Le monument aux morts de Levallois-Perret labellisé Patrimoine d’intérêt régional en Île-de-France

8 avril 2021

En partenariat avec la Délégation Régionale de la Fondation du Patrimoine, Le Souvenir Français a pour projet de créer un parcours mémoriel en Ile-de-France consacré à la guerre de 1870-1871.

Dans ce cadre, le monument aux morts de Levallois-Perret a été présenté à la labellisation Patrimoine d’intérêt régional de la région Ile-de-France par notre association et la ville de Levallois-Perret.   

L’histoire du monument

La décision d’édifier un monument aux morts dans le cimetière municipal est entérinée par le vote d’une délibération le 28 juillet 1922 par le Conseil municipal de Levallois. Un concours est alors lancé et a pour consigne : « Le choix du sujet est laissé aux concurrents. Toutefois, ils devront se pénétrer de l’idée qu’ils doivent créer un monument d’architecture sobre, ne comportant aucun attribut confessionnel ou de glorification guerrière et symbolisant l’horreur de la guerre et la prospérité des peuples dans un avenir de paix et de fraternité ».

Le 14 mai 1923, le jury se réunit et désigne le projet du statuaire Charles Yrondi et de l’architecte Bertin lauréat du concours. L’interprétation du monument donné par le statuaire, lui-même ancien combattant, est la suivante : « La France pleure ses enfants. À sa gauche un soldat noir rappelant le concours des troupes coloniales reste dans une naïve et muette admiration, tandis qu’à sa droite, un troupier plus conscient, attend les ordres de la Patrie, résolu au sacrifice. Dans son regard il y a une désapprobation des atrocités engendrées par la guerre. En dessous du soldat noir se trouve un fusillé. Plus bas, un autre combattant est à genoux, dans l’attitude du soldat prêt à lancer une grenade. Lui aussi semble s’adresser à la France et demander s’il est vraiment indispensable, après tant de souffrances, de mourir soit fusillé, soit gazé comme son camarade à sa gauche. Enfin, au premier plan, l’ouvrier brisant l’arme symbolique du crime (une épée) pour l’utiliser à une œuvre de paix. »

La création du monument a lieu dans un contexte tendu entre la municipalité de Louis Rouquier et les associations d’anciens combattants. En effet, lors des commémorations du 1er novembre 1921, le drapeau rouge est déployé en tête du cortège et l’adjoint au maire termine son discours ainsi : « A bas la guerre ! Vive la révolution internationale ! », provoquant ainsi de vives réactions au sein des associations d’anciens-combattants. En signe d’apaisement, le maire nomme alors deux délégués les représentant à la commission chargée du projet du monument aux morts.

De 1924 à 1926 ont lieu les travaux du monument et de la crypte-ossuaire. Une violente campagne de presse est menée contre le projet considéré comme antimilitariste par certaines associations d’anciens combattants : « Le scandaleux et inacceptable monument aux morts de la guerre : ce monument ne parait pas seulement évoquer l’horreur de la guerre, il est aussi antimilitariste ». L’avenir de Levallois n°92 du 09 octobre 1926.

De plus, le monument est vandalisé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1926 : le visage de l’ouvrier est mutilé et l’épée endommagée. Cet acte est condamné par la Ligue des droits de l’homme. Selon elle, l’œuvre n’a pas un caractère défaitiste mais rend hommage aux victimes.

L’inauguration du monument a finalement lieu le 23 avril 1927. La cérémonie qui débute à 10 heures du matin, se déroule contre toute attente dans le calme et 1500 personnes y assistent. Les associations d’anciens-combattants défilent devant le monument et des discours en faveur de la paix entre les peuples sont prononcés par Louis Rouquier, maire de Levallois, Paul Bouju, préfet de la Seine puis Paul Langevin, professeur au Collège de France.

Levallois, inauguration du monument aux morts : [photographie de presse] / [Agence Rol]

C’est ainsi un monument atypique qui est édifié en raison de son caractère pacifiste. Au niveau national, il y en aurait seulement 35.

« 75 ans de guerres franco-allemandes »

Le monument aux morts surplombe une crypte de 300 places où reposent les corps des Levalloisiens morts pour la France. Une centaine de places est inoccupée. Lorsque les concessions familiales de soldats morts pour la France prennent fin, leur corps sont transférés dans la crypte. Ainsi reposent les corps de soldats de la guerre de 14-18, de 39-45 mais également de soldats ayant participé à la guerre de 1870-1871. En effet, ces derniers inhumés décédés le 22 mai 1871 sont transférés en 1877 dans une concession perpétuelle puis en 1961 dans la crypte.

