L’œil de l’historien : Frédéric GUELTON

29 janvier 2020

Colonel (er) ancien chef du département de l’Armée de Terre au service historique de la Défense et ancien rédacteur en chef de la revue historique des Armées. Membre du Conseil scientifique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale principalement en charge des relations entre la France et les pays de « l’Est européen ». Il anime actuellement un séminaire d’histoire appliquée au management à l’École des hautes études commerciales (EDHEC). Il est également conseiller historique de documentaires pour la télévision dont la série « Apocalypse Première Guerre mondiale » pour France Télévisions. Il est actuellement conseiller historique d’une série documentaire consacrée au général de Gaulle pour RMC.

Dernier livre publié  : Le Journal du général Buat, 1914-1923, édition commentée, Perrin, 1500 pages, 2015.

La naissance de la Légion étrangère

S’il fallait rechercher le moment à partir duquel des étrangers, ancêtres des légionnaires actuels, passèrent pour la première fois au service de la France, c’est-à-dire des Rois de France il faudrait remonter au règne de Philippe-Auguste qui prit à sa solde ceux qu’on appelait alors les « routiers » pour marcher , victorieusement,  contre les Anglais. Quant à l’actuelle Légion étrangère, elle plonge ses racines dans une succession d’événements nationaux et internationaux qui marquent l’histoire du premier 19e siècle. Le premier, dans l’ordre chronologique, est le débarquement d’un corps expéditionnaire français à Sidi-Ferruch en juin 1830. Le second est l’adoption de la Charte constitutionnelle d’août 1830 après le départ de Charles X et l’arrivée de Louis-Philippe sur le trône de France.

La Charte joue un rôle central dans la naissance de la Légion étrangère dans la mesure où elle commence par interdire et… autoriser, « en même temps », le recrutement de soldats étrangers dans l’armée française avec son article 13 qui stipule qu’« aucune troupe étrangère ne peut être admise au service de l’Etat » avant de préciser «  sauf par une loi spéciale ».

Quant au corps expéditionnaire alors installé à Alger, le nouveau ministre de la Guerre qu’est le maréchal Soult, cherche à la fois à le maintenir sur place et à en réduire le coût budgétaire sans trouver de solution qui vaille. Or, au cours de la même année convergent vers la France, perçue par les peuples européens comme le pays de la Liberté depuis la Révolution, des opprimés, des bannis, et des laissés pour compte qui fuient les répressions mais aussi la misère.

L’arrivée et l’accueil de ces étrangers, qui est à l’honneur de la France, préoccupent le gouvernement. C’est là que l’article 13 de la Charte entre en jeu et que naît l’idée d’organiser une unité militaire composée de réfugiés volontaires. Cela permettrait de les encadrer plutôt que de les laisser livrés à eux-mêmes, ce qui inquiète la population, puis de les envoyer dans l’Algérois afin de rapatrier les troupes métropolitaines du corps expéditionnaire. En d’autres termes, faire d’une pierre deux coups ! L’idée est suffisamment intéressante pour devenir projet de loi le 26 février 1831. Le même jour, le maréchal Soult, fait dresser la liste des « réfugiés et déserteurs étrangers à l’époque du 5 de ce mois » et ordonne la création d’un dépôt, à Langres, placé sous les ordres du chef de bataillon Sicco « ancien des guerres de l’Empire, couturé de blessures ». Ce que fait cet officier, aidé par le maire de Langres, Claude Henryot. Puis les choses s’accélèrent. Le 28 février, « deux déserteurs venant de Metz, l’un bavarois, l’autre Prussien, se présentent à Langres. Reçus et incorporés par le commandant Sicco,ils sont sans doute bien les deux premiers Légionnaires de l’histoire. Dans les jours qui suivent, le dépôt se remplit avec régularité. Il reçoit une centaine de volontaires avant que la loi du 9 mars 1831 ne décide de « la formation d’une légion d’étrangers en France » puis précise que cette légion « ne pourra être employée que hors du territoire continental du royaume ». Le lendemain, l’ordonnance royale du 10 mars 1831, évoque explicitement pour la première fois « la formation de la Légion étrangère ». La Légion étrangère vient de naître.

