
Barcha Bauer est un réalisateur et producteur français spécialisé dans le documentaire historique et mémoriel. Depuis plus de trente ans, il met en lumière les mémoires oubliées des territoires d’outre-mer et de certaines régions métropolitaines. Fondateur de Les Productions de la Lanterne et de Cinquillo Films (Guadeloupe), il défend une ligne éditoriale engagée en faveur de la diversité et de la transmission.
S’il y a, dans mon propos, l’idée d’un passage, d’un témoignage sur des mémoires oubliées, particulièrement celles des peuples d’outre‑mer, mais aussi en métropole (Alsace, Lorraine, Auvergne, Aquitaine…), ma volonté est de restaurer les plaies pour aller vers un futur digne et respectueux, combler les vides, réparer ces manques de l’Histoire en France, notamment concernant les territoires d’outre-mer. Ces femmes et ces hommes sont des marqueurs de notre société contemporaine, souvent mal perçus ou volontairement oubliés. C’est la raison de mon engagement éditorial, incarné par mon travail de réalisateur-producteur.
Grâce à notre expérience et à notre savoir‑faire dans la production audiovisuelle, et au travail de fond mené depuis plus de trente ans dans les territoires ultramarins, nous avons tissé des liens importants avec des personnalités du monde culturel et politique, des chercheurs, des scientifiques et des acteurs associatifs locaux. Cela nous permet de développer des projets de grande envergure, innovants et pertinents, qui enrichissent les programmes des chaînes audiovisuelles.
Tout commence le 14 juillet 1990, à Cayenne (Guyane française). J’étais alors chef opérateur pour RFO (aujourd’hui France Télévisions-Guyane la 1re) pour immortaliser le lancement d’une fusée Ariane 4 à Kourou. Ce fut une double découverte chargée d’émotion : l’univers spatial et, surtout, la rencontre d’une mémoire cachée ou oubliée. L’image et le son m’ont permis une immersion dans la richesse d’un monde à la fois singulier et pluriel.
Sur le terrain, j’ai côtoyé des peuples éloignés : créoles, Indiens d’Asie, Chinois, Vietnamiens, Saint‑Luciens, Haïtiens, Brésiliens, Européens, paysans, Amérindiens (Wayana, Galibi, Arawak), Bushinengué — peuples noirs vivant sur les fleuves de Guyane — souvent méconnus du public français à la fin du XXe siècle. Le constat des années 1990, notamment auprès du CNDP (aujourd’hui Canopé), était qu’aucun document relatif à l’histoire de l’outre‑mer n’était présent dans les programmes scolaires. Dans l’audiovisuel public, la prise de conscience commençait par des premières productions indépendantes.
Vers la fin des années 1990, aux Productions de la Lanterne, j’ai élaboré une ligne éditoriale visant à faire découvrir des femmes et des hommes dont les parcours singuliers révèlent des cultures riches et des traditions fortes. À travers nos films, nous défendons la diversité et favorisons les rencontres entre communautés. En 1998, est née l’idée d’une collection sur les grandes figures noires de la République : Gaston Monnerville, Félix Éboué, Franz Fanon, René Maran, Marcel Manville, Paulette Nardal, Gerty Archimède, Moune de Rivel, Lisette Malidor, L’Ame du couteaux chiens…
Pour être au plus près de ces histoires, nous avons fondé en 2006, en Guadeloupe, Cinquillo Films – du nom du rythme caribéen à cinq temps. Sa mission : faire connaître et valoriser la culture, le social, la découverte et le patrimoine mémoriel de la Caraïbe, des Antilles, de la Guyane et de l’Afrique.
Nos productions ont ensuite exploré d’autres territoires et thématiques (mémoire‑histoire, Résistance en métropole, Première et Seconde Guerre mondiale, décolonisation, sport, vie quotidienne sous l’occupation en Auvergne, Alsace, Nouvelle‑Aquitaine, Occitanie…). La série 5×26 minutes Le Refus / Destins communs (Strasbourg – Périgueux), l’Université résistante, Michel Slintinsky, Monseigneur Piquet, Monsieur Théas, ainsi que des portraits comme La dernière promenade de François Mitterrand ou Le château de notre mère (Joséphine Baker).
