Trois questions à John Dennison

John Dennison, ancien équipier de Maidstone Rugby (Royaume-Uni) et arbitre de rugby a créé une entreprise mémorielle Francourt Events en 2013.  Francourt Events, basée à Laon, organise des manifestations sportives et éducatives pour commémorer la Grande Guerre.

 

1. Vous avez lancé un projet de création d’un mémorial dédié aux rugbymen tombés au cours de la Grande Guerre. D’où vous est venue cette idée ? Pourriez-vous nous expliquer votre projet ?

En 2013, nous nous sommes réunis avec quelques amis à Laon et nous avons réfléchi à l’idée de commémorer le rugby pendant le centenaire. En même temps, le conseil départemental de l’Aisne s’est chargé de suivre les projets mémoriels du département concernant la Grande Guerre. Dès que nous nous sommes rencontrés, nous avons proposé l’idée du projet de « tranchée des Rugbymen », réunissant les sportifs ayant participé aux batailles du Chemin des Dames et de l’Aisne. Nous avons rapidement constaté que 15 joueurs internationaux de rugby ont péri entre 1914-1918 dans ce département.  Parmi eux, on compte 12 Français, 1 Anglais et 2 Ecossais. Les joueurs britanniques faisaient partie des équipes Blackheath et London Scottish, deux des plus anciens et célèbres clubs du Royaume Uni. Les deux clubs ont beaucoup souffert durant le conflit. Blackheath a perdu 68 joueurs et London Scottish 126.

Nous avons rendu hommage à ces rugbymen au cours du week-end du 12 au 14 septembre 2014 au Chemin des Dames lors d’un festival de rugby à Laon. Les équipes jeunes de Blackheath et London Scottish et quelques équipes de la Fédération Française de Rugby en Flandres ont participé à l’événement, qui a rencontré un large succès.

Nous avons alors décidé de créer un mémorial permanent à la mémoire des rugbymen morts pendant la Première Guerre mondiale. Le monument a été inauguré le 16 septembre 2017 à Croanelle au cœur des champs de bataille du Chemin des Dames par Jean-Pierre Rives, le légendaire capitaine de l’équipe de France de rugby.

L’inauguration était un moment fort et international. Nous avons invité plusieurs équipes jeunes de l’Angleterre et du Pays de Galle et l’Armée britannique, le 12e Régiment (Royal Artillery) ainsi qu’une équipe caritative « Rugby for Heroes » y ont participé. La France a été représentée par la Gendarmerie Nationale, des équipes jeunes de Flandres, des clubs locaux et le XV du Pacifique (une sélection nationale militaire française composée de joueurs originaires des îles du Pacifique [Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna] engagés au sein des forces armées et en service dans les unités métropolitaines). Nous avons organisé un événement inoubliable pour tous les participants.

En parallèle à ces événements mémoriels et sportifs, je poursuis des recherches afin de recenser les noms de tous les rugbymen morts au combat ou portés disparus lors de la Grande Guerre. Une base de données sera disponible le 11 novembre 2018 lors des commémorations de l’Armistice au Rugby Club de Compiègne.

 

2. Comment expliquez-vous l’engagement des joueurs de rugby lors de la Première Guerre mondiale ? Pourquoi tant de sportifs se sont-ils engagés ?

Quand la guerre a éclaté, la hiérarchie sociale était très différente de celle d’aujourd’hui. Beaucoup de rugbymen venaient des milieux aisés. Ils étaient éduqués parfois dans des établissements privés et prolongeaient leurs études au niveau universitaire. Pour le grand public, les joueurs internationaux étaient des héros. Une majorité était des officiers.

Pendant la guerre, 140 internationaux, originaires de différentes nations, ont été tués et des centaines furent blessés. Il y a tant d’histoires prouvant leur héroïsme. Ils menaient très souvent des charges hors des tranchées et servaient d’exemple moral pour les hommes à leurs côtés.

Personne n’a recensé les noms de tous les joueurs de rugby ayant combattu lors de la Grande Guerre et, malheureusement, beaucoup d’archives ont disparu. Nous arrivons cependant à rassembler de nombreuses informations. Nous lançons encore des appels afin d’en savoir plus, en particulier sur les joueurs français.

 

3. Comment le sport peut-il être un vecteur de mémoire ?

A l’époque contemporaine, la plupart d’entre nous considèrent des sportifs comme des héros. Ils nous montrent ce dont l’homme est capable. Le talent des sportifs nous inspire. Ces hommes et ces femmes s’inscrivent dans notre mémoire personnelle. Nous nous souvenons des noms des joueurs qui ont marqué tel but décisif ou qui ont gagné telle course.

Les héros nationaux du passé et du présent nous permettent de partager un moment de gloire et d’émotion qui réunit la Nation entière.

Il y a cent ans, beaucoup de ceux qui ont combattu pour leur pays croyaient non seulement en leur Nation, mais aussi aux hommes qui combattaient à leurs côtés. La solidarité était exemplaire.

Des hommes ordinaires, confrontés à des situations extraordinaires, relèvent souvent des défis stupéfiants. Les sportifs qui ont combattu il y a cent ans sont non seulement des héros, mais ils sont aussi des icônes.

Contact : johndennisson@francourt.org

Pour en savoir plus : www.francourt.org

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