L’ordonnance prévoit que les particularités linguistiques multiples seront respectées par la création d’unités « composées d’hommes de même nation et parlant la même langue. ». Cela pose d’emblée à la direction de l’infanterie un problème, celui de l’encadrement en sous-officiers et en officiers capables de se faire comprendre de leurs hommes !  Faut-il pour y parvenir avoir recours à des réfugiés qui se prétendent sous-officiers et officiers ou n’avoir recours qu’à des Français ? Le cas des réfugiés qui se prétendent officiers est la première question à régler tant ils sont nombreux et suspects.  Ainsi, à Limoges, en avril 1831 sur 22 réfugiés candidats au recrutement, 19 se prétendent officiers, 1 sous-officier et 2 soldats ». Face à cette incongruité, Soult tranche. Il décide que seuls ceux qui pourront prouver leur qualité d’officier seront recrutés comme tels. Ce qui, pour des réfugiés n’est pas facile. Qui plus est les commandants de bataillon et les officiers comptables seront obligatoirement français et la troupe sera commandée par au moins les 2/3 d’officiers français. En ce qui concerne les sous-officiers, rien n’est d’emblée tranché.

Les portes du dépôt de Langres étant maintenant officiellement ouvertes, le nombre de candidats au recrutement augmente régulièrement ce qui incite le ministère de la Guerre à décider, dans la semaine qui suit l’ordonnance de création, d’ouvrir un nouveau dépôt à Bar-le-Duc.

Cette décision soulève dans la ville un tollé général. Le 22 mars, le préfet en informe Paris : « L’autorité municipale de Bar-le-Duc réclame vivement contre la formation dans cette ville d’un dépôt de déserteurs étrangers ». Il n’empêche. L’état-major de l’armée envoie le 7 avril à Bar-le-Duc le commandant Clavet Gaubert afin qu’il y prenne « le commandement de la Place et du dépôt d’étrangers qui y est établi ». Il trouve, en arrivant sur place un dépôt fort de quelque « 408 déserteurs étrangers qui sont destinés à faire partie de la Légion Etrangère » et retrouve le chef de bataillon Salomon de Musis qui vient d’être, peu auparavant désigné comme « commandement du bataillon ». Ensemble, ils entreprennent d’organiser le 1e bataillon de la Légion étrangère en 4 compagnies, suivant en cela le modèle des régiments d’infanterie de ligne. Quant à la valeur des recrues que découvre le commandant Clavet Gaubert, il écrit qu’il trouve que « l’espèce d’hommes est généralement fort belle ; le plus grand nombre étant façonné à l’instruction et à la discipline ».

Quelles que soient les motivations multiples des étrangers qui se dirigent vers Bar-le-Duc, leur nombre continue de croître régulièrement, passant de quelque 400 en avril à 800 en mai. Le commandant Clavet Gaubert décide alors de mettre sur pied non plus 4 mais 8 compagnies. La question de l’encadrement n’est toujours pas réglée car les mesures prises pour sélectionner les « vrais » officiers étrangers entraînent une diminution drastique de leur nombre qui n’est en rien palliée par des officiers français que la direction de l’infanterie n’envoie pas. Ainsi le 1er bataillon en cours de formation ne compte-t-il que 12 officiers sur un total réglementaire de 23 et 3 sous-officiers sur un total de 15; qui plus est, écrit le chef de bataillon Salomon de Musis, sur les 12 officiers présents, « deux ou trois connaissent leur métier et montrent du zèle, les autres sont au-dessous du médiocre de toutes les manières ».  En ce qui concerne les sous-officiers, le commandant Salomon de Musis décide de les sélectionner parmi les caporaux étrangers « les plus capables et les plus expérimentés », ce qui est une bonne solution mais qui rencontre dans sa mise en œuvre de nombreuses difficultés. La principale  est liée à la mauvaise volonté du commandement qui semble se désintéresser totalement de ce qui se passe à Bar-le-Duc. Ainsi, lorsque, le 25 avril, Salomon de Musis et Clavet Gaubert demandent à leur autorité supérieure, le général Simoneau, ancien des guerres de la révolution mis en non-activité en 1815 puis rappelé au service en 1823, l’autorisation de nommer définitivement sous-officiers des caporaux étrangers qu’ils ont « soigneusement choisis », ils ne reçoivent aucune réponse. Ne voyant rien venir, Clavet Gaubert entreprend de « tourmenter

pour qu’il en autorisât la nomination définitive ». Homme d’indécision las d’être tourmenté, le général répond le 15 mai, un mois plus tard, « que la demande a été soumise au Ministre et, qu’avant d’avoir reçu ses instructions à cet égard, il ne peut rien statuer ». Furieux Clavet Gaubert en rend compte directement au maréchal Soult et obtient gain de cause.

