Billet d’humeur du mois

3 février 2023

Frères d’Armes ou chair à canon ?

Tirailleurs, le film de l’intouchable Omar Sy crève les écrans. Il pose le problème central de ce qu’est la Mémoire par rapport à l’Histoire.

La Mémoire, c’est l’Histoire triée au temps présent. Et ce tri dépend de celui qui trie. Dès lors, comment a évolué le temps présent pour la mise en lumière des tirailleurs de nos armées françaises ?

En 1996, il y a 27 ans, dans un colloque consacré aux troupes coloniales dans la Grande Guerre, j’ai présenté les monuments en hommage aux combattants de la Grande France.

Ces monuments sont la parfaite illustration de la mémoire, c’est-à-dire de l’Histoire triée au temps présent. De 1918 à 1950 ces monuments, rares, traduisent d’abord la volonté d’assimilation des troupes coloniales dans une mémoire régimentaire que corrige à la marge une reconnaissance identitaire à travers, en particulier, les symboliques funéraires.

De 1950 à 1975 les monuments vont refléter les tentatives de sauvegarde et de rupture de la décolonisation. Tentatives de sauvegarde de l’empire en particulier avec l’inhumation au Mont Valérien d’un tiers de héros coloniaux sur les 17 combattants inhumés. Tentative de sauvegarde également à travers le transfert de Félix Eboué au Panthéon. Tentative de rupture avec la matérialisation du souvenir des tirailleurs massacrés en 1940 par les armées allemandes sur le territoire français.

De 1975 à 2000, la rupture est consommée. Les tirailleurs ne sont plus que les dernières buttes témoins d’un temps où les nations africaines deviennent fières de leur indépendance. C’est le temps de la cristallisation des pensions (voulue, on l’oublie trop souvent, par les gouvernements africains eux-mêmes); c’est le temps du regroupement des tombes des « Morts pour la France » « Chrétiens » dans les Pays d’Afrique du Nord (et de l’abandon des tombes musulmanes et animistes); c’est le temps de la nostalgie, portée en particulier par les rapatriés concernant l’armée d’Afrique.

Et puis est venu le temps des films Indigènes et Tirailleurs, celui de la repentance, du surdimensionnement du rôle des tirailleurs et de la dénonciation de la colonisation.

C’est le temps du présent.

 Au Souvenir Français, plus qu’en toute autre association, nous avons l’impérieux devoir de sauvegarder la mémoire des tirailleurs des armées françaises. Toute leur mémoire. Mais nous avons aussi l’impérieux devoir de respecter l’Histoire.

Pour en savoir plus : Lire l’article de Serge Barcellini sur les monuments en hommage aux combattants de la Grande France

Article du Journal Le Monde

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