Le monument du mois

La mémoire alsacienne de Périgueux

Le 1er septembre 1939, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, un demi-million d’Alsaciens et de Mosellans ont été évacués dans le sud-ouest, entre la Dordogne, le Gers et les Landes. Une incroyable opération à l’ampleur inédite.

Par train et dans des wagons à bestiaux, les évacués sont transférés vers la Charente, la Charente-Maritime (anciennement Charente-Inférieure), la Dordogne, la Vienne, la Haute-Vienne, les Landes, mais aussi la Corrèze, le Gers, les Hautes-Pyrénées et le Lot-et-Garonne. En moins de 48 heures, Strasbourg se vide de 120 000 personnes. On retire les vitraux de la cathédrale, des sacs de sable sont disposés pour protéger les monuments, et moins de 4 000 habitants restent sur place sous la houlette du maire de la ville, Charles Frey, essentiellement pour éviter les pillages.

Dès le 5 septembre 1939, plusieurs trains de repliés du Bas-Rhin arrivent en gare de Périgueux. La ville accueille des sociétés, des commerces ainsi que les services administratifs de la ville de Strasbourg.

 Environ 15% des évacués ne reviendront pas. Pour les plus âgés, l’évacuation a été un drame, ils ont tout quitté du jour au lendemain. Plusieurs décès ont été constatés dès l’arrivée en Dordogne, certains n’ayant pas supporté le mal du pays. Pour les témoins qui vivent encore aujourd’hui, ils étaient jeunes à l’époque, c’était des vacances, une belle aventure. Si l’évacuation n’a pas toujours été facile, tout le monde a finalement appris à se connaître.

Quelques décennies plus tard, des jumelages se sont établis entre les villes d’accueil et les villes évacuées, tel est le cas entre les municipalités de Périgueux et de Strasbourg. Des stèles et des plaques commémoratives rappellent cette histoire partagée. A Périgueux, une stèle commémorative, offerte par la ville de Strasbourg, a été érigée pour le quarantième anniversaire de l’évacuation. Evoquant par sa forme, les contours du département du Bas-Rhin, la stèle inaugurée le 2 septembre 1979 est là, pour rappeler que les liens qui se tissèrent à l’époque entre les deux départements ne se sont jamais distendus. Installée parc Aristide-Briand, la plaque qui y est apposée indique :

Septembre 1939 – septembre 1979

Cette plaque apposée le 1er septembre 1979 a été offerte par la ville de Strasbourg en reconnaissance à la population de Périgueux, pour l’accueil des réfugiés strasbourgeois lors de la guerre 1939-1945.

On trouve aussi sur certaines maisons des graffiti, des gravures d’Alsaciens qui ont laissé leur signature en quelque sorte.

Une plaque, dévoilée 2 bis rue Voltaire à Périgueux rappelle l’emplacement du bureau du maire de Strasbourg. L’hôtel de Ville situé rue Wilson accueille les 19 décembre 1939 et 27 avril 1940 deux conseils municipaux de Strasbourg.

Charles Mangold, alsacien pionnier de la Résistance en Dordogne et Chef de l’Armée Secrète Dordogne-Centre, est arrêté sur dénonciation, le 7 août 1944, supplicié, interné à la caserne du 35ème RAD (Régiment d’Artillerie Divisionnaire) où il tente de se donner la mort et exécuté le 12 août 1944, une semaine avant la libération de Périgueux. Une rue porte son nom à Périgueux.

Une plaque apposée sur le mur du collège Michel-de-Montaigne rappelle aussi le séjour des élèves strasbourgeois de l’Ecole normale d’instituteurs.

Une stèle dans le cimetière de l’Ouest rend hommage aux 741 réfugiés qui ont été inhumés à Périgueux entre 1939 et 1945.

Tout récemment pour célébrer le 80ème anniversaire de l’évacuation, la ville de Périgueux a dévoilée une rue de Strasbourg le 13 septembre 2019.

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