L’œil de l’historien : Bertrand Galimard Flavigny

Journaliste et écrivain, auteur d’une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’histoire du livre Etre Bibliophile, (Séguier), aux ordres de la chevalerie, Les chevaliers de Malte (Découvertes-Gallimard), Histoire de l’ordre de Malte (Perrin),  La Légion d’honneur, un ordre au service de la Nation (Découvertes-Gallimard), et Histoire des décorations du Moyen-Âge à nos jours (Perrin) ;   aux familles (Noblesse, mode d’emploi, Christian, Les Eponymes de l’automobile MC Cibié), et aux voyages,  La princesse et la Peuhl, (Séguier), Lettres de Venise, (La Bibliothèque).  Bertrand Galimard Flavigny est aussi chroniqueur à la Gazette de l’Hôtel Drouot et a été critique littéraire au Figaro.

Capitaine de frégate dans la réserve, il a effectué de nombreux embarquements ; ancien collaborateur de Cols Bleus, il donne aussi de nombreuses conférences. Il est l’auteur avec Maëlle Hiliquin d’un ouvrage sur l’origine des comportements et de la culture marine, Pour un embarquement, illustré par Marie Détrée-Hourrière, peintre officiel de la marine, aux éditions Cent Mille milliards.

Il est chevalier de la Légion d’honneur, chevalier du Mérite national, médaillé des Services Militaires Volontaires et commandeur pro melitensi de l’ordre souverain de Malte.

COMMENT EST NÉE LA LÉGION D’HONNEUR RÉCOMPENSE UNIVERSELLE ?

Depuis plus de deux siècles, la Légion d’honneur qui a été décernée à environ un million de Français, a traversé tous les régimes, les polémiques, l’adulation, la réserve et la fascination. Elle ne laisse personne indifférent. Elle est souvent critiquée, qualifiée de hochet ! Que n’a-t-on pas entendu à propos de ces hochets qui mènent, parait-il, le monde ? Les détracteurs des décorations ne cessent de mettre en avant la réplique lancée au Conseil d’État, par Bonaparte lors des discussions visant à la création d’un nouvel ordre national : « Je défie qu’on me montre une république ancienne ou moderne dans laquelle il n’y a pas eu de distinctions. On appelle cela des « hochets ». Eh bien, c’est avec des hochets que l’on mène les hommes ».  Cette phrase est à replacer dans son contexte. Le Premier Consul répliquait en réalité, au conseiller d’État Théophile Berlier qui assurait que cette nouvelle institution proposée ne convenait pas à une république, que « les croix et les rubans n’étaient que les hochets de la monarchie ». Pour ce conventionnel régicide, « les magistratures et les emplois devaient être les premières, les seules récompenses des services, des talents, des vertus ». Afin d’appuyer ses arguments, il montrait en exemple les Grecs et les Romains qui, selon lui, n’avaient pas d’autres récompenses. C’était méconnaître l’Histoire et Bonaparte la lui rappela : « On nous parle toujours des Romains ! Il est assez singulier que, pour refuser les distinctions, on cite l’exemple du peuple chez lequel elles étaient le plus marquées. Est-ce là connaître l’histoire ? Les Romains avaient des patriciens, des chevaliers, des citoyens et des esclaves, Ils avaient pour chaque chose des costumes divers, des mœurs différentes, Ils décernaient en récompenses toutes sortes de distinctions, des noms qui rappelaient des services, des couronnes murales, le triomphe !… » C’est à la suite de cette phrase qu’il évoqua les fameux  hochets, avant de poursuivre : « Les Français ne sont pas changés par dix ans de révolution ; ils sont ce qu’étaient les Gaulois fiers et légers ; ils n’ont qu’un sentiment, l’honneur. Il faut donner un aliment à ce sentiment-là, il faut des distinctions. »  Le projet fut emporté à la courte majorité de quatre voix.

