Trois questions au Général Alexandre d’Andoque de Sériège

 

Alexandre d’Andoque de Sériège intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1985. Le 1er août 1988, il est promu lieutenant et rejoint l’école d’application de l’arme blindée et cavalerie de Saumur pour y effectuer son stage d’application.

Il est affecté en juillet 1989 au 3e régiment de hussards, puis retrouve, à l’été 1992, l’école d’application de l’arme blindée et cavalerie ; il prend le commandement d’un escadron de chars lourds au 6e-12e régiment de cuirassiers en 1994.

Il obtient le diplôme « état-major » et rallie en septembre 1998 la direction des affaires juridiques de Paris. Il est titulaire du brevet d’études militaires supérieurs en août 2001.

En septembre de la même année, il rejoint le 1er de saphis à Valence comme chez du bureau « opérations-instruction ». Il participe, de mai à septembre 2002, à l’opération « Trident » au Kosovo, puis est engagé, de janvier à juin 2003, comme assistant militaire du général commandant la force « Licorne » en Côte-d’Ivoire.

En août 2003, il est appelé à servir à l’État-major de l’armée de terre. En janvier 2007, il se voit confier le commandement du 1er régiment de saphis. Il est détaché de mai à octobre 2008 à la tête du bataillon français de la « Task Force multinationale Nord » au Kosovo.

Auditeur de la 62e session de l’Institut des hautes études de la Défense nationale et de la 59e session du Centre des hautes études militaires. En 2010, il est affecté à l’État-major des armées. Puis en juillet 2012, il rejoint le Secrétariat général pour l’administration en tant que chef de cabinet du Secrétaire général pour l’administration.

Promu général de brigade le 1er juillet 2015, il se voit confier le commandement de la 3e brigade légère blindée à Clermont-Ferrand. À la dissolution de la brigade, il est nommé, en juillet 2016, commandant de l’École de cavalerie de Saumur.

Le 14 août 2017, il est nommé Directeur du Musée de l’Armée par Florence Parly, Ministre des Armées.

 

1-Le musée de l’Armée a présenté du 5 octobre 2018 au 20 janvier 2019 une exposition consacrée au monde après l’armistice du 11 novembre 1918 intitulé « A l’Est une guerre sans fin, 1918-1923 ».  Quels sont les raisons qui ont motivé cette décision ?

Le musée de l’Armée, membre fondateur de la mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, a accompagné le Centenaire sur le plan patrimonial et scientifique, depuis ses débuts. Opérateur culturel majeur du ministère de la Défense, le musée de l’Armée a d’abord proposé au public une grande exposition patrimoniale sur la Grande Guerre, Vu du front. Représenter la Grande Guerre (octobre 2014-janvier 2015), en partenariat avec la Contemporaine (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine).

Il a ensuite porté plusieurs expositions documentaires sur Les Invalides dans la Grande Guerre (juillet-octobre 2014), L’hyperbataille de Verdun (janvier-avril 2016), sur l’engagement des Etats-Unis aux côtés des Alliés en 1917 (janvier-avril 2017) et dernièrement sur les armistices (juillet-septembre 2018) revenant sur les sept armistices signés entre le 5 décembre 1917 et le 13 novembre 1918 et leurs conséquences.

Dans ce contexte, il apparaissait légitime que le musée de l’Armée réfléchisse à un projet d’exposition qui conclue, à son échelle, le cycle du centenaire de la Grande Guerre. A cet égard, un sujet a paru s’imposer, de par la multiplicité des perspectives proposées : celui d’une exposition fondée sur la divergence historique qui s’établit, en 1917-1918, entre l’Est et l’Ouest de l’Europe.

L’exposition a eu pour but de suivre, à l’Est de l’Europe, entre 1918 et 1923, le difficile remplacement des anciens empires par de nouveaux Etats-nations et l’émergence, à la faveur des différentes révolutions et contre-révolutions, d’une radicalisation totalitaire. Elle a montré comment, dans ce contexte troublé, la France, forte de sa prépondérance militaire retrouvée, tente de ramener la stabilité dans la région.

 

2-Un important conseil scientifique a participé à l’élaboration de cette réalisation. L’histoire de l’après 1918 qui mobilise peu les historiens profitera-t-elle du centenaire ?

