
Mémorial de la Dissidence, Bord-de-Mer, Guadeloupe
Article de la Délégation générale du Souvenir Français de Guadeloupe
La Dissidence pendant la Seconde Guerre mondiale désigne le mouvement de résistance contre le régime de Vichy dans les départements d’Outre-Mer français qui étaient encore des colonies, en particulier en Guadeloupe et en Martinique. Ce mouvement migratoire gagne tous ceux mais aussi toutes celles qui refusent le régime instauré par le maréchal Pétain en 1940, représenté en Martinique par l’amiral Georges Robert, haut-commissaire de la France aux Antilles et le gouverneur Constant Sorin en Guadeloupe.
Entre 2 000 et 3 000 jeunes antillais, guadeloupéens et martiniquais, choisissent d’aller rejoindre les FFL après l’appel du Général de Gaulle le 18 juin 1940, pour défendre l’idéal d’une certaine France. Les Guadeloupéens partent vers la Dominique et Antigua, possessions britanniques. Cependant, tous ceux, jeunes et moins jeunes, qui sont arrivés dans l’île anglaise, n’ont pas été forcément engagés et beaucoup ont connu des fortunes diverses. Cette période est synonyme de répression et de violence marquée par une surveillance étroite de la population : les grèves sont réprimées et les instigateurs sont emprisonnés. Les restrictions économiques dues au blocus des Alliés dans les Caraïbes rendent obligatoires l’obtention de bons de rationnement pour pouvoir s’approvisionner. La majorité des dissidents étaient issus de milieux modestes. Ils partent de nuit ou au lever du jour sur de frêles embarcations, les « canots » qui appartiennent aux passeurs qui sont marins pêcheurs. Certains dissidents n’hésitent pas à voler des embarcations comme le saintois Massena Desbonnes. C’est à partir des côtes de Bananier jusqu’à Trois Rivières, proches de l’île de la Dominique, que commence l’aventure. Les trajets maritimes nocturnes étaient périlleux avec les risques de naufrages dans le canal des Saintes, courant extrêmement dangereux. De plus, ils pouvaient être aussi interceptés par les marins du croiseur Jeanne d’Arc qui était aux ordres du gouverneur Sorin, et enfermés avec leurs passeurs au fort Napoléon aux Saintes. Arrivés en Dominique, ils sont pris en charge à Roseau, la capitale, par les services de Jean Massip, nom de guerre du colonel Perrel. Ils reçoivent une rapide formation militaire, signent leur engagement puis sont dirigés vers les États-Unis, plus précisément au Fort Dix durant une année, dans le New Jersey, via Porto Rico et Guantanamo à Cuba. Ils sont intégrés au 21ème groupe antillais de DCA (défense contre avions), ex-bataillon de Marche des Antilles n°1. Ils vont débarquer à Casablanca. La marche triomphale commence. Afrique du nord, Italie, Provence, Alsace-Lorraine et enfin l’Allemagne. Des dizaines de morts au Champ d’Honneur, autant de disparus, des centaines de blessés. Tel est leur tribut à la Mère Patrie. Le mémorial de la dissidence est un monument érigé en 2024-2025 face à la Dominique, à la mémoire de ceux qui furent oubliés pendant des décennies. Il est implanté à la section de Bord de Mer à Trois Rivières, lieu d’où sont partis de nombreux Dissidents. Il comprend deux éléments essentiels : la Croix de Lorraine, proposée au Général de Gaulle comme emblème de la Résistance le 1er juillet 1940, ainsi que le canot de type saintois dont les voiles sont réalisées en inox perforé avec en filigrane des visages de soldats. Juste à côté, une plaque en marbre sur laquelle sont gravés les noms des collectivités qui sont à l’initiative du projet. En 2009, alors qu’il décorait 15 résistants antillais devant le monument aux morts de Fort-de-France, le Président de la République fit cette déclaration : « La Dissidence est digne d’appartenir à la légende sacrée de la Seconde Guerre mondiale ».
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