l’œil de l’historienne

30 décembre 2019

Laurence Thibault a fait des études universitaires de Droit Public et de Sciences Politiques. Ses activités ont d’abord été tournées vers l’enseignement (Paris I, EFAP…) et la recherche. A partir de 1977, Secrétaire générale d’un groupe de sociétés psycho-socio-culturelles, puis agences en communication à Lille et à Paris. Parallèlement, publication d’articles divers (agence de presse féminine, revue d’histoire populaire…) et d’ouvrages (La peine de mort en France et à l’étranger, Gallimard, collection Idées).
En 2000, elle entre à l’AERI (association pour des études sur la Résistance intérieure), créée par des résistants (Serge Ravanel, Lucie et Raymond Aubrac, Hélène Viannay, Jacques Delarue…) pour réaliser des cédéroms et dvd-roms sur la Résistance dans les départements ou régions grâce à des équipes d’historiens et résistants locaux. Avec le travail de recherche sur toute la France, une base de données de médias importante a été constituée et a permis de créer le Musée de la Résistance en ligne.
A partir de 2006, un partenariat AERI-Documentation Française crée les Cahiers de la Résistance : Laurence Thibault y publie Les Femmes et la Résistance, Les Jeunes et la Résistance, Imprimeurs et Editeurs dans la Résistance.

Les jeunes en Résistance

On ne peut réduire la Résistance à la jeunesse, mais elle y est bien représentée. Comme leurs aînés, les jeunes ont ressenti le choc de la défaite, l’humiliation. Avec une spontanéité qui peut tendre vers l’inconscience, ils veulent en découdre avec l’occupant.

L’engagement
Lors des combats du printemps de 1940, des étudiants sont faits prisonniers. La volonté de combattre l’ordre établi, « les vieux de Vichy », est immédiate pour beaucoup de jeunes, les interdits étant nombreux : il est interdit de danser ou d’écouter du jazz…

Mais les raisons de s’engager sont multiples. Ainsi, quand les Allemands envahissent la France, une délégation des Jeunesses hitlériennes va détruire le centre de formation des Scouts de France de Chamarande (aujourd’hui, en Essonne). Le scoutisme est interdit en zone occupée, où il devient clandestin.
Les évasions de France commencent dès juin 1940 et augmentent après le débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942, et l’occupation de la France entière par les nazis. Quelques-uns s’évadent par la mer et se dirigent vers l’Angleterre, certains tentent le chemin de la Suisse, d’autres de traverser les Pyrénées pour passer en Espagne, avec le risque d’être arrêté et interné dans le camp de Miranda de Ebro pendant plusieurs mois.

Parmi les évadés de France, il y a des adolescents qui s’engageront dans diverses formations des Forces françaises Libres (FFL) : cinq jeunes gens dont le plus jeune à dix-sept ans traversent la Manche sur un canoë ; le 24 juin 1940, lorsque tous les hommes de l’ile de Sein embarquent pour l’Angleterre, le plus jeune a douze ans. Il y a aussi les évadés des départements de l’Est annexés (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle) qui n’acceptent pas la volonté de l’envahisseur et passent la frontière avec la France au prix de mille dangers, des ordonnances ayant introduit le service militaire obligatoire dans la Wehrmacht.

Parmi les formes de Résistance qui apparaissent dès l’été 1940, se mettent en place les réseaux d’évasion. Leur mission s’est concentrée sur l’évasion des prisonniers de guerre et l’aide au passage des lignes de démarcation. Des réseaux de renseignements se développent aussi, destinés à recueillir des informations militaires.
Fin juin 1940, des garçons âgés de quinze à vingt-et-un ans créent l’un des premiers groupes de Résistance : L’Espoir français. Son but initial est l’aide aux prisonniers de guerre, qui s’étend très vite à la recherche de renseignements. Ce groupe d’une quarantaine de jeunes est décimé en juillet 1941, avec l’arrestation d’une vingtaine d’entre eux.
Dès juillet 1940, apparaissent les premiers textes à l’Université, signés par l’Union des étudiants communistes de France (UELCF) et des tracts sont lâchés, durant l’été au quartier latin.
De nombreux jeunes ont la volonté de « faire quelque chose ». Ils commettent de petits actes qui relèvent à la fois du refus individuel d’accepter la présence allemande et la mise en pratique de consignes transmises par la radio de Londres : les graffitis et les papillons, notamment des croix de Lorraine et des « V » pour victoire, fleurissent sur les murs. Les affiches allemandes sont prises pour cibles : les arracher ou y inscrire quelques mots ironiques donnent le sentiment de s’attaquer à la puissance occupante et à sa propagande. Surpris dans leur geste, des lycéens  sont arrêtés par la police française : c’est le cas d’un élève de Janson de Sailly en novembre 1940 ou d’un lycéen de Carnot au mois de décembre suivant.

