3 questions à Isabelle Cardin

26 février 2021

3 questions à Isabelle Cardin, chargée du recensement des tombes de « Morts pour la France » dans les cimetières communaux d’Ille-et-Vilaine.

Après avoir travaillé plus de 15 ans à Paris en tant que journaliste en presse spécialisée, Isabelle Cardin a choisi de revenir en Bretagne, terre de ses ancêtres, et d’y exercer sa passion pour la généalogie et la recherche archivistique. A ce titre, elle intervient régulièrement en médiathèque lors d’ateliers thématiques pour adultes et au collège à la demande de professeurs d’histoire souhaitant proposer à leurs élèves une approche plus « locale » des grands événements. Responsable communale depuis 2018, elle est chargée de mission par la délégation d’Ille-et-Vilaine depuis mars 2020.

1 – Comment avez-vous rejoint le Souvenir Français et qu’est-ce qui vous a poussée à accepter cette mission de recensement des tombes ?

Je me suis intéressée aux missions du Souvenir Français en 2017, alors que je travaillais sur les « Morts pour la France » de ma commune de résidence (Montauban-de-Bretagne) dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale. Lors de mes travaux de recherche, j’ai découvert que les noms de 20 soldats avaient été omis sur le monument aux morts et j’ai proposé au maire de contacter le Souvenir Français pour faire graver les noms manquants. C’est ainsi que j’ai rencontré Lionel Brodier, alors nouveau délégué général de l’Ille-et-Vilaine, qui m’a proposé de rejoindre l’association. J’ai trouvé cette demande tellement évidente que je n’ai pas hésité une seconde. Et voilà comment je me suis retrouvée déléguée communale ! Quant à mon intérêt pour le recensement des tombes de « Morts pour la France » dans le département, il est venu de deux choses : j’ai toujours adoré me balader dans les cimetières, que ce soit dans l’immense dédale du Père-Lachaise ou dans les petits enclos paroissiaux typiquement bretons. J’avais déjà l’habitude de prendre des photos des tombes qui retenaient mon attention par leur intérêt esthétique ou historique. Je suis très attachée à ce patrimoine funéraire et, en tant que généalogiste, je sais à quel point les stèles sont riches d’histoires et de destins à redécouvrir. L’autre facteur, beaucoup plus personnel, c’est l’absence de sépulture pour mon grand-père, jeune lieutenant disparu en mer pendant la Seconde Guerre mondiale et « Mort pour la France ». A défaut de pouvoir me recueillir sur sa tombe, j’ai une pensée pour lui à chaque fois que je sauve une sépulture de l’oubli.

Cimetière de Romillé

2 – Le recensement des tombes des « Morts pour la France » en Ille-et-Vilaine que vous conduisez est assez exceptionnel. Pouvez-vous nous parler de votre action ?

Pour mener au mieux sa mission de délégué général départemental, Lionel Brodier souhaitait la constitution d’un fichier recensant les tombes de « Morts pour la France » dans les cimetières communaux du département. C’est un travail que j’avais commencé pour les tombes de ma commune d’abord, lors de mon travail pour le centenaire 14-18, puis dans les cimetières des environs. Je profitais de mes balades pour prendre les tombes en photo, en particulier celles qui portaient un panneau de fin de concession. Lorsque ma mission est devenue officielle, j’ai décidé de travailler de façon méthodique. J’ai commencé par définir des secteurs d’action, en me calant sur le territoire des communautés de communes. Ainsi, je travaille par groupe de six à vingt communes en moyenne. Quand le recensement d’une intercommunalité est terminé, nous contactons son président pour lui présenter notre bilan. L’objectif est, bien sûr, de sensibiliser l’ensemble des maires à la préservation des tombes concernées. En pratique, ce découpage est également intéressant à un autre titre : il arrive qu’un soldat « Mort pour la France » ait son nom sur le monument aux morts d’une commune, mais que sa sépulture se trouve dans un village voisin. Travailler sur un territoire plutôt que commune par commune permet de repérer plus facilement ce genre de cas.

J’ai également mis au point une méthode de travail. Tout d’abord, je commence par me procurer le plan de chaque cimetière visité. Certains sont en ligne, d’autres sont affichés à l’entrée ou en mairie, mais il faut parfois se contenter d’une photo aérienne récupérée sur Internet pour localiser les sépultures concernées. Avant d’arpenter les allées du cimetière, je m’assure également d’avoir sur moi la liste des noms inscrits sur le monument aux morts correspondant, classés par conflits. Je tiens ici à souligner le fabuleux travail de relevé effectué par les bénévoles du site MemorialGenWeb, qui me facilite grandement la tâche. J’ai aussi passé du temps aux archives départementales pour lister les noms de tous les corps rapatriés en Ille-et-Vilaine à l’issue de la Première Guerre mondiale, commune par commune. J’ai ainsi une idée beaucoup plus précise des sépultures de poilus que je suis susceptible de trouver. Mais l’enquête de terrain reste indispensable. Elle permet parfois des découvertes inattendues comme la tombe d’un soldat figurant sur le monument aux morts d’un autre département ! Et il ne faut jamais hésiter à discuter avec les personnes croisées sur place, que ce soit la secrétaire de mairie ou une personne âgée venue fleurir une tombe : elles ont souvent des histoires à raconter qui peuvent se révéler essentielles pour la poursuite du travail de recensement.