La Légion d’honneur a été créée en 1802 par Bonaparte, Premier Consul, pour récompenser les mérites civils et militaires des citoyens quels que fussent leur origine, leur sexe et leur religion. Pour la première fois, un État disposait d’un système de récompense  honorifique ouvert à tous. La Révolution avait balayé tous les ordres anciens, ceux du roi et même la couronne murale ou médaille des Vainqueurs de la Bastille. Le Directoire démuni se trouva dans l’impossibilité de distinguer les guerriers et les citoyens. On eut l’idée d’offrir aux généraux Augereau et Bonaparte, vainqueurs à Arcole, les drapeaux pris à l’ennemi ; le Conseil y ajouta un sabre de récompense. Le jeune général, à son tour, décerna, lors des  campagnes d’Italie et d’Égypte, des sabres de récompense à ses officiers et généraux. Devenu Premier Consul, il créa les « armes d’honneur » avec double-paye aux militaires qui s’étaient distingués (baguettes de tambour d’honneur, sabre d’honneur, clairon d’honneur, hache d’honneur, etc.). Puis vint la Légion d’honneur. À l’origine aucun insigne n’était prévu. Il fut institutionnalisé deux ans plus tard,  à l’aube de  l’Empire. La première distribution eut lieu le 15 juillet 1804 en l’église des Invalides. Le Journal des débats du 18 juillet devait alors écrire : « l’invalide mutilé et le maréchal de l’Empire recevaient à la fois et de la même main la marque de distinction qu’ils avaient méritée… »

La Légion d’honneur, instrument politique par excellence, devait non seulement honorer le citoyen méritant civil et militaire, mais encore permettre à l’empereur de disposer d’un Ordre à échanger avec les autres souverains au cours de ses rencontres diplomatiques avec eux, et de s’aligner sur les ordres de leur royaume et de leur État.

L’extraordinaire vertu de la Légion d’honneur est qu’il soit universel. Le système des récompenses honorifiques est aussi ancien que les sociétés constituées. Si nous n’en avons pas toujours la preuve, elles apparaissent au plus loin que l’on puisse remonter. Ce sont, pour revenir à eux, les Romains qui ont compris que les supériorités de naissance ne supposaient pas toujours la supériorité des talents et des vertus nécessaires à la grandeur de leur république, et que, comme le souligne N. Naudet, auteur d’un ouvrage consacré à la noblesse et les récompenses chez les Romains (1863), « dans la foule des hommes inconnus, il se pouvait trouver des forces vives que ferait surgir le ressort de l’honneur». Il peut paraître curieux que l’on ait attendu, depuis l’empire romain,  tant de siècles pour créer cette récompense universelle qui reprend la dénomination et tous les termes des ordres de chevalerie.

Il convient de remonter aux ordres religieux et militaires issus des Croisades pour expliquer cette longue maturation. Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard Malte), les  Pauvres chevaliers du Christ (les Templiers), l’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques  apparus au XIe siècle, furent désignés plus tard sous le nom ordre de chevalerie, et l’on nomme communément aujourd’hui les décorations, des ordres. Chevalerie, ordre de chevalerie et décorations sont désormais confondus dans les esprits. Il est vrai que ces trois états sont des proches cousins et découlent les uns des autres. L’expression   « ordre de chevalerie » résulte d’un quiproquo historique. Appartenir à un ordre, c’est accepter de suivre une règle ; recevoir une décoration, c’est entrer dans un rang. Deux notions et deux conduites différentes.

Mais ces ordres étaient exempts de l’Eglise, c’est-à-dire qu’ils ne dépendaient que du Souverain Pontife. Les rois et les évêques ne pouvaient intervenir dans leur gestion et la nomination de leurs Maîtres. Ces sortes de milices religieuses indépendantes suscitèrent quelques envies. Elles s’inscrivaient dans la société médiévale qui, à travers la mutation courtoise, magnifiait le chevalier. Il nous en est resté quelques traces issues du code de bonne conduite élaboré à l’époque, notamment la notion d’honneur et de générosité vis-à-vis de l’adversaire tombé à terre. La prouesse devait être accompagnée de courtoisie. On vit naître des Compagnies fraternelles organisées par des ducs et des princes. A cette chevalerie régionale succéda ce que nous pourrions appeler la « chevalerie fidélité ».

En 1344, en pleine guerre de Cent Ans, Édouard III d’Angleterre éprouva le besoin de  réunir autour de lui les plus importants seigneurs de son royaume. Afin de s’assurer de leur fidélité, il les honora par l’attribution d’un insigne qui les distinguerait de la mêlée. Ils étaient, à l’origine, vingt-cinq « chevaliers compagnons » du « Très noble ordre de la Jarretière » (Garter) placé sous l’invocation de Dieu, la Vierge, Saint Georges de Cappadoce et Saint Edouard le Confesseur. Nous pourrions dire qu’ainsi débuta l’ère de cette « chevalerie fidélité » qui annonce la  « chevalerie dans l’État ».  D’autres souverain comme le roi de France, Jean le Bon, et Amédée VI de Savoie, créèrent à leur tour, des ordres, comme celui de l’Etoile pour le premier et le « Collier ou du Lac d’amour » qui deviendra celui de l’Annonciade pour le second. Ces ordres étaient distribués à quelques gentilshommes choisis pour leur importance.

