Billet d’humeur

27 avril 2022

Vladimir Poutine et la mémoire combattante russe à Paris.

Deux monuments illustrent la volonté de Vladimir Poutine d’enraciner une mémoire combattante russe sur le territoire parisien. Deux monuments sont la parfaite illustration de la volonté de construire une « certaine mémoire ».

Le premier est situé au Père Lachaise. Erigé dans l’allée des Anciens Combattants, il clôt l’ensemble des monuments nationaux construits au lendemain de la Première Guerre mondiale par les nations qui souhaitaient rendre hommage à leurs volontaires nationaux qui s’étaient engagés dans les troupes françaises et qui souvent devaient leur reconnaissance nationale grâce à cet engagement – Tchécoslovaquie, Pologne, Arménie, mais aussi les garibaldiens italiens et les volontaires grecs. 

Monument au Père Lachaise

On peut dès lors s’interroger sur le choix de la France accepté par la ville de Paris d’y installer dans ce prolongement le monument en hommage aux combattants soviétiques qui ont rejoint la résistance française ?

Leur histoire en est connue. A partir de 1943, une partie importante des troupes d’occupation allemandes en France sont constituées de combattants d’origine soviétique (russe, ukrainienne, balte etc.). Tous se sont engagés dans les armées allemandes.

En 1944, le Parti Communiste français organise des campagnes afin d’appeler à leur désertion.

Répondant à cet appel, plusieurs milliers vont rejoindre la résistance. La mémoire en est passionnante.

De retour en URSS, ces « résistants » sont totalement marginalisés mais leur vie est sauve, ce qui n’est pas le cas des soldats soviétiques des armées allemandes dont Staline exige le retour et qui finiront au Goulag. Avec la Perestroïka, la Russie redécouvre ces résistants. Une association est créée. Ils sont accueillis en France et mis à l’honneur par l’ambassade de Russie. Un projet de Monument est lancé.

Sculpté par Vladimir Surovtsev, il s’inscrit pleinement dans le style des monuments et des stèles russes qui rendent hommage aux héros de la Grande Guerre patriotique.

Inauguré en mai 2005, ce monument présente deux exceptionnelles particularités. La première est le texte de la plaque. Une date a été effacée à ma demande lorsque j’étais au ministère des Anciens Combattants. La référence inscrite allait de 1939 à 1945. Les concepteurs russes de la plaque souhaitaient ainsi effacer le pacte germano-russe et la véritable entrée en guerre de l’URSS en 1941.

La seconde est la plaque apposée à l’arrière du monument qui rappelle qui l’a financé : Gaz de France. Personne ne s’étonnera aujourd’hui de ce lien entre notre grande entreprise nationale et la Russie… Lors de l’inauguration, dans son discours le représentant du gouvernement français a fait sienne les chiffres véhiculés par le gouvernement soviétique, 35 000 combattants soviétiques dans la résistance française, ce qui est totalement faux et 7 000 morts, ce qui inclut le grand nombre de travailleurs forcés d’origine soviétique morts dans les mines de charbon et de fer de Lorraine.

Le second monument est situé en bordure de la Seine au niveau du pont des Invalides.

Monument près du pont des Invalides

Réalisé par le même sculpteur, il représente un officier tsariste tenant son cheval par la bride. L’histoire là aussi est connue. 1916, la France a un ardent besoin d’hommes afin de faire face à l’offensive allemande de Verdun. Le tsar accepte que 20 000 soldats rejoignent les troupes françaises. En 1917, la révolution russe désorganise ces troupes. La majorité de ces soldats qui soutiennent le nouveau régime regagnent la Russie. Les autres « les Russes blancs » rompent avec leur pays et poursuivent leur combat aux côtés des troupes françaises.

Ils vont en particulier s’illustrer en Champagne. Un cimetière leur rend hommage à Saint-Hilaire-le-Grand. Plusieurs associations dont l’association du souvenir du corps expéditionnaire russe en France avec qui Le Souvenir Français est partenaire, ont pendant des décennies, sauvegardé et valorisé leur souvenir. Ces associations s’opposent alors fondamentalement à la Russie soviétique. Avec l’arrivée de Vladimir Poutine tout change. Ce dernier revendique une vision longue de l’histoire russe. La rupture de 1917 est effacée. La mémoire des « Russes blancs » est intégrée dans la mémoire longue de la Russie.

Le 21 juin 2021, Vladimir Poutine se déplace en personne pour inaugurer le monument aux côtés du premier ministre François Fillon dont l’actualité a souligné les rapports avec la Russie.

