N’Tchorere mort héroïquement le 7 juin 1940 et à tous les combattants d’Afrique noire qui ont versé leur sang pour la France ». Fait prisonnier par les Allemands le 7 juin, N’Tchorere avait refusé de croiser les bras au-dessus de la tête ainsi que devaient le faire les seuls prisonniers africains et de se laisser isoler des officiers métropolitains. Il fut alors abattu par un officier allemand.

La bataille de la réhabilitation

Si elles laissent aux amicales régimentaires le soin de construire les bases mémorielles du Souvenir, les associations d’anciens combattants donnent à ce souvenir une dimension volontariste – celle de la réhabilitation du soldat de 40. Une phrase pourrait résumer ce partage de rôles, aux amicales le souvenir funéraire aux associations le combat idéologique.

Dans son discours au congrès national de Flandres-Dunkerque, en 1972, c’est le message que fait sien le Ministre des Anciens Combattants :

« Le mérite de « Flandres-Dunkerque 40 » est d’avoir réuni ces hommes en une association puissante et d’avoir largement contribué à une prise de conscience de l’Opinion sur les tragiques événements de 1940 et la vaillance de nos troupes. Je n’en veux pour preuve que le fait que de nombreux conseils municipaux ont décidé de donner à des artères de leurs villes le nom de « Flandres-Dunkerque 1940 ». Olivet aussi, depuis ce matin, possède une rue Flandres-Dunkerque 1940, ce dont je tiens à louer hautement municipalité et population. En reconstituant la vérité historique, votre association vous incite, mes chers camarades, à relever la tête et à remplir mieux encore vos missions. »

La réhabilitation du combattant de 1940 est rapidement devenue l’objectif prioritaire des deux principales associations d’anciens combattants de 1940 : l’Association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot et l’association nationale des anciens combattants Flandres-Dunkerque 40. C’est à travers les publications mais aussi les textes des stèles que s’exprime cette politique volontariste.

L’association nationale Flandres-Dunkerque a édité 17 ouvrages consacrés aux combats de l’armée française en Hollande, en Belgique et dans le Nord de la France. Quant aux rares plaques apposées par l’association, elles ont toutes une vocation pédagogique.

Ainsi à Louzay et Louzy (dans les Deux-Sèvres), deux plaques rendent hommage à des soldats tombés pour la France. Le texte rappelle en final : « Ils ne se battaient que pour sauver l’honneur, Passant inclinez-vous devant tant de grandeur »

La plaque apposée sur la façade de la Voix du Nord, sur la Grand Place de Lille (Nord), le 1er juin 1975 et magnifiant le geste d’un général allemand, apparaît plus significative encore :

« Sur cette place le 1er juin 1940 les honneurs militaires furent rendus par les troupes allemandes aux troupes françaises encerclées dans la poche de Lille et qui durent cesser leurs combats après épuisement de leurs munitions ANAC Flandres-Dunkerque 40 »

De manière similaire l’association des anciens combattants de la ligne Maginot s’est fixée un seul but : la recherche de la vérité sur les combats de 1940 pour réhabiliter le combattant des forteresses de la ligne Maginot.

Elle soutient les efforts des journalistes et historiens, et particulièrement ceux de Roger Bruge qui a consacré à la ligne Maginot une œuvre riche de neuf volumes. Parallèlement à cette activité documentaire, l’association crée ou aide à créer stèles et plaques.

La plaque de bronze apposée à Montigny-Chiers (Meurthe-et-Moselle) le 28 juin 1980 à proximité de l’ouvrage fortifié de Fermont indique les orientations pédagogiques de l’action de l’association  « Aux équipages de la Ligne Maginot livrés à l’adversaire sans avoir été vaincus, jamais je n’oublierai les jours ardents de Fermont. Je suis fier d’avoir commandé cet ouvrage et ses hommes qui ont servi magnifiquement. Il faut que cela se sache… » Capitaine Daniel Aubert « Mort pour la France » en Tunisie le 21.1.1943.