Le premier élan patriotique collectif, le 11 novembre 1940, est le fait de la jeunesse. Préparée en secret par de petits groupes, des mots d’ordre invitent à se rendre au rond-point des Champs-Elysées pour fleurir la statue de Clemenceau et gagner l’Arc de Triomphe. Le chiffre « 11 » fleurit sur les murs du Quartier latin. Toute la journée, des Parisiens viennent déposer des bouquets. La préfecture de police en recense 750 au pied de la statue et 5 600 personnes place de l’Etoile. Il s’agit essentiellement de lycéens venus de Janson de Sailly, de Buffon, de Condorcet, de Carnot ainsi que des étudiants de la faculté de droit. Le bilan officiel fait état de 123 arrestations et de trois blessés légers. Après la manifestation, l’université de Paris et les grands établissements sont fermés sur directive des autorités allemandes.
Entrer dans la Résistance organisée, pour un lycéen ou un étudiant, s’il n’y est pas aidé par son entourage familial, ne va pas de soi. Il faut trouver le contact avec une organisation ou un réseau en qui on a confiance et qui a confiance en vous. Il y a un cloisonnement même souvent à l’intérieur des familles.

Dans tout le pays, les engagements s’expriment par l’adhésion progressive à des mouvements[1] et réseaux[2] clandestins, les uns créés par des lycéens eux-mêmes, tels les Volontaires de la Liberté, les autres, émanations de groupes d’adultes.
Les Volontaires de la Liberté est un mouvement créé à Paris, en mars 1941, par des élèves de Louis-le-Grand, de Henri IV et des grandes écoles. Ils publient un bulletin à partir de juin 1941, dénommé Les Volontaires de la Liberté, puis Le Tigre. Après l’occupation totale de la France, en novembre 1942, les Volontaires de la Liberté adhèrent à Défense de la France, mouvement plutôt étudiant que lycéen, mais conservent leur bulletin jusqu’à la Libération.

Les jeunes jouent un rôle important au sein du mouvement Résistance. Le journal Résistance leur ouvre ses colonnes sous la rubrique « Résistance de la jeunesse de France », avec pour épigraphe une phrase de Bernanos : « Vous êtes le dernier risque et le dernier honneur ». En 1943, une organisation particulière pour les jeunes est créée au sein du mouvement avec des lycéens et étudiants le l’Ecole Normale Supérieure, Agro, Polytechnique, Institut catholique de Paris, Sciences po, lycée Hoche à Versailles, Saint-Cyr… Certains rejoignent des maquis[3], permettant ainsi au mouvement d’y placer de nombreux réfractaires.
De même, si l’OCM (Organisation civile et militaire) naît quelques mois après l’armistice, en 1943, apparaît une formation indépendante de jeunes.
Le contexte s’y prête puisque la création du Service du travail obligatoire (STO)[4] menace directement les jeunes et les pousse vers la Résistance. Grâce aux différentes associations déjà existantes, aux universités, le recrutement est très efficace. Les mouvements s’attaquent au STO en organisant des maquis. Les jeunes y reçoivent parfois une instruction militaire dispensée par d’anciens officiers patriotes. Ils seront rejoints, en 1944, par des ouvriers, des cultivateurs…
La MOI[5] regroupe aussi de nombreux très jeunes gens : Gerda Bach a 15 ans quand elle est arrêtée en décembre 1941 à Paris par la police française alors qu’elle colle des papillons. Joseph Farbiaz, dit « Jojo », a 15 ans quand il pénètre le 16 août 1944 dans une école lyonnaise où sont stationnés des GMR[6]… Letrès jeune âge de ces militants s’explique par la situation particulière que connaissent ces jeunes Juifs : parents arrêtés, famille disloquée, ce qui les pousse à se regrouper. 
 