Aux Antilles, en Guyane et en métropole, nous avons produit plus de 100 documentaires de 52 minutes, coproduits et diffusés majoritairement par France Télévisions, avec le soutien des collectivités locales, du ministère de l’Outre‑Mer et de la DMPA (Délégation à la Mémoire et au Patrimoine des Armées). Parmi nos dernières productions : « Léopold Héder, la Guyane au cœur », « Les oubliés chinois de la Grande Guerre », « François Pavilla, la boxe en héritage », « Vivre ensemble, les Hmongs », « Les Wayanas, un peuple entre deux mondes », « Un caillou et des hommes » (sélectionné au FEMI 2015), « La French Baguette » (France TV / Radio‑Canada, juin 2015), « On a retrouvé le soldat Borical » (Prix Meilleur Documentaire Antilles/Guyane, FEMI 2014). Le 30 mai 2024, au festival Les Révoltés du Monde (Guyane), nous avons reçu le Prix du Public pour « Cyrille Régis, l’itinéraire d’une légende » (coproduction France TV – Guyane la 1re).
Ces distinctions renforcent notre détermination à produire des documentaires incisifs et originaux. Ces deux dernières années, nous avons produit deux nouveaux films : « Lisette Malidor : une artiste universelle » (sortie prévue le 30 octobre 2024, avec le soutien de MyCanal – Canal+ Caraïbes) et « Sous la cendre, le feu » (diffusé sur France TV-Martinique la 1re, le 24 septembre 2024), qui traite de la révolte des ouvriers de la canne à Chalvet en février 1974.
Pour 2025-2026, deux réalisations de 52 minutes sont en production : « Mayotte Capécia, une histoire de femmes » (Myriam Cottias, Fabienne Kanor, réalisation Fabienne Kanor, pour France TV-Martinique la 1re) et « Retour à Johannesburg, Roger Bourgarel » (premier Noir à jouer dans l’équipe de France de rugby contre les Springboks en Afrique du Sud, 1971) ; coproductions : France TV-Ici Occitanie, Pôle Outre‑Mer de France TV et Guadeloupe la 1re ; sorties prévues en octobre 2026.
Aujourd’hui, en tant que réalisateur et producteur, je poursuis cette même ligne éditoriale. Mon catalogue compte de nombreux documentaires de 52 minutes. Je m’attache à donner, avec autrices et auteurs des régions et de la métropole (Fabienne Kanor, Véronique Kanor, Serge Poyotte, Serge Bilet, Gérard Césaire, Marie‑Josée Mauryanapin, Jean‑Marc Césaire, Roger Karam, Antoine Karam, Jeanne Yang Ting‑Ho, Anne‑Marie Loiseau, Victor Permal, Éric Moreau, Pierre‑Yves Hamparzoumian…), une juste place aux Ultramarins, peuples impliqués dans l’Histoire de France.
Ne pas connaître son histoire peut devenir une forme d’aliénation de la pensée, tant en outre-mer que dans l’hexagone.
Le Souvenir Français est la plus ancienne association mémorielle en France (création en 1887). Elle n’a qu’une ambition « servir la nation républicaine » en sauvegardant la mémoire nationale de la France. Afin d’atteindre cet objectif, Le Souvenir Français entretient des liens amicaux avec de nombreuses associations qui œuvrent en totalité ou partiellement afin de faire vivre […]
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Voir l'article >Pour en savoir plus sur la mémoire Outre-Mer 1 – 1946-1996, Cinquante ans de départementalisation Outre-Mer, Fred Constant, Justin Daniel, L’Harmattan, 1997. Plus d’infos : https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/1946-1996-cinquante-ans-de-departementalisation-outre-mer/68518?srsltid=AfmBOoqpq2OgKjlakYRhu3MdigTQRU9wPevofCCfkHjRJzVeBQfPima0 2 – Dominations et contestations postcoloniales dans les Outre-mer depuis 1946, Sylvain Mary, Presses universitaires de Rennes, 2025. Plus d’infos : https://pur-editions.fr/product/10259/dominations-et-contestations-postcoloniales-dans-les-outre-mer-depuis-1946-hs20 3 – L’évolution des territoires d’Outre-Mer depuis 1946, Pierre-François […]
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