Ce que nous appelons la chevalerie dans l’Etat s’est véritablement imposée avec l’ordre de la Toison d’or  en Bourgogne (1430) et celui  de Saint-Michel en France (1469). Le prestige du premier fut tel que les plus grands princes de l’Europe en firent partie. Ce qui agaça Louis XI à l’origine du second. A l’origine on comptait  36 chevaliers alors qu’il n’y en avait que 26 dans la Jarretière et 31 dans la Toison d’or.  Les uns comme les autres devaient prêter allégeance et fidélité au roi, chef souverain de chacun de ces ordres. Henri III, à l’issue des Guerres de Religion,  se décida à créer un  nouvel Ordre, celui du Saint-Esprit  (1578) mais d’un esprit  différent, non plus centré sur la personne du roi, mais sur celui du Saint-Esprit. Il conserva Saint-Michel,  en lui donnant la seconde place dans le royaume. Il était très novateur et jetait les bases de ce qui deviendra plus tard, les ordres de récompenses, à telle enseigne qu’il fut imité par la plupart des grands ordres déjà existants lorsqu’ils refonderont leurs statuts, et ceux qui seront créés au fil des formations des nouveaux royaumes ou nouvelles dynasties.  Le choix de son insigne, une croix à huit pointes, comme celle de Malte, se retrouvera dans la plupart des ordres et décorations créés par la suite dans les royaumes européens, puis les Républiques. C’est également à cette époque qu’apparurent les cordons et les plaques ou plus exactement une « croix cousue brodée ». Une raison pratique à cela, l’insigne appendu à un ruban battait la poitrine des cavaliers. Lequel d’entre eux, eut-il l’idée d’allonger le ruban et de la passer par-dessus une épaule ? « On ne se rend plus compte de nos jours de l’importance qu’il y  avait à être de l’ordre, car porter le cordon bleu et la broderie d’argent tous les jours même à la chasse, assimilait le porteur au Roi et aux princes qui portaient les mêmes insignes », rappelle l’historien Hervé Pinoteau. Lors de la création de la grande décoration, en 1805, Napoléon reprendra à l’identique, le port de l’ordre du Saint-Esprit : grand cordon et plaque, terme utilisé pour la première fois, comme le retour aux rais (rayons) dans les angles, qui avait été oublié dans les croix cousues du Saint-Esprit, en réminiscence des ordres royaux.

Jusqu’à présent, l’accès à ces ordres de chevalerie, était conditionné par la naissance. On ne songeait pas réellement au mérite. Philippe-Auguste, le premier, songea à réunir tous les vieux soldats et leur donner un asile. Plus tard, François Ier offrit un anneau d’or aux soldats valeureux. Le mérite s’imposa vers la toute fin du XV° siècle au moment où une armée royale commença à se former. Henri III d’abord, puis Henri IV envisagea un ordre consacré aux estropiés, sans succès. « Le Roi-Soleil aurait pu faire des Invalides un sanctuaire à sa gloire, un mausolée pour son tombeau…Il se contenta d’une fierté : celle de jouer les hôtes parfaits pour que rien ne manque jamais à ses vieux soldats » explique Anne-Muratori-Philip. Le sort des vieux soldats et estropiés méritants, étant, si l’on peut dire, réglé, il était permis de se pencher sur le sort des officiers. Louis XIV, à l’initiative du maréchal de Luxembourg et de Vauban,  créa à Versailles,  le 5 avril 1693, l’ordre royal de Saint-Louis. Celui-là  était à la fois militaire, national, dynastique et religieux et fut le premier ordre de chevalerie uniquement institué pour être la récompense et la marque de la valeur, des services et des talents militaires en faveur des officiers de ses troupes. Pour être admis il fallait avoir servi pendant dix années, durée rapidement portée à vingt ans,  en qualité d’officier. Les officiers de confession protestante ne pouvaient pas y être admis, ce qui ne doit pas surprendre, car la religion catholique était religion d’État.  Il faudra attendre le 13 août 1784 avec l’Institution du Mérite militaire pour récompenser les officiers de confession protestante. L’appellation « Mérite » n’impliquait aucun caractère religieux. Ses statuts étaient copiés sur ceux de Saint Louis, avec les mêmes grades, et, à quelques différences près, même croix à huit pointes. Mais le ruban changeait : au lieu d’être feu ou  rouge, il était bleu. Apparaissait ainsi, en France, le jumelage rouge-bleu qui allait se perpétuer jusqu’à nos jours : au rouge (ou feu)  de  l’ordre de Saint Louis répondait le bleu du Mérite Militaire. L’Empire allait reprendre la formule en donnant à son tour un ruban bleu à l’Ordre de la Réunion, complémentaire de la Légion d’Honneur. Enfin la Ve  République devait faire le même choix, en vouant au bleu son second Ordre National de Mérite, précisément l’Ordre National du Mérite

