Trois questions à Mohamed NEMIRI

Mohamed Nemiri est né dans un hameau de forestage dans les Alpes Maritimes, ingénieur de formation en systèmes d’informations, il a travaillé sur de nombreux projets internationaux, attaché au devoir de mémoire il a rejoint la direction générale de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre il y a plus de 5 ans. Il fut porte-drapeau du Bleuet de France et sert par ailleurs comme officier de réserve opérationnelle en Etat Major des Armées. Il préside le comité du Souvenir Français de Mas-Thibert (13).

 

1. Pouvez-vous nous parler de l’histoire de votre famille ?

D’origine berbère ma famille fait partie de la tribu guerrière des Beni Boudouane située dans le massif de l’Ouarsenis au nord-ouest de l’Algérie.

Au moment de la conquête, mes aïeux défendaient ses terres aux côtés des troupes de l’Emir Abdelkader. Les témoignages du général Montaudon, alors lieutenant lors de ces opérations, décrivent bien l’intensité des combats notamment contre la colonne CHANGARNIER.

En 1845, ils se sont soumis au chef commandant de la subdivision et dès l’institutionnalisation coloniale du douar que les Beni Boudouane sont décrits comme une tribu qui initialement opposa une « résistance opiniâtre » aux troupes françaises mais dont la « fidélité ne s’est jamais démentie » depuis leur soumission.

Jusqu’à ce jour, de nombreux membres de la famille servent la France et ont naturellement endossé l’uniforme pour la servir dans tous les théâtres d’opérations où la France s’est engagée.

 

2. Comment concevez-vous la place de l’histoire des Harkis dans l’histoire partagée des français ?

Contrairement aux pays voisins, l’Algérie était composée de trois départements français. Même s’il y avait deux statuts civils distincts, grands nombres de Harkis et leurs aïeux faisaient partie de la grande et valeureuse Armée d’Afrique. Il suffit simplement de valoriser tous les Morts pour la France qui ont servis avec honneur et fidélité la Mère Patrie. Les cicatrices sont encore vives et les Harkis font partis de l’histoire de France. D’ailleurs leurs héritiers continuent à écrire cette histoire quel que soit leur degré d’investissement dans la cité.

 

3. Vous présidez le comité du Souvenir Français de Mas-Thibert, quelle place peut tenir Le Souvenir Français dans la création de cette histoire partagée ?

Mas Thibert est un cas particulier car la plupart des familles originaires des Beni Boudouane qui ont choisi de rester françaises ont élu domicile dans ce village de Camargue auprès du Bâchaga Said Boualem qui était un militaire et homme politique français. Pour Mas-Thibert, la valorisation de l’histoire de ces grands hommes passe par la production d’ouvrages, d’expositions basées sur des faits militaires indiscutables avec un hommage à tous les Morts pour la France. Servant un jour l’empereur ensuite la république, « J’y étais » comme le disait le général PATTON. A Mas Thibert, Le Souvenir Français a créé un comité dans les années 1970 afin à la fois d’apporter un soutien mémoriel aux Harkis tout en leur permettant d’être acteur de cette mémoire. J’ai la lourde tâche et la fierté aujourd’hui de présider ce comité.

 

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