« Vous avez été les premiers résistants » Maurice Plantier, secrétaire d’Etat aux anciens combattants 19 mai 1979.

Cette orientation, qui fait des combattants de la ligne Maginot des combattants tout à la fois invaincus et pionniers de la Résistance, se trouve dans le choix des six premiers lieux du souvenir revendiqués par l’association : Carling, Villy-la-Ferté, Domptail, Puttelange-aux-Lacs, Marckolsheim et Schoenenbourg. Dans chacun de ces lieux, héroïsme et résistance sont valorisés par une pierre du souvenir. Cette politique volontariste de réhabilitation fait du combattant de 40 un véritable résistant.

Une expression qui s’impose dans tous les textes issus des deux associations et que fait sienne le Ministre des Anciens Combattants en 1972 :

« Après le général de Gaulle, après le Maréchal Leclerc, rendons-leur l’hommage qu’ils ont mérité. Et ayons une émouvante pensée pour nos frères d’armes, les combattants de 40, soldats oubliés d’une bataille perdue qui dans des conditions d’infériorité matérielle et numérique écrasantes, ont résisté sans espoir, mais jusqu’au bout. »

Paradoxalement cette réhabilitation s’est achevée par la mise en tourisme des forts de la ligne Maginot.

A partir de 1970, les ouvrages de la ligne Maginot sont vendus aux enchères par les Domaines, le premier fort mis en vente étant celui de Villers-la-Montagne (Meurthe-et-Moselle). Ces ventes dont les médias se firent largement l’écho, et la parution des premiers ouvrages de Roger Bruge, provoquèrent un véritable engouement pour la ligne Maginot. Des particuliers, des communes, des associations surtout décidèrent alors d’acquérir ou de louer ces forts pour les ouvrir au public. Dès 1972, la casemate de Markolsheim (Bas-Rhin) était ouverte, puis ce fut le petit ouvrage du Bambesh (Moselle, 1973) du Hackenberg (Moselle, 1975), du Fermont (Meurthe-et-Moselle). En 1994, quatorze ouvrages sont ouverts au public dont la visite draine chaque année près de 200 000 visiteurs découvrant l’architecture militaire intérieure des forts, mais aussi l’extérieur, empruntant de véritables chemins touristiques aménagés, comme au Hackenberg (1992). La visite comprend très souvent un musée d’armes et d’équipements militaires, comme celui qu’aménage l’association Soldats de France UNG au fort d’Hestroff (Moselle) et qui est appelé à devenir le musée « Fort aux fresques de l’ouvrage du Bois de Bousse. Enfin, un lieu de souvenir des combats est généralement adjoint au musée.

L’association nationale des anciens combattants de la ligne Maginot a tenté de fédérer, sans grand succès, outre les associations et amicales que nous avons déjà énumérées, les associations d’Amis de la ligne Maginot du Nord-Est.

L’élément essentiel de toute visite guidée des forts est le récit de la résistance opposée par les combattants des forteresses aux troupes allemandes. Cet élément se trouve au cœur des monuments commémoratifs qui se multiplient depuis une vingtaine d’années. Ainsi en juin 1975, une plaque était apposée sur un blockhaus de l’avancée d’Holving (Moselle) « 41ème RMCIC 51ème RMIC A nos morts, à tous ceux qui le 14 juin 1940 repoussèrent tous les assauts et qui du 15 au 22 juin 1940 conservèrent jusqu’au bout leur ascendant sur l’ennemi ». En juillet 1980, un mois après le dévoilement de la stèle devant le Fermont, une stèle, financée par une association de défense du patrimoine militaire, était érigé au Hackenberg (Moselle) à la mémoire des troupes britanniques ayant combattu sur la ligne Maginot et des équipages français des ouvrages et des casemates d’intervalles. En 1986, c’était une plaque sur la façade du bloc nord du petit ouvrage du Bambesh (Moselle). En 1990, dans le cadre des cérémonies commémoratives du cinquantième anniversaire de la bataille de France, une stèle était inaugurée au fort de Schoenenbourg (Bas-Rhin) où en mai 1993 étaient dévoilées deux plaques, en hommage à André Maginot et au commandant Reynier.