En plus des difficultés liées à l’encadrement, l’organisation du 1er bataillon souffre d’un manque de moyens  comme si la création de la Légion étrangère, acte politique s’il en fût, indisposait la direction de l’infanterie. Ainsi, en juin l’armement, dont principalement les fusils, n’a toujours pas été livré, la dotation en  shakos fait qu’il n’y en a encore qu’un pour deux hommes et qu’il manque quelque 500 redingotes, ce qui fait « qu’il y a 298 hommes qui n’ont que les effets avec lesquels ils sont arrivés et qui se trouvent détériorés par une longue route ».

Malgré tout,  une instruction rudimentaire se déroule à Bar-le-Duc, l’encadrement s’efforçant, avec les moyens du bord, « d’exercer tous les hommes aux diverses manœuvres de l’école du soldat et du peloton » et les légionnaires deviennent des terrassiers à défaut d’être déjà des bâtisseurs : « comme le champ d’exercices qui nous a été affecté est un pré longtemps humide après la cessation de la pluie, nous avons employé nos étrangers à retirer du sable de l’Ornain, qui baigne presque les murs de la caserne et nous avons ensablé l’esplanade sur laquelle nous les exerçons ».

Au cours du mois de juin 1831, le bruit court à Bar-le-Duc, selon lequel « le bataillon de la Légion étrangère qui s’organise ici allait recevoir incessamment l’ordre de partir ». Face à cette rumeur, le chef du dépôt dresse, à l’attention du ministre, un premier bilan de l’état du 1er bataillon de la Légion étrangère. Sur le plan de l’encadrement, il ne lui manque plus que 8 officiers, dont cinq capitaines, l’officier-armurier et le chirurgien. L’armement est attendu car « l’ordre d’expédier les armes est parvenu à Metz ». Enfin l’instruction donne les résultats que l’on peut obtenir sans armes pour la dispenser. Il faut en conséquence encore du temps pour « obtenir quelque ensemble entre ceux qui savent mal et ceux qui ne savent rien » puis pour entraîner les hommes « à la marche dans un corps réservé sans doute à une destination lointaine ». Néanmoins, le commandant Clavet Gaubert conclut « au physique, l’espèce ne saurait être plus belle [et], au moral ils sont animés du meilleur esprit » et estime pouvoir sous peu « achever ce qui a été si bien commencer [et créer] cette force de cohésion que donne l’habitude de la caserne, le lien de la discipline, le sentiment d’honneur et de fidélité qui attache au drapeau ».

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Dernier livre publié  : Le Journal du général Buat, 1914-1923, édition commentée, Perrin, 1500 pages, 2015.

La naissance de la Légion étrangère

S’il fallait rechercher le moment à partir duquel des étrangers, ancêtres des légionnaires actuels, passèrent pour la première fois au service de la France, c’est-à-dire des Rois de France il faudrait remonter au règne de Philippe-Auguste qui prit à sa solde ceux qu’on appelait alors les « routiers » pour marcher , victorieusement,  contre les Anglais. Quant à l’actuelle Légion étrangère, elle plonge ses racines dans une succession d’événements nationaux et internationaux qui marquent l’histoire du premier 19e siècle. Le premier, dans l’ordre chronologique, est le débarquement d’un corps expéditionnaire français à Sidi-Ferruch en juin 1830. Le second est l’adoption de la Charte constitutionnelle d’août 1830 après le départ de Charles X et l’arrivée de Louis-Philippe sur le trône de France.

La Charte joue un rôle central dans la naissance de la Légion étrangère dans la mesure où elle commence par interdire et… autoriser, « en même temps », le recrutement de soldats étrangers dans l’armée française avec son article 13 qui stipule qu’« aucune troupe étrangère ne peut être admise au service de l’Etat » avant de préciser «  sauf par une loi spéciale ».

Quant au corps expéditionnaire alors installé à Alger, le nouveau ministre de la Guerre qu’est le maréchal Soult, cherche à la fois à le maintenir sur place et à en réduire le coût budgétaire sans trouver de solution qui vaille. Or, au cours de la même année convergent vers la France, perçue par les peuples européens comme le pays de la Liberté depuis la Révolution, des opprimés, des bannis, et des laissés pour compte qui fuient les répressions mais aussi la misère.