Agents de liaison

C’est à des jeunes que les mouvements de Résistance font appel pour leur servir de secrétaires et d’agents de liaison.

Dès leur fondation, les mouvements ont besoin de secrétaire pour taper les tracts, les manifestes, les ordres, les directives. Il y a une correspondance active entre les différents groupes d’un mouvement, dispersés dans une ville ou un département. Les secrétaires doivent être très discrets. Tapant le courrier, elles ou ils connaissent beaucoup de choses sur les mouvements, leurs actions, leurs projets.

Les agents de liaison sont également indispensables pour la correspondance entre les mouvements : les résistants se méfient de la poste, sous contrôle allemand, ainsi que le télégraphe et le téléphone. Ils doivent créer une véritable organisation postale. Les membres ou des amis des mouvements deviennent des boîtes aux lettres. C’est chez eux que l’on porte le courrier qu’on ne peut pas envoyer à un clandestin sans domicile fixe. Les agents de liaison ont donc un rôle de facteur. Ils utilisent la bicyclette qui n’attire pas l’attention de l’ennemi. Ils doivent être discrets, sûrs, courageux, libres de leur temps : c’est pourquoi ce sont presque toujours des jeunes garçons et filles capables de passer leurs journées en courses harassantes ou de faire des voyages longs et pénibles dans les trains où ils doivent se méfier de leurs voisins

Les groupes francs
Avides d’action, les jeunes sont souvent employés par les mouvements de Résistance pour faire des « coups de main » qui n’ont pas un but militaire mais psychologique : ils exaspèrent les occupants et le gouvernement de Vichy.

Les coups de main sont nombreux : sabotages des conférences dans les Universités, coupures d’électricité, lancer de boules puantes, bris de vitrine de commerçants réputés collaborateurs, destruction de kiosques où sont exposés les journaux de Vichy, inscriptions sur les murs…


Il y eut surreprésentation des jeunes dans les mouvements de Résistance, dans les maquis et dans les Forces Françaises Libres. Plus de 10% des Compagnons de la Libération n’ont pas 20 ans au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939.

Selon Laurent Douzou[7], « la Résistance a connu des phases distinctes et successives auxquelles correspondirent des générations de responsables différents. Ce qui les distingua au bout du compte, ce ne fut pas leur date de naissance, mais bien leur date d’entrée en Résistance. Si la notion de génération a un sens et si elle peut permettre de mieux comprendre la réalité résistante, c’est d’abord à l’aune de ce critère de l’ancienneté de l’entrée en Résistance qu’il faut la juger ».


  • [1] Dès la fin de l’année 1940, apparaissent des groupuscules qui deviendront les mouvements. Leur but premier est la propagande, ils éditent des tracts et des journaux. Ensuite, toute une organisation apparaît et se diversifie : service social, mais aussi groupes armés.
  • [2] Les réseaux acheminent les fugitifs vers la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Suisse…, ou collectent des informations pour la France libre ou l’Intelligence Service. Souvent peu connus, ils constituent la part la plus active de la Résistance. A la fin de la guerre, 266 réseaux ont été officiellement recensés. Ils ont fonctionné grâce au concours d’environ 100 000 personnes.
  • [3] Le maquis est une expression d’origine corse, désignant un espace où la végétation est touffue et dense, donc peu accessible. Par extension, le terme « maquis » définit tous les refuges de résistants.
  • [4] Après l’institution du Service du travail obligatoire (16 février 1943) qui contraint plusieurs centaines de milliers de jeunes Français à travailler dans les usines allemandes, tous ceux qui refusent d’apporter leur contribution à l’effort de guerre ennemi deviennent des réfractaires.
  • [5] Dès 1926, le Parti communiste, lors de son 5e Congrès, met en place une structure pour les militants d’origine étrangère : « main-d’œuvre étrangère (MOE) » qui, en 1929, prend le nom de main-d’œuvre immigrée (MOI). Il y a dans la MOI des groupes de langue italien, espagnol, polonais … et un groupe dit « juif » pour les militants de langue yiddish venant d’Europe centrale et orientale.
  • [6] Groupes mobiles de réserve : unités paramilitaires créées par le gouvernement de Vichy.
  • [7] « Le phénomène générationnel dans la Résistance intérieure française », in Etre jeune en France 1939-1945, op.cit.