Le monument regroupe ainsi la mémoire des trois conflits franco-allemands qui ont marqué la fin du XIXème siècle et le XXème siècle. A l’occasion du 150ème anniversaire de la guerre de 1870-1871 qui est porteur d’un message symbolique fort : « 75 ans de guerre franco-allemandes, 75 ans de paix européenne », sa labellisation est un pas supplémentaire pour redonner une juste place à ce conflit oublié.

Articles récents

21 avril 2021

Message du Président Général Serge Barcellini suite au décès de Monsieur René Randrianja

Mesdames, Messieurs, Cher(e) ami(e), J’ai l’immense tristesse de vous faire part de la disparition brutale de René Randrianja dimanche dernier. René Randrianja avait rejoint notre conseil d’administration en septembre 2019. Il avait été président du CA de l’Association des anciens des Lycées Français du Monde. Il était un jeune homme plein d’avenir, il se plaisait […]

Voir l'article >
17 mars 2021

Les femmes, l’avenir du Souvenir Français

Discours du Président Général Serge Barcellini, lors de l’inauguration de l’exposition du musée de la Cour d’Or de Metz sur Marie Sautet. Le Souvenir Français n’a pas dans ses habitudes d’inscrire des actions dans la Journée internationale des droits des femmes. Notre agenda mémoriel est le plus souvent celui des 1er et 2 novembre – […]

Voir l'article >
29 janvier 2021

Le Souvenir Français et le rapport de Benjamin Stora au président de la République

A la recherche des Morts pour la France Mais où sont passés les Morts pour la France ? Dans les 157 pages du rapport de Benjamin Stora consacré aux questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, cette expression n’est pas à l’ordre jour. Elle n’est présente qu’à trois reprises, deux fois dans des […]

Voir l'article >
6 juillet 2021

Monument du mois

Les monuments à la mémoire des combattants polonais de la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs. Après l’invasion de la Pologne et son annexion par l’Allemagne nazie d’Hitler en septembre 1939, le général polonais Sikorski se réfugie en France avant de gagner Londres. Il appelle alors les combattants polonais à le rejoindre. L’armée polonaise reformée […]

Voir l'article >

On aime on soutient

Portrait de combattant : la mémoire à travers le témoignage Le Souvenir Français souhaite mettre en valeur chaque mois le témoignage d’un combattant. Pour le mois de juillet : portrait d’Emmanuel Laquière, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale Emmanuel Laquière, au centre de la photo, lors des commémorations à Saint-Raphaël le 4 juin 2021 1- Quel âge […]

Voir l'article >
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

On aime on soutient

6 juillet 2021

En partenariat avec la Délégation Régionale de la Fondation du Patrimoine, Le Souvenir Français a pour projet de créer un parcours mémoriel en Ile-de-France consacré à la guerre de 1870-1871.

Dans ce cadre, le monument aux morts de Levallois-Perret a été présenté à la labellisation Patrimoine d’intérêt régional de la région Ile-de-France par notre association et la ville de Levallois-Perret.   

L’histoire du monument

La décision d’édifier un monument aux morts dans le cimetière municipal est entérinée par le vote d’une délibération le 28 juillet 1922 par le Conseil municipal de Levallois. Un concours est alors lancé et a pour consigne : « Le choix du sujet est laissé aux concurrents. Toutefois, ils devront se pénétrer de l’idée qu’ils doivent créer un monument d’architecture sobre, ne comportant aucun attribut confessionnel ou de glorification guerrière et symbolisant l’horreur de la guerre et la prospérité des peuples dans un avenir de paix et de fraternité ».

Le 14 mai 1923, le jury se réunit et désigne le projet du statuaire Charles Yrondi et de l’architecte Bertin lauréat du concours. L’interprétation du monument donné par le statuaire, lui-même ancien combattant, est la suivante : « La France pleure ses enfants. À sa gauche un soldat noir rappelant le concours des troupes coloniales reste dans une naïve et muette admiration, tandis qu’à sa droite, un troupier plus conscient, attend les ordres de la Patrie, résolu au sacrifice. Dans son regard il y a une désapprobation des atrocités engendrées par la guerre. En dessous du soldat noir se trouve un fusillé. Plus bas, un autre combattant est à genoux, dans l’attitude du soldat prêt à lancer une grenade. Lui aussi semble s’adresser à la France et demander s’il est vraiment indispensable, après tant de souffrances, de mourir soit fusillé, soit gazé comme son camarade à sa gauche. Enfin, au premier plan, l’ouvrier brisant l’arme symbolique du crime (une épée) pour l’utiliser à une œuvre de paix. »

La création du monument a lieu dans un contexte tendu entre la municipalité de Louis Rouquier et les associations d’anciens combattants. En effet, lors des commémorations du 1er novembre 1921, le drapeau rouge est déployé en tête du cortège et l’adjoint au maire termine son discours ainsi : « A bas la guerre ! Vive la révolution internationale ! », provoquant ainsi de vives réactions au sein des associations d’anciens-combattants. En signe d’apaisement, le maire nomme alors deux délégués les représentant à la commission chargée du projet du monument aux morts.