L’arrivée et l’accueil de ces étrangers, qui est à l’honneur de la France, préoccupent le gouvernement. C’est là que l’article 13 de la Charte entre en jeu et que naît l’idée d’organiser une unité militaire composée de réfugiés volontaires. Cela permettrait de les encadrer plutôt que de les laisser livrés à eux-mêmes, ce qui inquiète la population, puis de les envoyer dans l’Algérois afin de rapatrier les troupes métropolitaines du corps expéditionnaire. En d’autres termes, faire d’une pierre deux coups ! L’idée est suffisamment intéressante pour devenir projet de loi le 26 février 1831. Le même jour, le maréchal Soult, fait dresser la liste des « réfugiés et déserteurs étrangers à l’époque du 5 de ce mois » et ordonne la création d’un dépôt, à Langres, placé sous les ordres du chef de bataillon Sicco « ancien des guerres de l’Empire, couturé de blessures ». Ce que fait cet officier, aidé par le maire de Langres, Claude Henryot. Puis les choses s’accélèrent. Le 28 février, « deux déserteurs venant de Metz, l’un bavarois, l’autre Prussien, se présentent à Langres. Reçus et incorporés par le commandant Sicco,ils sont sans doute bien les deux premiers Légionnaires de l’histoire. Dans les jours qui suivent, le dépôt se remplit avec régularité. Il reçoit une centaine de volontaires avant que la loi du 9 mars 1831 ne décide de « la formation d’une légion d’étrangers en France » puis précise que cette légion « ne pourra être employée que hors du territoire continental du royaume ». Le lendemain, l’ordonnance royale du 10 mars 1831, évoque explicitement pour la première fois « la formation de la Légion étrangère ». La Légion étrangère vient de naître.

L’ordonnance prévoit que les particularités linguistiques multiples seront respectées par la création d’unités « composées d’hommes de même nation et parlant la même langue. ». Cela pose d’emblée à la direction de l’infanterie un problème, celui de l’encadrement en sous-officiers et en officiers capables de se faire comprendre de leurs hommes !  Faut-il pour y parvenir avoir recours à des réfugiés qui se prétendent sous-officiers et officiers ou n’avoir recours qu’à des Français ? Le cas des réfugiés qui se prétendent officiers est la première question à régler tant ils sont nombreux et suspects.  Ainsi, à Limoges, en avril 1831 sur 22 réfugiés candidats au recrutement, 19 se prétendent officiers, 1 sous-officier et 2 soldats ». Face à cette incongruité, Soult tranche. Il décide que seuls ceux qui pourront prouver leur qualité d’officier seront recrutés comme tels. Ce qui, pour des réfugiés n’est pas facile. Qui plus est les commandants de bataillon et les officiers comptables seront obligatoirement français et la troupe sera commandée par au moins les 2/3 d’officiers français. En ce qui concerne les sous-officiers, rien n’est d’emblée tranché.

Les portes du dépôt de Langres étant maintenant officiellement ouvertes, le nombre de candidats au recrutement augmente régulièrement ce qui incite le ministère de la Guerre à décider, dans la semaine qui suit l’ordonnance de création, d’ouvrir un nouveau dépôt à Bar-le-Duc.

Cette décision soulève dans la ville un tollé général. Le 22 mars, le préfet en informe Paris : « L’autorité municipale de Bar-le-Duc réclame vivement contre la formation dans cette ville d’un dépôt de déserteurs étrangers ». Il n’empêche. L’état-major de l’armée envoie le 7 avril à Bar-le-Duc le commandant Clavet Gaubert afin qu’il y prenne « le commandement de la Place et du dépôt d’étrangers qui y est établi ». Il trouve, en arrivant sur place un dépôt fort de quelque « 408 déserteurs étrangers qui sont destinés à faire partie de la Légion Etrangère » et retrouve le chef de bataillon Salomon de Musis qui vient d’être, peu auparavant désigné comme « commandement du bataillon ». Ensemble, ils entreprennent d’organiser le 1e bataillon de la Légion étrangère en 4 compagnies, suivant en cela le modèle des régiments d’infanterie de ligne. Quant à la valeur des recrues que découvre le commandant Clavet Gaubert, il écrit qu’il trouve que « l’espèce d’hommes est généralement fort belle ; le plus grand nombre étant façonné à l’instruction et à la discipline ».