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En 2000, elle entre à l’AERI (association pour des études sur la Résistance intérieure), créée par des résistants (Serge Ravanel, Lucie et Raymond Aubrac, Hélène Viannay, Jacques Delarue…) pour réaliser des cédéroms et dvd-roms sur la Résistance dans les départements ou régions grâce à des équipes d’historiens et résistants locaux. Avec le travail de recherche sur toute la France, une base de données de médias importante a été constituée et a permis de créer le Musée de la Résistance en ligne.
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On ne peut réduire la Résistance à la jeunesse, mais elle y est bien représentée. Comme leurs aînés, les jeunes ont ressenti le choc de la défaite, l’humiliation. Avec une spontanéité qui peut tendre vers l’inconscience, ils veulent en découdre avec l’occupant.

L’engagement
Lors des combats du printemps de 1940, des étudiants sont faits prisonniers. La volonté de combattre l’ordre établi, « les vieux de Vichy », est immédiate pour beaucoup de jeunes, les interdits étant nombreux : il est interdit de danser ou d’écouter du jazz…

Mais les raisons de s’engager sont multiples. Ainsi, quand les Allemands envahissent la France, une délégation des Jeunesses hitlériennes va détruire le centre de formation des Scouts de France de Chamarande (aujourd’hui, en Essonne). Le scoutisme est interdit en zone occupée, où il devient clandestin.
Les évasions de France commencent dès juin 1940 et augmentent après le débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942, et l’occupation de la France entière par les nazis. Quelques-uns s’évadent par la mer et se dirigent vers l’Angleterre, certains tentent le chemin de la Suisse, d’autres de traverser les Pyrénées pour passer en Espagne, avec le risque d’être arrêté et interné dans le camp de Miranda de Ebro pendant plusieurs mois.

Parmi les évadés de France, il y a des adolescents qui s’engageront dans diverses formations des Forces françaises Libres (FFL) : cinq jeunes gens dont le plus jeune à dix-sept ans traversent la Manche sur un canoë ; le 24 juin 1940, lorsque tous les hommes de l’ile de Sein embarquent pour l’Angleterre, le plus jeune a douze ans. Il y a aussi les évadés des départements de l’Est annexés (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle) qui n’acceptent pas la volonté de l’envahisseur et passent la frontière avec la France au prix de mille dangers, des ordonnances ayant introduit le service militaire obligatoire dans la Wehrmacht.

Parmi les formes de Résistance qui apparaissent dès l’été 1940, se mettent en place les réseaux d’évasion. Leur mission s’est concentrée sur l’évasion des prisonniers de guerre et l’aide au passage des lignes de démarcation. Des réseaux de renseignements se développent aussi, destinés à recueillir des informations militaires.
Fin juin 1940, des garçons âgés de quinze à vingt-et-un ans créent l’un des premiers groupes de Résistance : L’Espoir français. Son but initial est l’aide aux prisonniers de guerre, qui s’étend très vite à la recherche de renseignements. Ce groupe d’une quarantaine de jeunes est décimé en juillet 1941, avec l’arrestation d’une vingtaine d’entre eux.
Dès juillet 1940, apparaissent les premiers textes à l’Université, signés par l’Union des étudiants communistes de France (UELCF) et des tracts sont lâchés, durant l’été au quartier latin.
De nombreux jeunes ont la volonté de « faire quelque chose ». Ils commettent de petits actes qui relèvent à la fois du refus individuel d’accepter la présence allemande et la mise en pratique de consignes transmises par la radio de Londres : les graffitis et les papillons, notamment des croix de Lorraine et des « V » pour victoire, fleurissent sur les murs. Les affiches allemandes sont prises pour cibles : les arracher ou y inscrire quelques mots ironiques donnent le sentiment de s’attaquer à la puissance occupante et à sa propagande. Surpris dans leur geste, des lycéens  sont arrêtés par la police française : c’est le cas d’un élève de Janson de Sailly en novembre 1940 ou d’un lycéen de Carnot au mois de décembre suivant.