Le conseil scientifique, qui a accompagné les commissaires dans l’élaboration de cette exposition, en tant que garants de la teneur scientifique du discours et du synopsis de cette manifestation, était composé pour l’essentiel d’historiens et conservateurs, spécialistes des thématiques abordées par l’exposition. Il était présidé par le professeur John Horne, du Trinity College de Dublin et membre du conseil scientifique de la mission du centenaire de la Première Guerre mondiale. Parmi les membres de ce conseil scientifique, il y avait, entre autres, Georges-Henri Soutou (membre de l’Institut de France),  Robert Gerwarth (directeur du Centre for War Studies), Mark Cornwall (professeur d’histoire contemporaine), Isabelle Richefort (adjointe au directeur des Archives au ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères), Annette Becker (professeur d’histoire contemporaine et membre du conseil d’administration du musée de l’Armée), Jean-Paul Amat (professeur honoraire de géographie et président de la Société des amis du musée de l’Armée), Alexandre Sumpf (maître de conférence en histoire contemporaine), Frédéric Guelton (historien et ancien chef du département de l’Armée de Terre du Service historique de la Défense).

Peu d’historiens français se sont intéressés à l’histoire de l’après 1918 dans la partie orientale de l’Europe, à la différence des historiens britanniques et allemands qui ont publié récemment des ouvrages importants comme celui de Robert Gerwarth, Les vaincus. Violences et guerres civiles sur les décombres des empires, 1917-1923. En effet, l’historiographie française s’est surtout penchée sur les négociations de la conférence de la Paix et sur les conséquences de la Grande Guerre en France et dans la partie occidentale de l’Europe. Je citerai le livre de Georges-Henri Soutou, La grande illusion. Quand la France perdait la guerre 1914-1920 et celui de Jacques-Alain de Sédouy, Ils ont refait le monde 1919-1920. En déplaçant ainsi l’attention des visiteurs à la fois dans l’espace et dans le temps du premier conflit mondial, l’exposition a contribué à en faire mieux connaître des aspects et des enjeux à l’Est de l’Europe largement ignorés de nos concitoyens, souvent convaincus que le traité de Versailles à lui seul a mis fin à la Grande Guerre.

En concevant cette exposition, il s’agissait d’avoir une vision plus large de l’histoire de la Grande Guerre est d’aller au-delà de 1918 et au-delà des frontières orientales de l’Allemagne et de l’Empire austro-hongrois, de faire découvrir l’engagement des troupes françaises de la Russie septentrionale aux frontières sud de la Syrie jusqu’alors quasiment ignoré, d’être à l’avant-garde de cette « nouvelle » histoire de la Grande Guerre qui associe celle des pays de l’Ouest et de l’Est de l’Europe et susciter, je l’espère, des travaux historiques sur cette période dont les échos raisonnent encore de nos jours.

 

3-Enfin, comment cette exposition a-t-elle été reçue par le public ?

L’exposition a accueilli 56 079 visiteurs en 109 jours d’ouverture. Nous pouvons être satisfaits de ce taux de fréquentation qui, en raison des nombreuses manifestations des gilets jaunes, a connu une baisse de la fréquentation certains samedis depuis la mi-novembre 2018. Sans ces contretemps le nombre de visiteurs aurait atteint 60 000 visiteurs. A l’exception des expositions « phares » comme Napoléon stratège et Guerres secrètes, qui font 100 000 visiteurs, elle se situe parmi les expositions les plus attractives du musée de l’Armée et ce en dépit d’un sujet difficile et méconnu du grand public.

Comme pour la plupart de nos expositions temporaires, le public est avant tout français avec 86 % des visiteurs.  Au regard des commentaires laissés par le public dans le livre d’or électronique, plus de 90% d’entre eux ont été très satisfaits par leur visite. Leur attention a été attirée par les cartes animées réalisées à l’occasion de cette exposition, les traités prêtés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et les uniformes du musée de l’Armée, des musées de Vienne, Budapest, Varsovie, Kaunas, Vilnius et Londres.

Plus de 98% des visiteurs ont affirmé que cette exposition leur a permis de comprendre les événements qui se sont déroulés à l’Est après 1918 et jusqu’en 1923 et de mieux appréhender ceux d’aujourd’hui. Ce chiffre, ainsi que les précédents, nous conforte dans le choix de cette exposition et dans notre rôle de proposer aux publics des périodes historiques inattendues et riches d’enseignement.

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