Trois Questions à Christine LEVISSE-TOUZE

 

Docteure en histoire et conservateure générale du patrimoine de la Ville de Paris, Christine Levisse-Touzé était directrice du Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin de l’Établissement Public Paris-Musées, de 1991 à 2017. Elle est également directrice de recherches à l’Université Paris-Sorbonne et auteure de nombreux ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale. Elle préside le conseil scientifique du Musée de l’Ordre de la Libération.

 

1. Vous êtes secrétaire générale du prix littéraire du Comité d’Action de la Résistance, pouvez-vous nous présenter ce prix ?

Membre du jury depuis  2004,  il m’a été demandé de prendre la succession comme secrétaire générale de Denise Vernay, agent de liaison de Franc-Tireur, déportée,  décédée en 2012.

En créant en 1961,   le prix littéraire de la Résistance, le résistant Jean-Pierre Bloch  a voulu susciter la production de  récits et d’écrits  pour concrétiser les missions  du  CAR.   La remise des prix aux  lauréats  sous les ors de la République  dans les salons prestigieux du Sénat, a eu pour constante de souligner le prestige de ce prix.  Le jury  présidé  par des personnalités du monde de la France combattante, Paul Arrighi, Marie-Madeleine Fourcade, Maurice Schuman, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Paul-Marie de la Gorce, Yves Guéna puis Madame,  a été jusqu’à peu,  constitué  de Français libres et résistants. Avec l’évolution du temps, il s’est ouvert aux directeurs de musées, universitaires et inspecteurs généraux de l’Education Nationale.   Ce « Goncourt » de l’histoire de la Résistance, de la France Libre et de la Déportation   se veut  de plus en plus un  encouragement aux travaux historiques.  Pérenniser le prix  au sein du Souvenir Français,  c’est ancrer  l’action mémorielle du Comité d’Action de la Résistance par ce qu’elle a de plus fort, l’histoire de parcours singuliers dans une période tourmentée. Ont été tour à tour honorés les grands anciens pour leurs ouvrages, Jean-Mathieu Boris, Combattant de la France libre, Perrin ; Madeleine Michelis, Correspondance d’avant-guerre et de guerre, éditions du Félin ;  Jean-Louis Crémieux-Brilhac pour la France libre et L’étrange victoire, Gallimard, mais aussi les historiens Laurent Douzou, La Résistance une histoire périlleuse,  Seuil ; Charles-Louis Foulon, Jean Moulin la passion de la République , Ouest France, ou en 2017 Thomas Vaisset  Thierry d’Argenlieu, Belin.

 

2. Vous avez mis sur pied le Musée du général Leclerc et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin. Ce musée va connaître une profonde mutation, pouvez-vous nous présenter cette refondation ?

Inaugurés à l’été 1994 pour la célébration du 50e anniversaire de la Libération de Paris, ces musées ont pour origine la donation de la Fondation Maréchal Leclerc et du legs d’Antoinette Sasse – peintre, résistante et amie de Jean Moulin – à la Ville de Paris enrichis en 2011 du legs d’une petite cousine de l’unificateur de la Résistance.

En 1991, responsable du budget d’investissement de la direction des Affaires culturelles, le directeur, Bruno Racine me demanda  après la soutenance de mon doctorat d’Etat,  de mettre en place ces musées réalisés par un muséographe, l’agence Repérages. Aidée d’un conseil scientifique toujours actif, formé d’universitaires, de directeurs de musées et de conservateurs, ces établissements  que j’ai dirigés de 1991 à 2017  présentent  l’histoire de trois Compagnons de la Libération, le général Leclerc de Hauteclocque, Jean Moulin et Paris. Espace d’expositions temporaires et centre de documentation et de recherche, mais aussi  lieu d’échanges, de réflexions et de recherches ouvert à tout public, institutions, associations, chercheurs, enseignants, scolaires, situés au-dessus de la gare Montparnasse, ils ont montré au fil du temps leur défaut  d’accessibilité et de visibilité pour le public du fait de leur situation au-dessus de la gare Montparnasse. Comme tous les musées de leur génération, ils  devaient être rénovés pour tenir compte  de l’évolution historiographique et de l’enrichissement de ses collections. Mais, souhaitant leur donner plus de visibilité,  Anne Hidalgo, la maire de Paris a programmé pour le 25 août 2019,  leur transfert  dans les deux pavillons d’octroi de la place Denfert-Rochereau ( 14ème ) au-dessus du PC du colonel  Rol-Tanguy, chef régional des FFI d’Ile-de-France, pendant l’insurrection parisienne,  au débouché de l’avenue du général Leclerc par laquelle est entrée la 2e DB et son chef.  Portés par Sylvie Zaidman, conservateur du patrimoine qui m’a succédé, ces musées  intégreront dans  une même dynamique scientifique mais avec une muséographie plus moderne et adaptée, l’histoire de ces trois compagnons de la Libération. Fermé sur son site actuel le 1er juillet 2018, l’établissement ouvrira le 25 août 2019 sur le nouveau site.

 

3. Le monde des associations de Résistants et d’Anciens Combattants connaît un important déclin démographique. Afin d’y faire face, vous avez été partisan d’une fusion exemplaire, celle du Comité d’action de la Résistance dans Le Souvenir Français. Pourquoi ?

Le CAR a été créé  par des Résistants en 1948 pour défendre  leurs  intérêts moraux et matériels,  maintenir l’esprit de la Résistance, lutter contre toutes les  formes de totalitarisme et de discrimination raciale, se souvenir de ses morts et ses combats, pérenniser les idéaux de la Résistance. C’est dans ce but que le CAR réuni en assemblée générale en octobre 2015, a  décidé son intégration au Souvenir Français.

L’ancienneté et la solidité de cette institution mémorielle  ont justifié  ce choix. Transmettre le  flambeau   s’imposait donc  pour mieux pérenniser les actions mémorielles. Sensibiliser les   jeunes a  aussi  été une clé de l’avenir. Beaucoup s’y intéressent d’eux-mêmes par leur histoire familiale et les  enseignants jouent un rôle essentiel. Le Concours National de la Résistance et de la Déportation qu’ils portent avec les Témoins, les musées et les archives départementales,  est un des outils fondamentaux. Aidé par le CAR pour l’Académie de Paris, le CNRD l’est dorénavant au sein du Souvenir Français.

 Le drapeau , symbole fort des actions du CAR présent  au ravivage de la flamme,  le 27 mai pour commémorer la réunion inaugurale par Jean Moulin du Conseil de la Résistance et le 18 juin pour l’Appel du Général de Gaulle, a été mis en dépôt lors d’une cérémonie officielle présidée  Najat Vallaud-Belkacem,  ministre de l’Education Nationale au Lycée Jacques Decour, résistant  fusillé par les Allemands au Mont Valérien.  Pour les lycéens, c’est s’approprier l’histoire du CAR par ce qu’il a de plus fort, le drapeau avec l’obligation de le présenter lors des actions phares comme la remise du prix littéraire. Penser l’avenir en le liant à la jeunesse est essentiel pour la sensibiliser et montrer que Résister se conjugue par ces temps difficiles, au présent.

 

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