Le premier élan patriotique collectif, le 11 novembre 1940, est le fait de la jeunesse. Préparée en secret par de petits groupes, des mots d’ordre invitent à se rendre au rond-point des Champs-Elysées pour fleurir la statue de Clemenceau et gagner l’Arc de Triomphe. Le chiffre « 11 » fleurit sur les murs du Quartier latin. Toute la journée, des Parisiens viennent déposer des bouquets. La préfecture de police en recense 750 au pied de la statue et 5 600 personnes place de l’Etoile. Il s’agit essentiellement de lycéens venus de Janson de Sailly, de Buffon, de Condorcet, de Carnot ainsi que des étudiants de la faculté de droit. Le bilan officiel fait état de 123 arrestations et de trois blessés légers. Après la manifestation, l’université de Paris et les grands établissements sont fermés sur directive des autorités allemandes.
Entrer dans la Résistance organisée, pour un lycéen ou un étudiant, s’il n’y est pas aidé par son entourage familial, ne va pas de soi. Il faut trouver le contact avec une organisation ou un réseau en qui on a confiance et qui a confiance en vous. Il y a un cloisonnement même souvent à l’intérieur des familles.

Dans tout le pays, les engagements s’expriment par l’adhésion progressive à des mouvements[1] et réseaux[2] clandestins, les uns créés par des lycéens eux-mêmes, tels les Volontaires de la Liberté, les autres, émanations de groupes d’adultes.
Les Volontaires de la Liberté est un mouvement créé à Paris, en mars 1941, par des élèves de Louis-le-Grand, de Henri IV et des grandes écoles. Ils publient un bulletin à partir de juin 1941, dénommé Les Volontaires de la Liberté, puis Le Tigre. Après l’occupation totale de la France, en novembre 1942, les Volontaires de la Liberté adhèrent à Défense de la France, mouvement plutôt étudiant que lycéen, mais conservent leur bulletin jusqu’à la Libération.

Les jeunes jouent un rôle important au sein du mouvement Résistance. Le journal Résistance leur ouvre ses colonnes sous la rubrique « Résistance de la jeunesse de France », avec pour épigraphe une phrase de Bernanos : « Vous êtes le dernier risque et le dernier honneur ». En 1943, une organisation particulière pour les jeunes est créée au sein du mouvement avec des lycéens et étudiants le l’Ecole Normale Supérieure, Agro, Polytechnique, Institut catholique de Paris, Sciences po, lycée Hoche à Versailles, Saint-Cyr… Certains rejoignent des maquis[3], permettant ainsi au mouvement d’y placer de nombreux réfractaires.
De même, si l’OCM (Organisation civile et militaire) naît quelques mois après l’armistice, en 1943, apparaît une formation indépendante de jeunes.
Le contexte s’y prête puisque la création du Service du travail obligatoire (STO)[4] menace directement les jeunes et les pousse vers la Résistance. Grâce aux différentes associations déjà existantes, aux universités, le recrutement est très efficace. Les mouvements s’attaquent au STO en organisant des maquis. Les jeunes y reçoivent parfois une instruction militaire dispensée par d’anciens officiers patriotes. Ils seront rejoints, en 1944, par des ouvriers, des cultivateurs…
La MOI[5] regroupe aussi de nombreux très jeunes gens : Gerda Bach a 15 ans quand elle est arrêtée en décembre 1941 à Paris par la police française alors qu’elle colle des papillons. Joseph Farbiaz, dit « Jojo », a 15 ans quand il pénètre le 16 août 1944 dans une école lyonnaise où sont stationnés des GMR[6]… Letrès jeune âge de ces militants s’explique par la situation particulière que connaissent ces jeunes Juifs : parents arrêtés, famille disloquée, ce qui les pousse à se regrouper. 
 

