Billet d’humeur du Président Général

3 novembre 2021

La seconde vie des drapeaux d’associations d’anciens combattants

Drapeau récupéré par Le Souvenir Français et déposé dans un lycée dans le Loiret

Le Souvenir Français est inventif. En 2016, il a mis en place une politique nouvelle afin de sauvegarder les drapeaux des associations d’anciens combattants dissoutes.

Né de la Révolution, le drapeau tricolore s’est d’abord imposé comme un emblème militaire. Défendre le drapeau, le sauver de l’ennemi, ou conquérir celui de l’autre, fût pendant tout le 19e siècle un des objectifs des armées. Conquis, le drapeau s’imposait comme l’illustration de la défaite de l’autre.

Il devenait Trophée et prenait une place centrale dans l’église aux soldats des Invalides. Parallèlement, la disparition d’un régiment imposait la sauvegarde du drapeau régimentaire qui rejoignait un lieu prestigieux : le musée de l’Armée, le Service Historique de la Défense à Vincennes ou les musées de garnison.

Créées au lendemain de la guerre franco-prussienne de 1870, les associations d’anciens combattants se sont rapidement dotées d’un drapeau à l’imitation des régiments. Symbole de l’association, il affirme son existence et sa force. Dès lors, le porte-drapeau, celui qui porte le drapeau est un acteur essentiel de la vie commémorative.

Peu nombreuses à la fin du 19e siècle, les associations d’anciens combattants ont connu un développement exceptionnel à partir de 1919.

Durant l’entre-deux-guerres, on estime à plus de 50.000 le nombre d’associations qui existaient à l’échelon local, départemental ou national. Toutes possédaient leur drapeau.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un second réseau associatif s’est créé. Il a généré entre 8 à 10.000 nouvelles associations locales et autant de drapeaux associatifs.

La troisième génération du feu (Indochine, Algérie) a, quant à elle, généré un réseau plus faible d’associations possédant également chacune leur drapeau.

L’existence de ce réseau de drapeaux associatifs marque de manière exceptionnelle les cérémonies patriotiques françaises. Très souvent la réussite d’une cérémonie se mesure au nombre de drapeaux associatifs présents.

La spécificité du monde associatif combattant français est d’être un réseau générationnel. Rares sont en effet les associations intergénérationnelles de type UNC, Union Fédérale ou ARAC.

Cette spécificité pose problème. Lorsque la génération des combattants disparaît, l’association disparait. Et lorsque l’association disparait, le drapeau associatif disparaît.

La disparition des drapeaux associatifs n’a jamais été gérée globalement. En effet, une génération d’anciens combattants succédant à la précédente, la disparition des associations (et de leurs drapeaux) était peu visible.

Il en a été ainsi de la disparition de la génération de 1870 et de celle de 1914-1918. Avec la disparition de la génération 1939-1945, il en fut différemment car les deux générations suivantes (Indochine, Algérie) et OPEX ne masquèrent pas la disparition des associations précédentes, la première étant elle aussi en cours de disparition, la seconde étant moins nombreuse.

Les drapeaux associatifs se firent donc plus rares.

Certains furent déposés dans des mairies ou dans quelques musées (exemple : le Mémorial de Verdun pour l’association Ceux de Verdun) 

D’autres furent conservés par le dernier président de l’association ou le dernier porte-drapeau.

Ces deux solutions présentent des inconvénients

La première réduit le drapeau à être statique : au mieux le drapeau est déposé dans un lieu visible (salle du conseil, vestibule d’entrée, bureau du maire), au pire il est rangé dans un placard.

La seconde est beaucoup plus dramatique : lors de la disparition du dernier président ou du dernier porte-drapeau, le drapeau finit au mieux dans un grenier, au pire sur un site de vente ou dans un vide-greniers.

La réduction prévisible du nombre des drapeaux dans les cérémonies patriotiques est une remise en cause de l’« exceptionnalité française » que constituent ces cérémonies.