Lieux de tourisme, certains de ces forts deviennent de véritables sanctuaires. La casemate de Marckolsheim (Bas-Rhin) est ainsi devenue le mémorial de la ligne Maginot, avec l’installation d’une chapelle du souvenir dans la chambre de tir Est, et l’apposition d’une série de plaques dont la première rappelle  « Ici le 16 juin est mort pour la France le caporal-chef Gardet »

Un buste d’André Maginot (1871-1932), inauguré le 15 juin 1975, rend hommage au fondateur de la ligne qui porte son nom.

L’engouement pour la ligne Maginot est devenu tel que la fédération mosellane des déportés (UNADIF) l’a utilisé pour renforcer un lieu du souvenir de la déportation. A Longeville-lès-Saint-Avold (Moselle), un mémorial, portant une croix de Lorraine sculptée dans la pierre, rend hommage « Aux résistants et aux déportés, 1939-1945, leur chemin a été celui des sacrifices ». Une plaque métallique complète cet hommage en rappelant la rafle suivie de la déportation dont la commune fut le théâtre le 3 juin 1944. Une cloche de la ligne Maginot a été installée derrière le monument, lui donnant la forme d’un blockhaus. Inauguré le 22 octobre 1978 par Maurice Plantier, ministre des Anciens combattants, ce mémorial illustre une inversion de tendance : les combats de la ligne Maginot renforcent désormais les messages de la Résistance.

La bataille de la réconciliation franco-allemande

Acteurs majeurs de la bataille de la réhabilitation, les associations d’anciens combattants de 1940 laissèrent aux amicales le soin de conduire une quatrième bataille, celle de la réconciliation.

Le 27 mai 1962, huit mois avant la signature du traité de coopération franco-allemande du 22 janvier 1963, était inaugurée à Stonne, dans les Ardennes, la première stèle de la réconciliation : une simple croix en béton portant sculptées, deux mains qui se serrent, celles des ennemis d’hier, un écusson régimentaire et l’inscription  « 16ème inf.div. Allemagne Mai 1962 »

Les élus du département, les responsables de la Fédération des amicales régimentaires d’anciens combattants (FARAC), de l’Amicale de la 3ème DIM et de la 3ème DCR qui s’étaient opposés sur le champ de bataille furent présents à l’inauguration. Trente ans plus tard, lors des cérémonies présidées par Louis Mexandeau, ministre des Anciens Combattants, le maire de Vouziers (Ardennes) rappelait qu’un tel monument n’allait pas de soi : son identification « contestée au départ, a été voulue par une équipe déterminée qui l’a conçu à la dimension d’un coffre de voiture pour être facilement transporté puis discrètement dressé là où il est depuis trente ans. Le chêne planté à l’inauguration le 27 mai 1962, a été souvent arraché. Le 7ème replanté a résisté. Il est témoin d’une fraternité admise ».

Cette stèle complète en quelque sorte un ensemble de deux stèles, érigées à l’initiative de la Fédération des amicales régimentaires et d’anciens combattants (FARAC), et situées à deux endroits différents, rendent hommage aux combattants du 67ème RI  « En hommage aux héroïques combattants du 67ème RI Stonne 14 mai 25 mai 1940. Aux officiers, sous-officiers et soldats de la 7ème Cie du 6ème RI héroïquement tombés en ce lieu lors des sanglants combats du 23 mai 1940 ».

Cette fraternité se retrouve dans deux autres sites. A Trosly-Loire (Aisne), une pierre a été posée en 1963 en mémoire des combats de 1940, portant une inscription bilingue  « Zum Gedenken Aller Hier gefallenen aus thren opfern Wuchs unsere Freundschaft – A la mémoire de tous les camarades tombés en ce lieu Notre amitié est née de leur sacrifice 9ème régiment 72ème inf. de zouave Division janvier 1940. »

Cette initiative de l’Amicale des anciens combattants du 9ème zouaves suscita bien des interrogations.