Le site choisi est exceptionnel. Dans le triangle d’or des monuments rendant hommage aux héros des XIXème et XXème siècles : Général de Gaulle, Churchill, Albert Ier, Bolivar, Lafayette, Komitas. Comme pour le Père Lachaise, ce choix est éminemment politique.

Posons-nous une question : la Russie aurait-elle accepté que la France érige deux monuments à Moscou en réécrivant son histoire nationale ?

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18 mars 2022

Le Monument funéraire du sergent pilote André Louis TACHARD, « Mort pour la France » est menacé : il va être vendu aux enchères

  L’Hôtel des ventes de Montpellier propose la vente aux enchères, le 26 mars 2022, de quatre-vingts objets de la collection Jeanne TACHARD, dont le monument funéraire installé sur la sépulture d’André Louis TACHARD, située au cimetière du Montparnasse à Paris. André Louis TACHARD, architecte avant sa mobilisation en 1914, sergent pilote au 2e Groupe […]

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25 février 2022

La mémoire de la guerre d’Algérie. Comment bien refermer la boite à chagrin ?

Le 27 août 1961, évoquant la guerre d’Algérie, le général de Gaulle confia à Hervé Alphand « il faut nous débarrasser de cette boite à chagrin où nous engloutissons pour rien nos énergies et qui nous attire toutes sortes de difficultés sur tous les plans. »

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3 février 2022

Communiqué du Président général du Souvenir Français

La vandalisation des monuments dans les départements d’Outre-Mer se poursuit. Lorsque le monument de Joséphine de Beauharnais a été décapité, la majorité des Français sont restés silencieux. Elle était la première épouse de « l’horrible » Napoléon qui avait rétabli l’esclavage. Lorsque le monument de Schoelcher a été vandalisé, la majorité des Français sont restés silencieux. Qui […]

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17 mars 2021

La revue du Souvenir Français

Vous n’êtes pas abonnés à la revue nationale mais certains textes ou articles vous intéressent ? Tous les trimestres, nous vous indiquons le sommaire de la revue à paraître (Janvier, avril, juillet et octobre). Si vous souhaitez la recevoir occasionnellement sans vous abonner, après avoir repéré un article qui vous plaisait, vous pouvez la commander […]

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30 août 2022

Bilan des activités du président général

Eté 2022 1er juillet 2022 : Réunion de travail à l’Institut d’études politiques de Paris afin d’examiner le projet de rénovation du monument aux morts érigés dans l’entrée de l’école rue Saint Guillaume. 4 juillet 2022 : Réunion de travail en visioconférence avec des sénateurs et en particulier Jean-Marc Todeschini, ancien secrétaire d’état aux Anciens Combattants et […]

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Le monument du mois

L’ossuaire français de Dolno Karaslari Pendant la Première Guerre mondiale, la Macédoine du Nord était un territoire du front d’Orient. L’armée française ainsi que les autres armées de l’Entente faisaient face aux armées des puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie et Bulgarie). Le front macédonien est percé le 15 septembre 1918 par les armées françaises. Des milliers […]

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Billet d’humeur

27 avril 2022

Vladimir Poutine et la mémoire combattante russe à Paris.

Deux monuments illustrent la volonté de Vladimir Poutine d’enraciner une mémoire combattante russe sur le territoire parisien. Deux monuments sont la parfaite illustration de la volonté de construire une « certaine mémoire ».

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Monument au Père Lachaise

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En 1944, le Parti Communiste français organise des campagnes afin d’appeler à leur désertion.

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De retour en URSS, ces « résistants » sont totalement marginalisés mais leur vie est sauve, ce qui n’est pas le cas des soldats soviétiques des armées allemandes dont Staline exige le retour et qui finiront au Goulag. Avec la Perestroïka, la Russie redécouvre ces résistants. Une association est créée. Ils sont accueillis en France et mis à l’honneur par l’ambassade de Russie. Un projet de Monument est lancé.

Sculpté par Vladimir Surovtsev, il s’inscrit pleinement dans le style des monuments et des stèles russes qui rendent hommage aux héros de la Grande Guerre patriotique.

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Ils vont en particulier s’illustrer en Champagne. Un cimetière leur rend hommage à Saint-Hilaire-le-Grand. Plusieurs associations dont l’association du souvenir du corps expéditionnaire russe en France avec qui Le Souvenir Français est partenaire, ont pendant des décennies, sauvegardé et valorisé leur souvenir. Ces associations s’opposent alors fondamentalement à la Russie soviétique. Avec l’arrivée de Vladimir Poutine tout change. Ce dernier revendique une vision longue de l’histoire russe. La rupture de 1917 est effacée. La mémoire des « Russes blancs » est intégrée dans la mémoire longue de la Russie.

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