Cimetière de Saint-Malo

3 – Quels sont les constats que vous tirez de cette mission ?

Tout d’abord, il s’agit d’une mission de longue haleine. L’Ille-et-Vilaine compte aujourd’hui 332 communes, réparties en 18 intercommunalités, mais le nombre de cimetières est plus proche de 400. Ces dernières décennies, de nombreuses « communes nouvelles » ont vu le jour. Elles regroupent plusieurs anciens villages, chacun ayant son propre cimetière. De même, les grandes villes comme Rennes et Saint-Malo comptent également plusieurs cimetières. C’est donc une activité très chronophage, d’autant que pour faire un recensement complet, il est nécessaire de prendre le temps de bien lire chaque stèle. Il arrive fréquemment que les inscriptions soient devenues illisibles, parce que la peinture dorée s’en est allée ou que la gravure s’est effacée au fil du temps et de l’usure de la pierre. Dans ce genre de cas, je cherche avant tout à identifier une mention « Mort pour la France » ou « Mort au champ d’honneur ». Si je la devine, j’essaie de jouer avec la lumière pour faire apparaître le nom du soldat et je prends toujours une photo, même en cas de doute. Souvent, l’image numérique révèlera l’inscription que l’œil humain ne lisait pas. Parfois, on ne déchiffre qu’une partie du nom, mais en recoupant les différentes sources à ma disposition, je finis toujours par identifier clairement le soldat. J’espère avoir fini tout le quart nord-ouest du département d’ici décembre 2021, mais le recensement complet prendra probablement quelques années de plus.

En effet, plus je progresse dans ce recensement et plus je constate que tout – ou presque – reste à faire. Des municipalités se sont certes intéressées à leurs « Morts pour la France » lors du centenaire 14-18, mais très peu se sont inquiétées de leur sépulture. J’en veux pour preuve les trop nombreux panneaux de déshérence plantés sur des tombes affichant pourtant clairement la mention « Mort pour la France ». C’est vraiment là qu’on réalise à quel point il est important de faire connaître la mission de préservation des tombes poursuivie par Le Souvenir Français ! Le soutien des associations d’anciens combattants est toujours précieux, mais leurs connaissances en la matière sont très inégales d’une section à l’autre. Sauf héros local ou fratrie durement touchée, le souvenir des deux premiers conflits mondiaux s’estompe, même dans les villages. Celui de la guerre d’Algérie reste en revanche très vivace, et les tombes de ses combattants sont globalement mieux identifiées et mieux entretenues.

Au-delà des sépultures à l’abandon ou en déshérence, ce qui me chagrine le plus, c’est de voir des tombes familiales entretenues mais qui ont perdu la mémoire de leur « Mort pour la France » : la stèle a été refaite ou restaurée, mais la mention du soldat n’y figure plus, alors que les archives , et parfois même une inscription devenue à peine lisible, prouvent sa présence. Il y a donc un gros travail de sensibilisation à faire auprès de chacun (mairies, associations et familles) pour que tous réalisent que ces sépultures sont une richesse mémorielle et patrimoniale. Quand une tombe m’interpelle, par une épitaphe particulière le plus souvent, je prends le temps de retracer le parcours du soldat. Et je découvre des destins très émouvants. Par expérience, puisque c’est ainsi que je travaille avec les collégiens, je sais que c’est cette découverte de l’histoire d’un enfant du pays, « Mort pour la France », qui crée le lien le plus fort. On peut s’identifier à lui, on s’attache à son destin. C’est d’ailleurs pour cette raison que je préfère toujours proposer aux maires d’opter pour le maintien des tombes à leur emplacement, et de les restaurer si besoin, plutôt que de les regrouper dans un ossuaire ou dans un carré militaire, trop anonyme à mon goût. L’application de géolocalisation du Souvenir Français, qui permet de découvrir l’histoire de chacun de ces soldats, me semble idéale dès qu’un cimetière compte plus d’une dizaine de « Morts pour la France ». Elle est un formidable outil pédagogique, capable de montrer aux jeunes générations l’impact d’une guerre sur la population locale, quel que soit le conflit. Et tout ça, en se rendant simplement au cimetière de la commune.

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