Trois questions à Marc Halter

Photo : DNA

Marc Halter est né en 1958 en Allemagne (Forces françaises en Allemagne), il est retraité de l’enseignement depuis 2017. Passionné d‘histoire et de philosophie, il a été initié depuis son enfance à l’histoire de la Ligne Maginot ; son grand-père a participé à sa construction et son père y a servi comme officier en 1940. Depuis plus de quarante ans, il s’engage à réhabiliter la mémoire et l’honneur des Combattants de la Ligne Maginot qui ont été oubliés par l’Histoire.

Il est trésorier de l’Amicale des Anciens Combattants de la Ligne Maginot et Président de l’Association des Amis de la Ligne Maginot d’Alsace, association qui restaure et gère plusieurs ouvrages de fortifications dont le célèbre fort de Schoenenbourg situé dans le Nord de l’Alsace. Il est auteur de nombreux articles et ouvrages sur la Ligne Maginot dont une Bande Dessinée écrite en quatre langues dont une version chinoise. Il est conseiller technique et historique sur plusieurs chaînes de télévisions françaises et étrangères.

Il est également Président de l’Office de tourisme intercommunautaire du pays de Wissembourg, dans le Nord de l’Alsace.

Il est détenteur de la médaille du Tourisme depuis 2006 et Chevalier dans l’ordre des Palmes Académiques depuis 2017.

1. Quel fut le rôle de la Ligne Maginot en Alsace durant la « La drôle de guerre » ?

Les fortifications françaises portent le nom du ministre André Maginot qui a fait voter les budgets pour leur construction en 1930. Elles entrent dans l’Histoire sous le nom de Ligne Maginot. Contrairement à une idée reçue, elle a rempli toutes les missions que l’on attendait d’elle. Sa construction s’étire de la frontière belge jusqu’à la Méditerranée, Corse et Tunisie incluses. Le rôle de la fortification est d’éviter une attaque brusquée venant d’Allemagne ou d’Italie, de résister 20 jours afin de couvrir la concentration et la mobilisation de l’armée française et d’obliger un adversaire à emprunter le chemin choisi par l’Etat Major français. Pour pallier le déséquilibre démographique entre la France et l’Allemagne, le passage des Allemands par la Belgique entraînerait automatiquement l’entrée en guerre de l’Angleterre ce qui permettrait de rétablir l’équilibre des forces.

Les ouvrages de la Ligne Maginot sont activés à plusieurs reprises par les troupes françaises dès 1936 lors de différentes alertes. Le 24 août 1939, la forteresse est activée. La France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre. Le 2 septembre, le tocsin sonne dans les villages d’Alsace et de Lorraine, c’est le signal de l’évacuation pour près de 600 000 civils qui partent pour le centre et le Sud-Ouest de la France.

Aucune incursion adverse n’a lieu et la mobilisation française se passe comme prévu. Le 9 septembre, l’Armée française lance une offensive dans la Sarre qui n’est pas poursuivie. En Alsace, les tourelles de la Ligne Maginot ouvrent le feu pour la première fois. Jusqu’en mai 1940, cette période sans grande activité militaire sera appelée la « Drôle de guerre ».

 

2. Quels sont les objectifs de votre association et quelle sera votre action pour les 80e anniversaires de 1939 et 1940 ?

Les objectifs de l’association sont de réhabiliter la mémoire des Anciens Combattants de la Forteresse qui ont été oubliés et dénigrés, de restaurer et d’ouvrir au public des ouvrages de fortification dont le plus emblématique est le Fort de Schoenenbourg. Les bénévoles de l’association ont fourni plus de 200 000 heures de travaux pour remettre en état cet ouvrage qui a le triste privilège d’avoir été le plus bombardé de la Ligne Maginot.

On a fait à tort de la Ligne Maginot le bouc émissaire idéal pour excuser le plus grand désastre militaire et politique subi par la France.  Nous avons fait reconnaître que la défense héroïque des 22 000 soldats restés fidèles à leur devise : « On ne passe pas » était un des premiers actes de Résistance de France. On leur avait donné l’ordre de saborder leur fort, ils ont refusé de l’exécuter et ont résisté sur place, faisant l’admiration des Allemands et des Italiens.

En 2019, pour commémorer le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, nous avons réaménagé le Pôle de mémoire dédié aux Anciens Combattants de la Ligne Maginot. Nous organisons des journées à thème incluant la participation des villages avoisinants et des collectionneurs. Nous poursuivrons ces manifestations, dont certaines sont transfrontalières, en 2020 à l’occasion des terribles combats, souvent ignorés, et de l’Armistice de juin 1940 qui fut suivi de l’occupation d’une grande partie de la France.

Plus d’un million de visiteurs, dont 60% d’étrangers ont parcouru les souterrains de notre ouvrage et redécouvert une page mal connue de notre Histoire. Notre association, à caractère international, a fait du fort de Schoenenbourg un point de rencontre et un pont entre les peuples.

3. Comment concevez-vous le développement des associations du patrimoine mémoriel dans les prochaines années ?

Depuis quelques années, on note une recrudescence des plus jeunes à rechercher leurs racines et leurs origines. Notre association s’attache à intéresser et fidéliser la jeune génération à l’Histoire et à notre patrimoine. La difficulté des associations patrimoniales créées dans les années 1970 est que leurs fondateurs et les membres vieillissent et que leur nombre diminue. Ces associations risquent de s’essouffler s’ils ne recrutent pas de successeurs. Une solution pourrait être la professionnalisation et l’institutionnalisation, c’est en partie ce que nous avons fait dans le musée du fort de Schoenenbourg.

Afin de renouveler les membres et faire perdurer l’idée philosophique de l’Association, des groupes de reconstitution historique et de collectionneurs animent ces sites lors d’événements et de commémorations. C’est un moyen vivant et interactif de se plonger dans l’Histoire.

Le site internet www.lignemaginot.com connaît une fréquentation phénoménale. Les médias traditionnels (tv, radio, presse) font de nombreux reportages dans le fort pour le faire connaître au grand public et lui donner envie de s’immerger dans les galeries. Les visiteurs peuvent échanger sur des sites d’évaluation tels Tripadvisor, Google… Il faut aussi s’adapter aux nouveaux sites numériques que fréquente la nouvelle génération : Facebook, Youtube, Instagram…

Le temps a une influence plutôt bénéfique sur l’histoire de la Ligne Maginot car la jeune génération demande à connaître la vérité alors que la génération précédente avait des idées reçues et ne laissait pas beaucoup de place à un débat neutre.

Pour l’association du Schoenenbourg, nous passons de l’histoire de France à l’histoire de l’Europe.

 

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