En Moselle et en Sarre, de part et d’autre de la frontière, deux monuments commémoratifs jumeaux rappellent l’offensive de la Warndt. Celui d’Ormersviller a été élevé par l’Amicale des anciens du 151ème RI, tandis que son homologue allemand, à Brenschelbach est dû à l’Amicale du 127ème RI. Dans cette dernière commune a été planté en 1984, près du monument aux Morts, un « marronnier de la réconciliation ».

A Ormesrsviller, une croix formée d’éclats d’obus soudés, ramassés sur les lieux des combats de l’automne 1939, a été installée dans la chapelle Saint-Joseph, le 15 juin 1991. Un texte où Allemands et Français sont entrelacés témoigne que l’heure est venue de la réconciliation : « A nos morts – Unseren Gefallemen 32ème régiment d’infanterie Tours 1-Grenz. Inf. Rgt 127 Zweibrücken Hier adversaires Aujourd’hui amis Damais Gegner -Heute Freunde En souvenir des combats automne 1939 Zur Erinnerung an die Gefechte Herbst 1939 »

C’est cependant sur un autre champ de bataille qu’intervint l’initiative la plus novatrice. Le 2 juin 1990 était inauguré à Huppy (Somme), dans le cadre du cinquantième anniversaire de la bataille d’Abbeville, un monument faisant du souvenir de la Bataille de France un élément de la construction européenne.

Mais l’hommage aux morts est pour la première fois en France rendu à tous les combattants français, anglais et allemands tués sur le champ de bataille. La reproduction de trois casques, le casque allemand figurant sur un monument pour la première fois en France symbolise cette union dans la mort. C’est ensuite un monument gaullien, puisque deux textes rappellent l’action du général de Gaulle, en 1940 et 1958  « Le 28 mai 1940 le général de Gaulle commandant la IVème division cuirassée passe à l’attaque et réduit la tête de pont d’Abbeville. En 1958 Charles de Gaulle, Président de la République, scelle avec le chancelier Adenauer la réconciliation franco-allemande fond l’avenir de l’Europe. »

Les deux dernières lignes de l’inscription, font enfin de ce monument un monument européen, d’autant qu’y sont sculptées les étoiles du drapeau de l’Europe. Lors de son inauguration, le recteur Mallet déclarait, en présence du ministre Jacques Pelletier  « Les peuples européens, enfin conscients de l’inutile horreur des guerres, non seulement acceptent mais préconisent les responsabilités internationales partagées qu’aucun d’entre eux ne saurait affronter seul. »

Rompant ainsi avec le schéma classique du souvenir combattant, le monument de Huppy transcende la défaite en inscrivant le souvenir des combats de 1940 dans le cadre d’une nouvelle identité européenne. Pour cela, il choisit dans le destin gaullien le 28 mai 1940 et non le 18 juin, acte fondateur du gaullisme.

Rien d’étonnant à ce que le créateur n’en soit ni une amicale régimentaire, ni une association d’anciens combattants, mais une association d’historiens et de collectionneurs de militaria.

Cette initiative annonçait la disparition des amicales et des associations d’anciens combattants !

A travers ces quatre batailles, c’est un véritable partage de terrain entre associations et amicales régimentaires. Aux associations le combat pour les droits et la réhabilitation qui en constituent le socle, aux amicales le combat pour le souvenir et la réconciliation.

Alors qu’associations et amicales ont disparu, ce partage ouvre le champ d’une réflexion sur ce qui pourrait être une spécificité du monde combattant de 1940.


[1] Antoine Prost, Les Anciens Combattants de la Société française 1914/1939, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 3 volumes, 1977.

[2] Une partie des textes sur les monuments et stèles sont issus de l’ouvrage « Passant souviens toi, Les lieux du souvenir de la Seconde Guerre mondiale en France », édité chez Plon en 1995 et co-signé par Annette Wieviorka et Serge Barcellini.

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