Or, cette réduction intervient au moment même où le drapeau national rejoue un rôle de lien sociétal et national entre les Français.

Dès lors, il est apparu essentiel au Souvenir Français de lancer une action de sauvegarde des drapeaux des associations d’anciens combattants dissoutes.

Cette politique repose sur des gestes simples :

-Rechercher les drapeaux des associations dissoutes d’anciens combattants

-En obtenir l’attribution

-Proposer de le déposer pour 3 ans dans un établissement scolaire, en liaison avec le lieu d’origine du drapeau

-Organiser une cérémonie de dépôt en présence des élus locaux, des autorités académiques, des derniers adhérents de l’association dissoute, mais surtout des élèves de l’établissement scolaire qui ont préparé la cérémonie

-Sortir le drapeau de l’établissement scolaire au moins 2 fois par an (le 8 mai et le 11 novembre) lors des cérémonies patriotiques porté par une garde d’honneur.

Depuis 3 ans, 129 drapeaux ont été déposés dans les établissements scolaires. Une véritable réussite qui renforce la vie associative.

Une réussite qui a attiré l’attention des parlementaires ! Le 4 avril 2019, le Sénat a adopté en première lecture une proposition de loi qui va à contre-courant de l’action du Souvenir Français.

L’exposé des motifs s’inspire du texte du Souvenir Français :

« Mesdames, Messieurs,

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un exceptionnel réseau d’associations d’anciens combattants s’est mis en place. Des milliers de communes « hébergeaient » une association communale. Après la Seconde Guerre mondiale, plus de 10 000 associations d’anciens combattants étaient en activité : toutes possédaient un drapeau !

Aujourd’hui, nombre d’entre elles ont disparu et les effectifs des volontaires assurant le travail de mémoire se réduisent. Dans le meilleur des cas, les drapeaux ont été déposés auprès d’autres associations de mémoire ou dans des mairies. »

Cet exposé des motifs conduit les sénateurs à suggérer une série de propositions :

-« En cas de dissolution d’une association d’anciens combattants, à défaut de dispositions statutaires ou de décision de l’assemblée générale, ses biens sont transférés gratuitement à la commune de domiciliation »

-« Le drapeau portant les signes distinctifs d’une association d’anciens combattants est présumé appartenir à cette association »

-« L’association d’anciens combattants originairement propriétaire d’un drapeau acheté dans une foire, dans un marché ou dans une vente publique ou, à défaut, la commune dans laquelle elle était domiciliée peut se le faire rendre à titre gratuit »

-« Lorsqu’un drapeau est transféré à une commune ou rendu à une commune, celle-ci peut le confier notamment à un établissement scolaire ou à une association d’anciens combattants afin d’en assurer la conservation et d’entretenir le devoir de mémoire. Elle en avise le service départemental ou territorial de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre »

Cette proposition de loi a été votée à l’unanimité le 4 avril 2019 par les sénateurs. Elle n’a, à ce jour, pas été présentée au vote des députés. Nous estimons qu’elle « infantilise » en lui réduisant son autonomie le mouvement associatif et qu’elle bureaucratise la gestion des drapeaux.

Le Souvenir Français n’est pas favorable à cette proposition de loi.

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Il en a été ainsi de la disparition de la génération de 1870 et de celle de 1914-1918. Avec la disparition de la génération 1939-1945, il en fut différemment car les deux générations suivantes (Indochine, Algérie) et OPEX ne masquèrent pas la disparition des associations précédentes, la première étant elle aussi en cours de disparition, la seconde étant moins nombreuse.

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-« Lorsqu’un drapeau est transféré à une commune ou rendu à une commune, celle-ci peut le confier notamment à un établissement scolaire ou à une association d’anciens combattants afin d’en assurer la conservation et d’entretenir le devoir de mémoire. Elle en avise le service départemental ou territorial de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre »

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