Agents de liaison

C’est à des jeunes que les mouvements de Résistance font appel pour leur servir de secrétaires et d’agents de liaison.

Dès leur fondation, les mouvements ont besoin de secrétaire pour taper les tracts, les manifestes, les ordres, les directives. Il y a une correspondance active entre les différents groupes d’un mouvement, dispersés dans une ville ou un département. Les secrétaires doivent être très discrets. Tapant le courrier, elles ou ils connaissent beaucoup de choses sur les mouvements, leurs actions, leurs projets.

Les agents de liaison sont également indispensables pour la correspondance entre les mouvements : les résistants se méfient de la poste, sous contrôle allemand, ainsi que le télégraphe et le téléphone. Ils doivent créer une véritable organisation postale. Les membres ou des amis des mouvements deviennent des boîtes aux lettres. C’est chez eux que l’on porte le courrier qu’on ne peut pas envoyer à un clandestin sans domicile fixe. Les agents de liaison ont donc un rôle de facteur. Ils utilisent la bicyclette qui n’attire pas l’attention de l’ennemi. Ils doivent être discrets, sûrs, courageux, libres de leur temps : c’est pourquoi ce sont presque toujours des jeunes garçons et filles capables de passer leurs journées en courses harassantes ou de faire des voyages longs et pénibles dans les trains où ils doivent se méfier de leurs voisins

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Avides d’action, les jeunes sont souvent employés par les mouvements de Résistance pour faire des « coups de main » qui n’ont pas un but militaire mais psychologique : ils exaspèrent les occupants et le gouvernement de Vichy.

Les coups de main sont nombreux : sabotages des conférences dans les Universités, coupures d’électricité, lancer de boules puantes, bris de vitrine de commerçants réputés collaborateurs, destruction de kiosques où sont exposés les journaux de Vichy, inscriptions sur les murs…


Il y eut surreprésentation des jeunes dans les mouvements de Résistance, dans les maquis et dans les Forces Françaises Libres. Plus de 10% des Compagnons de la Libération n’ont pas 20 ans au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939.

Selon Laurent Douzou[7], « la Résistance a connu des phases distinctes et successives auxquelles correspondirent des générations de responsables différents. Ce qui les distingua au bout du compte, ce ne fut pas leur date de naissance, mais bien leur date d’entrée en Résistance. Si la notion de génération a un sens et si elle peut permettre de mieux comprendre la réalité résistante, c’est d’abord à l’aune de ce critère de l’ancienneté de l’entrée en Résistance qu’il faut la juger ».


  • [1] Dès la fin de l’année 1940, apparaissent des groupuscules qui deviendront les mouvements. Leur but premier est la propagande, ils éditent des tracts et des journaux. Ensuite, toute une organisation apparaît et se diversifie : service social, mais aussi groupes armés.
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  • [3] Le maquis est une expression d’origine corse, désignant un espace où la végétation est touffue et dense, donc peu accessible. Par extension, le terme « maquis » définit tous les refuges de résistants.
  • [4] Après l’institution du Service du travail obligatoire (16 février 1943) qui contraint plusieurs centaines de milliers de jeunes Français à travailler dans les usines allemandes, tous ceux qui refusent d’apporter leur contribution à l’effort de guerre ennemi deviennent des réfractaires.
  • [5] Dès 1926, le Parti communiste, lors de son 5e Congrès, met en place une structure pour les militants d’origine étrangère : « main-d’œuvre étrangère (MOE) » qui, en 1929, prend le nom de main-d’œuvre immigrée (MOI). Il y a dans la MOI des groupes de langue italien, espagnol, polonais … et un groupe dit « juif » pour les militants de langue yiddish venant d’Europe centrale et orientale.
  • [6] Groupes mobiles de réserve : unités paramilitaires créées par le gouvernement de Vichy.
  • [7] « Le phénomène générationnel dans la Résistance intérieure française », in Etre jeune en France 1939-1945, op.cit.

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