L’ordre royal de Saint-Louis était, osons le dire,  doublement révolutionnaire : premier des « ordres de mérite », il n’exigeait pas de preuve de noblesse à fournir.  Contrairement aux  » Ordres du Roi  » il était hiérarchisé. Nous retrouverons tous ces éléments dans la Légion d’honneur. Auparavant la Révolution passa par là. Comme pour l’ordre de Saint-Louis, l’Institution du Mérite militaire ne fut pas concernée par la loi du 6 août 1791 abolissant les ordres royaux. Il fut réuni à Saint-Louis  par un décret de la convention du 26 septembre 1791 en une seule décoration militaire qui fut supprimée  par décret de la convention du 15 octobre 1792.  Rétabli par Louis XVIII  en 1814, il a pu être attribué à tous les officiers, étrangers ou français, non catholiques.

Le 29 Floréal an X (19 mai 1802), le projet de loi portant création et organisation la Légion d’honneur fut donc adopté. Il élargissait à tous les citoyens, le principe des décorations nationales établi dans l’article 87 de la Constitution de l’an VIII. Toujours prudent, Bonaparte avait évité le titre de Grand maître qui n’apparaissait pas dans le décret ; il y est simplement dit que le chef de la Légion est le Premier consul. Depuis, quel que soit le régime, c’est le chef de l’État qui assure cette charge, charge qui a repris le terme de Grand maître. Le nombre des membres, comme dans les ordres royaux, était limité : grands officiers, 7 ; commandants (et non pas commandeurs), 20 ; officiers (30) et légionnaires (et non pas chevaliers), 350. Toujours comme sous l’Ancien régime, une rente (pension) devait être accordée à chacun des membres. Le décret n’oubliait pas le serment. Les légionnaires devaient jurer de se dévouer à la République, comme les chevaliers des ordres royaux promettaient fidélité au Roi.

Le titre deux du décret définissait  « la composition » de la Légion d’honneur, précisant la qualité des services, qu’ils soient militaires ou civils, requis pour être distingué par le Conseil. La distinction entre les actions d’éclat qui « font titre » et les annuités de services (25) était déjà établie ainsi que le principe d’avancement progressif dans l’ordre « nul ne pourra parvenir à un grade supérieur qu’après avoir passé par le plus simple grade ». Comme le constate Anne de Chefdebien, conservateur en chef du Musée de la Légion d’honneur : « Les grands lignes sont posées directement inspirées des ordres de l’ancien régime mais passées au crible des principes révolutionnaires. »

La Légion d’honneur a ouvert la voie à l’égalité entre tous les citoyens quelque soit leur sexe, leur fonction, leur classe sociale ou leur religion. N’hésitons pas à citer sa définition donnée par Bonaparte lui-même : « Les soldats ne sachant ni lire, ni écrire seront fiers de porter la même décoration  que le savant illustre et ceux-ci attacheront d’autant plus de prix à cette récompense qu’elle sera la même que pour les braves ». C’était la première fois depuis l’apparition de ce que l’on a appelé les ordres de chevalerie, que la récompense honorifique était ouverte à tous. Depuis un peu plus de deux siècles, la Légion d’honneur a rempli son rôle. Elle est toujours admirée comme vilipendée, elle est enviée comme refusée, elle est imitée comme falsifiée. Elle n’est pas sans défaut  mais elle reste, ainsi que dans les Nations qui s’en sont inspirées, paraphrasant Montaigne, « la plus belle invention pour récompenser la vertu ».

