Trois questions à Amandine SANVISENS

Crédit Photo : Michel Pourny

Amandine Sanvisens est co-fondatrice et présidente de l’association Paris Animaux Zoopolis. Créée en 2017, PAZ a pour mission de défendre les intérêts des animaux sans distinction d’espèces, notamment à Paris.

 

1. D’où est venue l’idée de la création d’un mémorial en hommage aux animaux tués pendant la Grande Guerre ?

La lecture de l’ouvrage “Bêtes des tranchées. Des vécus oubliés” de l’historien Eric Baratay, que nous avions interviewé en 2014, nous a confortées dans ce que nous savions déjà sur le sort des animaux de guerre, notamment ceux de la Grande Guerre et notre crainte était qu’ils ne tombent dans l’oubli. Nous avons alors réalisé un état des lieux des différents monuments aux animaux érigés en France et à l’étranger. Nous avons constaté que les pays alliés avaient édifié des monuments dans leurs capitales (Bruxelles, Ottawa, Canberra, Londres) alors qu’à Paris aucun monument n’existait.

A l’approche des cérémonies du centenaire de l’Armistice de 1918, il nous est apparu comme une évidence de mener une campagne visant l’édification d’un monument en mémoire aux animaux de guerre à Paris. Nous avons alors commencé un travail de recherches sur les différents liens existants entre Paris et les animaux de guerre. Malgré la destruction d’un grand nombre de documents (registres de réquisition par exemple), nous avons trouvé des liens importants : des lieux de réquisition d’équidés (dans les 6e, 11e, 13e, 19e), un dépôt de remonte (dans le 14e), des sièges sociaux d’associations de chiens sanitaires (dans les 2e, 8e, 15e) et enfin des histoires de chiens retrouvés affaiblis à Paris qui avaient fui le front pour différentes raisons (dans le 7e et 15e). Ces recherches, malgré le sujet poignant et grave nous ont passionnées et émues. La lecture de “Ceux de 14“ de Maurice Genevoix nous a bouleversées sur la vie des hommes et celle des animaux qui les accompagnaient. Notamment ces deux citations de l’ouvrage : “Et nous nous sentons remués comme par une agonie humaine devant ce bel animal debout et pantelant, qui est en train de mourir, et qui attache sur nous qui passons le regard émouvant et doux de ses grands yeux sombres.”

« Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait. »

 

2. Pouvez-vous nous présenter l’œuvre mémorielle de l’association Zoopolis ?

Paris Animaux Zoopolis a entamé deux types de démarches. D’un côté, nous avons demandé à la Maire de Paris l’édification d’un monument en souvenir des animaux de guerre. Cette demande a rassemblé 30 associations de protection animale. En parallèle, notre association a sollicité les élu-e-s d’arrondissement pour leur demander de déposer des vœux visant la création de plaques mémorielles sur les lieux où nous avons trouvé des liens. A ce jour, cinq arrondissements ont adopté des vœux en ce sens (2e, 6e, 7e, 8e, 14e).

Paris Animaux Zoopolis a rédigé un rapport sur les animaux dans la Première Guerre mondiale, afin de justifier la demande d’édification d’un monument à Paris. Les liens précis entre Paris et les animaux de 14-18 ont été précisés. Ce rapport a reçu le soutien du Souvenir Français. Nous l’avons envoyé à la Maire de Paris ainsi qu’à de nombreux élu-e-s locaux et nationaux.

Paris Animaux Zoopolis a organisé une conférence au Musée de l’Armée avec le soutien des associations Le Souvenir Français et la Société Nationale pour la Défense des Animaux. L’historien Eric Baratay, spécialiste des animaux de la Grande Guerre, est intervenu. La philosophe Florence Burgat et Serge Barcellini ont introduit la conférence. Nous avons reçu le label Centenaire dans le cadre de cet événement.

La presse en France et à l’étranger a largement couvert notre campagne. Ce qui nous semble fondamental dans le cadre d’une lutte contre l’oubli.

Il est regrettable de constater que les quelques monuments existants très émouvants dans le quart Nord-Est de la France, sur les lieux même des batailles, sont majoritairement à l’initiative des pays alliés.

Il est grand temps que cet oubli soit réparé. “Ne les oublions pas“ peut-on lire sur le monument de Couin. Cela doit passer par la capitale de la France. Un monument aux animaux de guerre à Paris s’avère nécessaire.

A la suite de nos actions, le Conseil de Paris a été saisi de notre demande par des élu-e-s de tous bords politiques. Après en avoir rejeté l’idée lors du Conseil de Paris de juillet 2018, le projet a été adopté à l’unanimité au Conseil de Paris de septembre 2018 ! Le soutien du Souvenir Français a été déterminant.

Un groupe de travail a été créé pour décider de l’emplacement, de sa forme et de ce qui sera écrit. Notre association qui en est à l’initiative souhaite en faire partie. Nous restons vigilantes afin que la stèle voie le jour avant les élections municipales !

 

3. Quelles sont les activités que les associations de défense de droits animaux peuvent entreprendre avec Le Souvenir Français ?

Compte tenu de la présence des animaux dans les guerres du passé et du présent, les associations de protection animale et Le Souvenir Français pourraient organiser des conférences sur le vécu et le rôle des animaux notamment des chevaux dans les différents conflits. Un partenariat pour la création d’une exposition pédagogique sur les animaux de guerre à destination des scolaires nous paraît également important. Enfin, il nous paraît fondamental d’informer les élu-e-s locaux partout en France et les inciter à entretenir le souvenir des animaux dans leur commune. Cela pourrait prendre la forme de plaque mémorielle à des endroits en lien direct avec les animaux de guerre (par exemple un lieu de réquisition d’équidés) afin de transmettre cette page de l’histoire aux générations futures.

 

Pour en savoir plus : https://zoopolis.fr/

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