Quelles que soient les motivations multiples des étrangers qui se dirigent vers Bar-le-Duc, leur nombre continue de croître régulièrement, passant de quelque 400 en avril à 800 en mai. Le commandant Clavet Gaubert décide alors de mettre sur pied non plus 4 mais 8 compagnies. La question de l’encadrement n’est toujours pas réglée car les mesures prises pour sélectionner les « vrais » officiers étrangers entraînent une diminution drastique de leur nombre qui n’est en rien palliée par des officiers français que la direction de l’infanterie n’envoie pas. Ainsi le 1er bataillon en cours de formation ne compte-t-il que 12 officiers sur un total réglementaire de 23 et 3 sous-officiers sur un total de 15; qui plus est, écrit le chef de bataillon Salomon de Musis, sur les 12 officiers présents, « deux ou trois connaissent leur métier et montrent du zèle, les autres sont au-dessous du médiocre de toutes les manières ».  En ce qui concerne les sous-officiers, le commandant Salomon de Musis décide de les sélectionner parmi les caporaux étrangers « les plus capables et les plus expérimentés », ce qui est une bonne solution mais qui rencontre dans sa mise en œuvre de nombreuses difficultés. La principale  est liée à la mauvaise volonté du commandement qui semble se désintéresser totalement de ce qui se passe à Bar-le-Duc. Ainsi, lorsque, le 25 avril, Salomon de Musis et Clavet Gaubert demandent à leur autorité supérieure, le général Simoneau, ancien des guerres de la révolution mis en non-activité en 1815 puis rappelé au service en 1823, l’autorisation de nommer définitivement sous-officiers des caporaux étrangers qu’ils ont « soigneusement choisis », ils ne reçoivent aucune réponse. Ne voyant rien venir, Clavet Gaubert entreprend de « tourmenter

pour qu’il en autorisât la nomination définitive ». Homme d’indécision las d’être tourmenté, le général répond le 15 mai, un mois plus tard, « que la demande a été soumise au Ministre et, qu’avant d’avoir reçu ses instructions à cet égard, il ne peut rien statuer ». Furieux Clavet Gaubert en rend compte directement au maréchal Soult et obtient gain de cause.

En plus des difficultés liées à l’encadrement, l’organisation du 1er bataillon souffre d’un manque de moyens  comme si la création de la Légion étrangère, acte politique s’il en fût, indisposait la direction de l’infanterie. Ainsi, en juin l’armement, dont principalement les fusils, n’a toujours pas été livré, la dotation en  shakos fait qu’il n’y en a encore qu’un pour deux hommes et qu’il manque quelque 500 redingotes, ce qui fait « qu’il y a 298 hommes qui n’ont que les effets avec lesquels ils sont arrivés et qui se trouvent détériorés par une longue route ».

Malgré tout,  une instruction rudimentaire se déroule à Bar-le-Duc, l’encadrement s’efforçant, avec les moyens du bord, « d’exercer tous les hommes aux diverses manœuvres de l’école du soldat et du peloton » et les légionnaires deviennent des terrassiers à défaut d’être déjà des bâtisseurs : « comme le champ d’exercices qui nous a été affecté est un pré longtemps humide après la cessation de la pluie, nous avons employé nos étrangers à retirer du sable de l’Ornain, qui baigne presque les murs de la caserne et nous avons ensablé l’esplanade sur laquelle nous les exerçons ».

Au cours du mois de juin 1831, le bruit court à Bar-le-Duc, selon lequel « le bataillon de la Légion étrangère qui s’organise ici allait recevoir incessamment l’ordre de partir ». Face à cette rumeur, le chef du dépôt dresse, à l’attention du ministre, un premier bilan de l’état du 1er bataillon de la Légion étrangère. Sur le plan de l’encadrement, il ne lui manque plus que 8 officiers, dont cinq capitaines, l’officier-armurier et le chirurgien. L’armement est attendu car « l’ordre d’expédier les armes est parvenu à Metz ». Enfin l’instruction donne les résultats que l’on peut obtenir sans armes pour la dispenser. Il faut en conséquence encore du temps pour « obtenir quelque ensemble entre ceux qui savent mal et ceux qui ne savent rien » puis pour entraîner les hommes « à la marche dans un corps réservé sans doute à une destination lointaine ». Néanmoins, le commandant Clavet Gaubert conclut « au physique, l’espèce ne saurait être plus belle [et], au moral ils sont animés du meilleur esprit » et estime pouvoir sous peu « achever ce qui a été si bien commencer [et créer] cette force de cohésion que donne l’habitude de la caserne, le lien de la discipline, le sentiment d’honneur et de fidélité qui attache au drapeau ».

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