3 questions à Jean-Pierre JOB

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Le général d’armée aérienne (2S) Jean-Pierre Job est ancien chef d’état-major de l’armée de l’air (2000-2002). Il a été en particulier équipier et leader de la Patrouille de France (1973-1976) , commandant du Régiment de chasse « 2/30 Normandie Niémen » (1978-1980) et major général des armées (1998-1999). Il est président de la Fondation Armée de l’Air et membre du conseil d’administration du Souvenir Français.

1. 75 ans après la création du Normandie Niémen que doit-on retenir de cette histoire?

L’histoire de Normandie Niémen, c’est une épopée des temps modernes, une épopée écrite dès novembre 1942 par une poignée de jeunes pilotes et mécaniciens qui ont choisi de continuer la lutte avec le général de Gaulle, en allant combattre les Allemands avec les Soviétiques. En plus des difficultés linguistiques, ils ont du s’adapter  à un environnement particulièrement hostile et à des conditions de vie spartiates mais, avec leurs compagnons d’armes soviétiques, ils se sont lancés dans des combats féroces avec une fougue et un courage exemplaires, au mépris de la mort toujours au rendez-vous. Heureusement, les volontaires sont nombreux pour venir combler les pertes énormes.

Normandie Niémen terminera la guerre avec un palmarès exceptionnel: 273 victoires aériennes sans compter les nombreuses cibles détruites au sol. Mais sur 97 pilotes ayant participé aux combats, 42 manquent à l’appel, 4 ont été faits prisonniers et 9 sont gravement blessés. Ce taux de pertes particulièrement élevé montre bien la dureté des combats sur le front de l’Est, mais aussi l’héroïsme dont ont fait preuve les membres de cette unité FAFL, « Forces Aériennes Françaises Libres », qui a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de notre Armée de l’Air plongée dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.

Au strict plan militaire, le bilan de Normandie-Niemen est donc éloquent. Au plan humain, Normandie-Niemen a scellé à jamais l’amitié entre la France et la Russie, le symbole de cette amitié restant le geste chevaleresque du capitaine de Seynes qui se sacrifie avec son mécanicien sans parachute alors que leur avion en panne est en perdition, une  histoire toujours enseignée dans les écoles russes. Enfin, au plan diplomatique, Normandie-Niemen a été, et continue à être, un remarquable ambassadeur de la France en Russie.

Normandie-Niemen appartient à notre histoire et nous ne devons pas oublier ces aviateurs courageux qui ont sacrifié leur jeunesse et, pour nombre d’entre eux, leur vie afin de  rendre à la France son honneur et sa liberté.

2. Le Normandie Niémen a un présent. Pouvez-vous nous en dire quelques mots?

Aujourd’hui le Régiment 2/30″ Normandie Niémen », appelé affectueusement le « Neu-Neu », opère sur Rafale à partir de la base aérienne de Mont-de-Marsan. Il a été et continue à être de toutes les opérations extérieures récentes que mène notre pays. En particulier, il a pris part aux opérations menées en Libye en 2011 et a participé à l’opération Serval au Mali dès 2013. A titre anecdotique, mais pour démontrer la remarquable efficacité du Rafale et des hommes et femmes qui le mettent en œuvre au sol et en vol, l’un de ses pilotes a participé au raid historique mené par quatre Rafales, quelques heures seulement après le déclenchement de l’opération Serval au Mali. Lancé depuis la base aérienne 113 de Mont-de- Marsan, ce raid d’une durée de 09H35 ayant  permis de traiter 24 objectifs, constitue la plus longue mission de bombardement menée par l’Armée de l’Air depuis la Seconde Guerre mondiale.

Comme les autres unités de l’Armée de l’Air, le Normandie Niémen est également en première ligne pour la lutte contre Daech. En particulier, le premier détachement de Rafale engagé depuis la Jordanie était commandé par le commandant du « Neu Neu », car cette unité est aujourd’hui un référent dans le domaine de l’attaque air sol. Mais il est également partie prenante dans toutes les missions de l’Armée de l’Air grâce à la remarquable polyvalence du Rafale et de ses équipages.

Ainsi on peut dire que, en combattant contre le terrorisme sur de nombreux théâtres d’opérations, les hommes et les femmes du Normandie Niémen, sur Rafale, perpétuent avec courage et efficacité l’héritage qu’ils ont reçu de leurs grands anciens. Ils méritent également toute notre reconnaissance.

3. Vous venez de prendre la présidence de la « Fondation Armée de l’Air ». Quels sont les objectifs de cette fondation?

Cette Fondation trouve sa genèse dans la volonté du chef d’état major de l’Armée de l’Air d’ouvrir l’Armée de l’Air vers la société civile, et en particulier vers la jeunesse, en développant des partenariats avec le monde socio-économique, industriel, associatif, de la recherche et de l’enseignement.

Les buts poursuivis par la Fondation sont notamment d’ordre éducatif et social, via la promotion, particulièrement auprès des jeunes, de l’esprit de défense et des valeurs de respect, de service, d’intégrité et d’excellence que l’Armée de l’Air incarne , et par la valorisation de la recherche, de l’innovation et de la formation. La Fondation peut également soutenir des événements permettant de mieux faire connaître au grand public le savoir faire de l’Armée de l’Air et le riche patrimoine aéronautique français. Elle peut aussi financer des projets associatifs en lien avec l’Armée de l’Air ou l’aviation. Enfin, elle est acteur du devoir de mémoire en participant à la valorisation du riche héritage laissé par les anciens et en rendant hommage à celles et ceux qui ont donné leur vie dans l’exercice de leur fonction.

Concernant ce dernier point nous rejoignons l’une des missions du Souvenir Français et c’est donc tout naturellement que grâce à nos mécènes – Airbus, Air France, Aéroports de Paris, Dassault Aviation, Safran et Thalès – la Fondation a décidé de soutenir et de participer au financement d’un mémorial national en hommage à tous les aviateurs décédés en service depuis la création de l’aéronautique militaire. C’est un engagement fort envers les familles des disparus et la communauté des aviateurs en service ou retraités. C’est aussi l’occasion de rappeler au grand public que l’engagement des aviateurs au service de la France n’est pas anodin et peut souvent aller jusqu’au sacrifice.

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