De 1924 à 1926 ont lieu les travaux du monument et de la crypte-ossuaire. Une violente campagne de presse est menée contre le projet considéré comme antimilitariste par certaines associations d’anciens combattants : « Le scandaleux et inacceptable monument aux morts de la guerre : ce monument ne parait pas seulement évoquer l’horreur de la guerre, il est aussi antimilitariste ». L’avenir de Levallois n°92 du 09 octobre 1926.

De plus, le monument est vandalisé dans la nuit du 23 au 24 novembre 1926 : le visage de l’ouvrier est mutilé et l’épée endommagée. Cet acte est condamné par la Ligue des droits de l’homme. Selon elle, l’œuvre n’a pas un caractère défaitiste mais rend hommage aux victimes.

L’inauguration du monument a finalement lieu le 23 avril 1927. La cérémonie qui débute à 10 heures du matin, se déroule contre toute attente dans le calme et 1500 personnes y assistent. Les associations d’anciens-combattants défilent devant le monument et des discours en faveur de la paix entre les peuples sont prononcés par Louis Rouquier, maire de Levallois, Paul Bouju, préfet de la Seine puis Paul Langevin, professeur au Collège de France.

Levallois, inauguration du monument aux morts : [photographie de presse] / [Agence Rol]

C’est ainsi un monument atypique qui est édifié en raison de son caractère pacifiste. Au niveau national, il y en aurait seulement 35.

« 75 ans de guerres franco-allemandes »

Le monument aux morts surplombe une crypte de 300 places où reposent les corps des Levalloisiens morts pour la France. Une centaine de places est inoccupée. Lorsque les concessions familiales de soldats morts pour la France prennent fin, leur corps sont transférés dans la crypte. Ainsi reposent les corps de soldats de la guerre de 14-18, de 39-45 mais également de soldats ayant participé à la guerre de 1870-1871. En effet, ces derniers inhumés décédés le 22 mai 1871 sont transférés en 1877 dans une concession perpétuelle puis en 1961 dans la crypte.

Le monument regroupe ainsi la mémoire des trois conflits franco-allemands qui ont marqué la fin du XIXème siècle et le XXème siècle. A l’occasion du 150ème anniversaire de la guerre de 1870-1871 qui est porteur d’un message symbolique fort : « 75 ans de guerre franco-allemandes, 75 ans de paix européenne », sa labellisation est un pas supplémentaire pour redonner une juste place à ce conflit oublié.

Articles récents

21 avril 2021

Message du Président Général Serge Barcellini suite au décès de Monsieur René Randrianja

Mesdames, Messieurs, Cher(e) ami(e), J’ai l’immense tristesse de vous faire part de la disparition brutale de René Randrianja dimanche dernier. René Randrianja avait rejoint notre conseil d’administration en septembre 2019. Il avait été président du CA de l’Association des anciens des Lycées Français du Monde. Il était un jeune homme plein d’avenir, il se plaisait […]

Voir l'article >
17 mars 2021

Les femmes, l’avenir du Souvenir Français

Discours du Président Général Serge Barcellini, lors de l’inauguration de l’exposition du musée de la Cour d’Or de Metz sur Marie Sautet. Le Souvenir Français n’a pas dans ses habitudes d’inscrire des actions dans la Journée internationale des droits des femmes. Notre agenda mémoriel est le plus souvent celui des 1er et 2 novembre – […]

Voir l'article >
29 janvier 2021

Le Souvenir Français et le rapport de Benjamin Stora au président de la République

A la recherche des Morts pour la France Mais où sont passés les Morts pour la France ? Dans les 157 pages du rapport de Benjamin Stora consacré aux questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, cette expression n’est pas à l’ordre jour. Elle n’est présente qu’à trois reprises, deux fois dans des […]

Voir l'article >
6 juillet 2021

Monument du mois

Les monuments à la mémoire des combattants polonais de la Seconde Guerre mondiale dans le Doubs. Après l’invasion de la Pologne et son annexion par l’Allemagne nazie d’Hitler en septembre 1939, le général polonais Sikorski se réfugie en France avant de gagner Londres. Il appelle alors les combattants polonais à le rejoindre. L’armée polonaise reformée […]

Voir l'article >

L’œil de l’Historien

Frédéric Guelton, L’alliance avec la Pologne dans la diplomatie et la stratégie françaises après la Première Guerre mondiale Colonel (er) ancien chef du département de l’Armée de Terre au service historique de la Défense et ancien rédacteur en chef de la revue historique des Armées. Membre du Conseil scientifique de la Mission du centenaire de […]

Voir l'article >