LES INSIGNES

Le décret du 19 mai 1802,  précise que « la  décoration des membres de la Légion d’honneur consistera en une étoile à cinq rayons doubles. Le centre de l’étoile, entouré d’une couronne de chêne et de laurier, présentera d’un côté la tête de l’empereur, avec cette légende : NAPOLEON, EMPEREUR DES FRANÇAIS », et de l’autre, l’aigle français tenant la foudre, avec cette légende : « HONNEUR ET PATRIE ». La décoration sera émaillée de blanc, elle sera en or pour les grands officiers, les commandants et les officiers, et en argent pour les légionnaires, et attachée à un ruban moiré rouge ». Le texte indique pour le ruban « liséré de blanc ». Cela n’a jamais été mis en application, une note rectificative, supprimant les mots « liseré de blanc », fut insérée quelques jours plus tard dans le Moniteur, le Journal officiel de l’époque. Il semblerait que ce liséré ait été une simple erreur de copiste. L’origine de l’étoile reste encore sujette à discussions. On s’est demandé si elle avait été inspirée par le symbole de société secrète (les Philadelphes) voire maçonnique, étoile des armes primitives des Bonaparte ou du conquérant… Plus prosaïquement, elle était un nouveau signe de reconnaissance peu éloignée de la croix à huit pointes en usage dans les ordres royaux. On a dit qu’elle avait été dessinée par David car il exécuta un dessin représentant cette étoile accompagnée d’une inscription, postérieure mais non remise en question sur le fond, « présenté à sa majesté le 1er mai 1804 ». Deux projets avaient, en réalité, été réalisés dès 1803,  pour le compte de la Grande chancellerie, notamment par de Jean-Baptiste Challiot de Prusse.

À l’origine, on appelait également  l’étoile, l’aigle, en référence au symbole héraldique qui figurait au revers de l’insigne. Il était exclusivement porté à la boutonnière de l’habit, le métal seul, or ou argent, distinguant les grades supérieurs et les légionnaires. Depuis sa création, les formes, devise et couleur du ruban de l’insigne n’ont pas varié. Seules les pointes de l’étoile, d’abord aigües, furent boutonnées pour éviter d’accrocher costumes et uniformes. La bélière et le centre de l’étoile furent en revanche modifiés au gré des différents régimes politiques de la France : ajout ou suppression d’une couronne bélière ; à l’avers, profils et exergues de Napoléon Empereur des Français, de Henri IV Roi de France et de Navarre, de Bonaparte Premier Consul, à nouveau de Napoléon Empereur puis figure de La République en Cérès ; au revers, aigle, fleurs de lys, drapeaux tricolores, aigle et à nouveau drapeaux tricolores.

Nous serions tentés de dire que la Légion d’honneur est un authentique faux semblant d’un ordre royal, celui de Saint-Louis. Il lui ressemble en un certain nombre de points tout en présentant des différences notables. L’étoile est une croix augmentée par une cinquième branche. Elle est en or émaillée de blanc, l’argent apparaissant pour le premier grade. La décoration étant laïque, plus d’effigie de saint, au centre ; mais celle de l’empereur lui-même. C’est la première fois qu’un souverain faisait figurer son image sur une décoration. On dit que  cette initiative est due à Dominique-Vivant Denon, véritable ministre de la culture du Premier Consul et de l’empereur et surtout proche de Joséphine. Quant au ruban, il est rouge ou écarlate, proche du « feu » de Saint-Louis. Il manquait en juillet 1804, le grand cordon rouge afin de calquer au plus près l’ordre royal. Ce sera fait le 30 janvier 1805 avec  la création de la Grande décoration réservée à un nombre limité de Grands Officiers. Celle-là consistait en un ruban rouge passant de l’épaule droite au côté gauche auquel était appendu le grand aigle (insigne de grand module) et était complétée d’une plaque brodée d’un aigle, anglé de rayons portant en son centre l’aigle impérial. Si la  Grande décoration était dévolue de droit  aux princes impériaux, aux maréchaux, elle permettait surtout,  l’Empire instauré, au souverain de  procéder à des échanges politiques ou diplomatiques avec ceux des autres royaumes européens. [Le Grand aigle] devait, selon les mots de l’Empereur « lier à nos institutions les institutions des différents états d’Europe… » . Bonaparte faisait, en effet,  la distinction entre les Français décorés et les étrangers qui l’étaient par courtoisie. Cette notion se retrouvera dans les textes futurs, insistant sur le fait que les étrangers étaient seulement décorés, et non pas membres de l’Ordre.   Pour compléter cette élévation impériale, Napoléon ajouta le collier de la Légion d’honneur. Témoin de sa gloire, il le porta lors de son sacre. L’Empereur en décernera ensuite aux princes de la famille impériale. Le collier unique, cette fois, deviendra à partir de la IIIe République, l’insigne du Président de la République et Grand maître de l’Ordre.

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