Lorsque la France accorde la mention « Mort pour la France » à des soldats tués par les armées françaises à la suite d’une mutinerie
Le 18 juin, sur décision de la Présidence de la République, l’ONaCVG a accordé la mention « Mort pour la France » à six tirailleurs sénégalais tués par les armées françaises le 1er décembre 1944.
Rappelons les faits :
– En 1940, les Allemands refusent, pour des raisons racistes, que les prisonniers de guerre français originaires de l’Afrique sub-saharienne soient internés en Allemagne. Le gouvernement de Vichy crée des camps d’internement pour soldats coloniaux.
– En 1944, les soldats coloniaux internés depuis 1940 sont libérés. Il est décidé de mettre en place leur retour en Afrique, avec une indemnité de démobilisation. 1 635 tirailleurs doivent embarquer le 5 novembre 1944 pour Dakar. N’ayant pas touché leur prime, un grand nombre refuse d’embarquer (315 d’entre eux). D’autres restent à Casablanca à l’occasion d’une escale (400 d’entre eux). À Dakar (au camp de Thiaroye), ceux qui restent exigent leur prime. Le général Dagnan est « à deux doigts d’être séquestré » dans ce qui est décrit comme une mutinerie.
Le 1er décembre 1944, les soldats reçoivent l’ordre de tirer sur « les mutins ».
Rappel mémoriel – Le nombre de tués lors de la fusillade varie selon les sources : 35, 70 voire plusieurs centaines de morts. Aucune recherche de lieu d’inhumation n’a été entreprise. Le site de Thiaroye est aujourd’hui un site mémoriel avec des tombes (vides) et un petit musée. Le président de la République François Hollande a visité le site et a remis l’ensemble des archives détenues par le Service Historique de la Défense au gouvernement sénégalais.
Les questions que pose la décision présidentielle :
– L’attribution de la mention « Mort pour la France » est juridiquement encadrée. Les six tirailleurs abattus par les armées françaises lors d’une mutinerie ne rentrent pas dans ce cadre.
– Le gouvernement sénégalais s’est opposé à cette décision en rappelant que ces six tirailleurs étaient des « héros sénégalais ». Il faut s’attendre à une grande cérémonie pour le 80ème anniversaire à Thiaroye le 1er décembre 2024.
La position du Souvenir Français
– Concernant Thiaroye, nous demandons qu’une recherche d’archives soit conduite en partenariat avec des historiens sénégalais. Il faut que cesse le « la France nous cache quelque chose ». Parallèlement, une recherche des sépultures (où sont les 35 ou 100 tirailleurs tués le 1er décembre 1944 ?) doit être conduite en partenariat avec les autorités sénégalaises.
– Pour aller au-delà du cas de Thiaroye, nous demandons qu’un projet de sauvegarde des tombes des combattants « Morts pour la France » tués dans les pays d’Afrique subsaharienne ou décédés dans les casernes où ils étaient regroupés, soit élaboré. Le retrait des troupes françaises d’Afrique va conduire à un abandon de nombreux cimetières militaires en Afrique.
Réflexion
Ernest Renan, dans son célèbre discours « qu’est-ce qu’une Nation ? », a souligné que les historiens représentent souvent un danger pour les Nations.
La mobilisation permanente des historiens (pour la guerre d’Algérie, le Rwanda, le Cameroun, ou Thiaroye) pour les dossiers mémoriels, risque à terme de déstabiliser l’histoire nationale.
Plus d’informations ici.
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